‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 23 sur 188 · A LA ME.ME · texte numérisé non relu

A LA ME.ME

A Colmar, S3 fevrier 1754.

Madame ,

Votre Altesse Serenissime doit me trouver bien liardi Non-seulement j’ai I’audace de ne pas recevoir, mais j'ai encore celle de ne pas emprunter. J’ai eniin retrouve un manuscrit de cette Histone universelle, conforme kcelui que Votre Altesse Serenissime a entre les mains. Ainsi je la supplie de vouloir bien garder ce faible ouvrage, lout indigne qu’il est d’etre dans sa

hibliollieque. Jo ne Irouve guere {('expressions pour lui dire combien je suis touche de ses bonleset de ses generosites ; j'en trouverais encore moins pour lui temoigner mon desir extreme de venir me mcttre a sespieds; il n'y aura certaincment que ma mauvaise sante qui pourra me priverde cctte consolation. Mon etat empire lous les jours, et je serai force d’aller chercher bientOl quelque coleau meridional, comme on transplante dans un terrain bien expose les arbres qui p6rissent au nord. Je ne me suis arr&e en Alsace que pour y finir ces Annates de C Empire , que vos ordres sacres m’ont fait seuls entreprendre. Ils commencent k d^plaire aux fanatiques de ma communion, qui ne sont contents de rien, a moins qu’on ne dise que tous les papes et tous leurs Mtards ont ete des saints ; que lous les biens de la terre doivent appartenir de droit divin, moitieauxchanoines et moilie auxj&uites, et qu’il fautbrdler a petit feu parcharite tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

Comme j’ai le mallieur de n’avoir pas des principes si chr^tiens et si salutaires , je souffre dejit quelques petites persecutions de la part des j6suites qui gouvement dans le diocese de l’ev^que de Porentruy, dans lequel est Colmar ou je lis imprimer ces Annates. Je ne sais pas encore si je serai brule, ou seulement excommunie. Je ne puis que les remcrcier tendrement, puisqu’ils n’ont d’autre objet sans doute que celui de mon salut. Je prie Dieu pour eux, et je voudrais qu’ils eussent tous deja la \ie 4ternelle; car en \4rit6 ils fout trop de mal dans celle-ci. C'est a tous , madame , c’est k des grandes mattresses des

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LETTKKS DE VOLTAIRE

cceurs que je souhaite toul le contraire de cette vie etcrnelle et bienheureusc. Je vous souhaite cent ans de cette abominable vie mondaine , oil vous faites criminellemeut taut de bien par l'indigne amour de la seule vertu. Que ue puis-je 6tre le temoiu de vos scandales, el me mellre aux pieds deYotre Altesse Serenissime et de votre auguste famille, avec le plus profond et le plus teudre respect !

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