A LA MfiME
Aux Dclices , 23 aout |7h6.
Madame,
L’optimisme et le tout est bien regoivent, en Suede, de terribles echecs. On se bat sur mer, on se menace sur terre. lleureuse encore une fois la terre promise de Gotha, oil Ton est tranquille et bcureux sous les auspices de Votre Altesse Sereuissime! Kile a done lu les lettres de cette femme singuliere, veuve d'un poete
' l)c Gua de Malves, ne en 1112, mort en 1180. D'abord profesiseurdemalliemaliquesau college do Coniouarfits, Uoccupa vers 1140 la chalre dc philosophic au College de France. II a publie l 'Usage de C analyse de Descartes, et plusieurs traductions de i'nuglais , notaminent des ouvrages idealistes dc Berkeley. Gua dc Malves est un des premiers promuteurs de l’economie politique en France, a. f.
burlesque et d’un grand roi, qui naquil protestante et qui contribua a la revocation de l’edit de Nantes, qui fut devote et qui fit l’amour. Je ne sais, madame, si vous aurcz trouve beaucoup de lettres interessantes.
A l'egard des memoires de La Baumelle, c’est l’ouvrage d’un imposteur insense qui a quelquefois de l’esprit, mais qui en a toujours mal a propos. Ses calomnies vieDnent de le faire enfermer ala Bastille pour la seconde fois; c'etait un chien enrage qu’on lie pouvait plus laisser dans les rues. C’est une etrange fatalite quc cc soil un pared homme qui ait ele cause de ce qu’on appelle mon malheur a la cour de Berlin. Four moi, madame, je ne connais d’autre malheur que d'etre loin de Votre Altesse Serenissime.
On est grand nouvelliste dans le pays que j’habite; on pretend qu’il y a, dans une parlie de 1’Allemague , des orages prdts a crever. Ileureusement Us sont loin de vos filats. Je n’ose, madame, vous demander si Yotre Altesse Serenissime pensc qu’il y ait guerre cette annec ; il ne m'apparlient pas de faire des questions; mais je sais que Votre Altesse Serenissime voit les choses d’un coup d’oeil bien juste. Son opinion deciderait, en plus d’une eonjoncture, de ce qu’on doit penser. Plus d’un particulier est interesse aux affaires generates ; qu’elle me pardonne de lui en parler, et qu’elle daigne recevoir, avec sa bonte ordinaire, mon profond respect et mon inviolable attachement.
LETTRKS l)E VOLTAIRE
Ml — A LA MEME.
Aux Dclicet , 14 5«ptembre 1756-
Madame ,
Voila une de ces occasions oil il aurait fallu, ala URe de l'electorat de Saxe, quelque heros de la branche ainee, qui edt la grandeui1 de vos sentiments et la sagesse de votre esprit. Je me llatte, au moins, que si la guerre s’allume, l’heureuse tranquillity dont jouissent les Flats de Votre Altesse Serenissime ne sera point troublee. Qui sait a present, madame, sur quelle t£te cet orage crevera? Je suis comme les Russes qui, lorsqu’ou leur demande si leur autocratrice ira a la promenade, repondent : II n'y a que Dieu et saint Nicolas qui le saclient. On a deja donneles orilres, en France, pour assembler environ vingt millc hommes aupres de Metz. Mais e’est une demarche prudente. qui n'annonce pas encore reffusion du sang humain.
Quelque chose qui arrive, il est probable que, nous autres bons Suisses, nous serons toujours tranquilles. Tout indifferenls que nous paraissons, nous sommes curieux et nous altendons le denoument avec impatience. Mais, parmi tant d’agitations, mes veeux les plus ardents soul pour la prosperity de Votre Altesse Serenissime el de son augusle famille. Je me flatte ([u’elle jouit d'une sante parfaite; je la souhaite a la grande maitresse des coeurs, el je me mets a vos pieds, madame, avec le plus profond respect el Valtacheinent le plus inviolable.
A LA llUCHESSE HE SAXE-GOTHA (1756). 159