REMARQUES AUTOGRAPHES
EX MARGE o'PN LIVRK ANO.NYMF HI' PKRK DANIEL, intitule :
0BSCK\ ATIOAS CRITIQUES SIR L'BISTOIRE UE FRANCE DE MEZCRAI
Paris, 1700, in-1 1, chez Jean Musier).
AVERTISSEMENT
La publication do ces /htnan/ucs dc Voltaire est presque un petit roman. L’ouvrage anonyme du pore Daniel contre MAzerai, annotA de la main de Voltaire , appartenait A M. Itcnouard, et il fut mis cn vente a la mort de ce savant libraire en 1837 II devait naturellement tenter les Aditeurs des Lei tret nottvelles. M. de Cayrol et celui qui Acrit ceci rAunirent secretement leur bourse pour cette acquisition. Mais le livre trouva de nombreux et surtout de riches cnchArisseurs , entre autres un docte Stranger, un membre dc la chambre des lords , admirateur AelairA de nos grands eerivains. Que pouvaient dans une encliere deux litlArateurs , mCme associAs, contre un pair des trois royaumes?
Nous cumcs beau depasser, dans la chaleur de la lutte, le maximum quo nous avions fixe A notre passion lilterairc; l’enchere fut poussAe bien au deJA, et nous eumes le depit d’entendre prononcer cn favour d’un autre le mot fatal, adjugA ! Nous avions poursuivi une conquAte impossible. Apres la vente, 1’agent du noble pair nous dit, pour nous consoler, qu’il avail des pouvoirs illimites.
1 On lil sur le fronlispicc : Ce Here est d J/. Goury , lieutenant par lirulier ; et pins loin : Exemplaire trcs-precieux , chargt de notes manu«cri(e« de Voltaire. Cu. NoDIKh.
AVEHTISSEMENT.
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11 fallut done rcnoncer aux Remarques inedites sur le livre du pere Daniel. Toutefois oil fit des demarches pour en avoir au moins communication. Mais le livre avail deja passA la Manclie et niCine voyage au loin. On ignorait le nom do. l’heureux possesseur. Tout espoir etait perdu. La seronde Edition du recueil do 1856 allait paraltre ; on cut regret de no pouvoir y ajouter ces Remarques si intdressantes. On ne songeait in 6 me plus il les retrouver jamais, quand l’auteur de cet Avertissesement rencontre un de ses amis, professcur de 1’Universitd , qui I'aborde en lui disant : « J’ai vu hier le « pere d’un de incs dleves qui a lu votre recueil avec « un grand plaisir; mais il a ajoutfi que vousdevie/. lui « en vouloir beaueoup sans le connaltre. — Comment? « — C’est lui qui vous a eulevd, & la vente de Henouard, « re volume de Daniel annotd par Voltaire, donl vous « aviez si grande envie. — C’est cet Anglais? — Prd- « cisement. Je vais m<jme livrer son nom A toutes vos u imprecations: c’est lord llichard Tufton. — Le ter- « rible enchdrisseur ! — Eh bien ! il m’a charge de vous « dire que si vous ddsiriez ce livre, il le mettait a votre « disposition. — Vraiment! — Oui, des domain. »
On suppose combien jc fus surpris d’un pareil hasard et touche d’une oll're aussi obligeante. J’acceptai avee une live reconnaissance. Le lendetnain, en eiret, le livre etait cliez moi, et la durde du pr&t etait illimitde, comme l’avait ete l’enchere.
Aussitbt je m’empressai d’acbcter le livre du p6re Daniel , aujourd’hui tres-inconnu et pourtont fort curieux, et je copiai soigncuscmciit les notes autograplics de Voltaire en regard du texte.
C’est ce travail que nous publions ici. On voit quelles traverses les Remarques out dprouvees uvant d’arriver au public. Les amis de notre liltcrature en scront rede-
AVEMJSSEMENT.
vables au gAnAreux procAdA d’un Anglais, dc M. llichard Tufton. C’ost A lui que notre rooonnaissance ot colle du public doivent s’adressor.
On suit que Voltaire faisait des notes sur la marge de tous ses livrcs. Celles-IA 11’ont assurAmcnt jamais AtA deslinAes a etre imprimAcs Ce sont les rAllcxions soudaines , los saillies du leeteur jetAes au courant de la plume. Mais cet abandon et les negligences de style n’Otent Hen A la clarte, A la justesse des observations, ni surtout A la verve du critique.
