‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 159 sur 188 · I.ETTRES ISfiDITES · texte numérisé non relu

I.ETTRES ISfiDITES

Minos et l’auteur aient un pea de sante. Mais ce qui est bien stir, c’est que si je suis en vie, je ferai ttit oa tard un petit voyage incognito pour venir vous remercier, pour vous embrasser, pour vous dire que vous n’avez point de servileur plus tendrement attache que le vieux nialadede Fcrney et de Prangins.

A Feraey, !0 avril 1773.

II me paratt que le public des honntites gens revient beaucoup en faveur de M. de Morangies. C’est une chose bien absurde que la retractation d’uu faux lemoin ne soil pas admise en justice apres le recolement. Je regarde le desaveu fait parcetlc malheureuse H6riss6 Tempete, avant d’etre foucllee et marquee, comme une espece de testament de mort qui doit servir de matiere ii une nouvelle instruction, et qui prouve evidemment que M. de Morangies est opprime par la plus infame canaille. Le juge s’est fait un point d’honneur de proleger la populace contre la noblesse; mais il ne fallait proteger que la verite contre I’imposlure. Le grand malheur est qu’ou ne peul prouver celte imposture juridiquement, et que les billets de M. de MoraDgies subsistent toujours.

Au reste, ce probleme me paratt plus inleressant que cent mille billevesees mathemaliques et cent mille discours pour les prix des academies.

Je ne connais point du tout, raon cher ami, ce M. de

DK VOLTAIRE (1773).

Boissy dont vous vous plaignez, ni ce M. l’abbe Savatierqui m’n tantdenigre'. Malongue maladie, dont je ne suis pas encore gueri , ne m’a pas laiss4 le temps de lire leurs brochures. On dit que M. de La Harpe a fait une trag&lie qui est le mcilleur de tous ses ouvrages. Je le souhaite de tout mon ccenr pour I'lionneur des letlres et pour son avanlage. C’est de tous nos jeunes gens celui qui fait le mieux des vers, qui forit le mieux en prose, et qui a le gout le plus shr.

Voudriez-vous bien avoir la bonte de lui faire remeltre cette lettre?

Le vieux malade de Ferney vous embrasse bien lendrement.

4 mai 1773.

Mon cher ami, pourriez-vous bien m’envoyer ce nouveau memoire de Lacroix? Aurait-il doncquelque chose de neuf a dire sur cette cruellc affaire? Je sais qu’il 6crit plut6l conlre M. Linguet que conlre M. de Morangies. C’est une chose deplorable qu’on se dechalue si universellement contre un avocat qui ne fail que son devoir. On dit qu’on ne jugera ce proces que sur les probability qui frappcnt tout le monde; mais je n’cn crois rien. Les juges sont astreints a suivre les lois. L’ancien parlement se mettait au-dessus; celuicia n'est pas encore assez puissant pour prendre dc

1 lloissy, reUactux du Secretaire du Ptimasse. — Sabatier, nuleur du Oiclionnaire de UlUrature, etc.

* Lc parlement Maupeou.

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telles libertes. La detention de M. de Morangies et le refus d’entendre de nouveaux t6moins me font trembler pour lui. Je le regarderai loujours comme un homme tres-innocent. Dieu veuille qu’il n’augmente pas mon catalogue des innocents condamnes!

Avez-vous vu M. de Tollendal? Son oncle est une terrible preuve de ce que pent la cabale.

Le roi de I’russe a parmi ses officiers le jeunc d’Ktalonde, qui fut condamne avec le chevalier de La Barre a la question ordinaire et extraordinaire, a l’amputation de la main droite et de la langue, el a etrc brdle vif, pour n'avoir pas 6tc son chapeau devanl des capucins, et pour avoir chante je ne sais quelle chanson que personne ne connalt. C’est un exemple qu’il faut loujours avoir devant lesyeux; il nous prouve que noire siecle est aussi abominable que frivole *.

Yoici deux lettres que je vous supplie de vouloir bien faire rendre a leur adresse.

Le tres-vieux et tres-malade solitaire de Ferney vous embrasse de tout son cceur.

tin — A M. MARIN.

A Ferney, 17 juillet 1773.

Voici , monsieur, la seule medaille qui me rcsle; il n’y en a jamais eu que douze qui aient porle pour legende :

II 6te aux nations Ic bandeau de I’erreur.

1 V. preudcmmcnl , |wge 30.

Si vous pouviez m’en fairc tirer ilcux ou trois douzaines, je les payerais bien volontiers. On m’en demande de lous les c6t6s. II ne faut pas qu’il y en ait trop; mais il est assezbon qu’il y en ait quelques-unes.

Madame Denis est bien loin d’oublier madame Marin; nous lui sommes tous deux tres-attaches.

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