On verra que 1’ouvrage du pere Daniel cst congu dans des vues politiques trAs-profondes. C’est un travail sur notre histoire nationale entrepris pour la plus grande gloire d'une sociAte puissante, longtemps maitresse en France, par un Acrivain habile, dAvouA A la domination de son ordre , contrc notre annaliste alors le plus repanda, le plus cn erAdit, contre MAzerai dont il veut detruire 1’autoritA.
L'importance de cet Acrit augtnentc singuliercmenl 1’intArAt des refutations de Voltaire. II a lui-mAtne marquA la portee du livre et sa source mystArieuse par quelques lignes IracAcs sur les premieres pages. Nous n’avons rien A y ajouter; nous nous fAlicitons seulemcnt d’avoir pu dArober aux bibliotheques etrangeros une curiositA historique et littAraire d’un pareil prix.
Ccs rcmarques ont ild etre dcritcs vers 1775.
Le P. Lelong a cru que ccs Observations elaicnt do Leseonvcl le Breton Bayle en fail pcu d'eslime. S’il avait su qu’elles elaienl du P. Daniel , il les aurait trouvees tres-piquantes. Lc Dictionnaire historique de Liege, compose par des ex-jesuiles, dit, d’apres le Diclionnnairetie Caen, que Daniel avait fait preceder la publication de sou histoire par un ecrit de 308 pages ( il se trompe en mettant 370, a niuins qu'il re parle de l’edition de 1720), intitule Observations , etc.
Le Dictionnaire de Caen ajoute : « L’objet de cette « brochure 6tait de remlre Mezerai suspect, odieux « et meprisable aux princes, aux ministrcs, aux « courtisans, aux gens de robe, an liaut clerg^, aux « religieux, aux financiers, aux femmes; et, en le « decr&litant aupres de tous les gens qui lisent, do « le rcleguer dans les antichambres. Ce projet no « reussit point ; mais il prouva aux juges impartiaux « que Mezerai etait souvent inexact , et se livrait « quelquefois k ses preventions et k son humeur. »
L’ex-jesuite de Liege omet tout cela et dit : « Le « pere Daniel a fait preceder la publication de son « Histoire de France par ce livre des Observations a critiques , oil il moutre combien 1'histoire de Mezerai « est defectueuse et de combien de preventions cet « auteur avait iufecte ses recils. »
1 Historien et rom.Tncier, nc vers l(!5n, mort il Paris in i * 22.
d.'ti REMARQUES AUTOGRAPHES HE VOLTAIRE.
Le P. Daniel se proposait de donner son histoire de France, dont le but principal est de persuader adroitement etcomme par les faits, que plusieurs rois de France ont et6 illegitimes, et souvent mfime adulterins. Par 1&, il voulait plaire a Louis XIV qui voulait faire pour ses batards ce qu’il n’a pu reussir it faire, c’est-ft-dire & les dlever tAt ou tard a la Couronne. On ne lit guere l’histoire de France dans les sources ; mais on lisait Mezerai ; il fallait done arracber ce livre des mains du public ' . Voili l'objet de ces Observations, oil le jesuite montre tin grand respect pour les grands, pour les dames, etc. Voyez sur l’histoire du P. Daniel les Mcmoires de Saint-Simon, et vous trouverez que ce pere a confirme ce que disait le comte de Houlainvilliers, qu’il etait presque impossible qu'un jesuite ecrivit bien l'histoirc ilc France.
Ce que le P. Daniel fait , soit ici , soil dans sou histoire en faveur de Louis XIV, le P. Rapin l'a fait avec la meme adresse dans ses Reflexions sur I'/nstoire en faveur de sa Societe. Il n’y dit pas un mot de M. de Thou; mais on voit qu’il ne le perd pas de vue, etque plusieurs maximes qu’il etablit sont dirigees personnellemcnt contre ce grand historien. Qu’on lise son ouvrage, et qu’on lise celui-ci, avec la clef que nous venons de donner, et on verra combien Tun et 1’autre devient piquant.
1 Le livte anonyme du pert Daniel parut entre la premiere partic de son histoire et la seconde. Un long intervallc separa ces deux publications. I.a prcmiAre avail mediocrcmcnt rdussi ; il dtait bon de mieiix prdparer le auccAs de I’autrc , en detruisant ses devaneiers.
OBSERVATIONS CRITIQUES DU I>. DANIEL SUR L'lIISTOIRE DE FRANCE ECR1TE PAR MEZERAI.