‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 39 sur 188 · A LA MtME · texte numérisé non relu

A LA MtME

Aux Delices, pres de Geneve, 21 avril 1757.

Madame ,

La bonty de votre creur vous fait regretter un ministre, et celle de votre esprit vous met en etat de vous passer de tout ministre. Votre Altesse Serenissime saura conserver en paix ses fitats dans la guerre qui les environne. On dit que le Hanovre donne enfiu l'exemple de la neutrality ; si cela est vrai, e’est une nouvelle bien importante. Je voudrais esperer, pour l’interet du genre humain, que cette neutrality ptit acheminer k une bonne paix. Mais 1’armee fran?aise, dans le pays de Cleves et dans Wesel, ne permet pas

A I.A Dl'CHESSE DE SAXE-GOTHA (1757).

tie doutcr qu’il n’y ait 4 present d’autre chemin a la paix que celui de la guerre.

J’avoue que j’ai peine a voir la veritable raison pour laquelle le roi de Prusse a 4vacue une place telle que Wesel. Elle me parut, il y a quelques annees, tres-bien fortifiee; rien n’y manquait; elle pouvait arrSter une armee au moins six semaines. A-t-il eu un besoin pressant de ses troupes qui gardaient cette place? ou veut-il attirer les Fran?ais en Weslphalie , et peut-etre sous Magdebourg pour leur livrer balaille avec avantage? Je me garderai bien de vouloir rien deviner. Votre Altesse Serenissime pourrail m’eclairer, si elle daignait m’honorer de ses lumieres; mais j usque-la, je suis dans une entiere obscurite.

On fait plus de libcllcs eu vers et en prose contre le ltoi de Prusse qu’il n’y a de regiments qui marchent contre lui. Je me flatte qu’il ne me soupgonnera d’aucun de ces indignes ouvrages. II m’a rendu toutes ses bontes; il sait combien je le respecte; et heureuscmeut il a trop de gout pour m’impuler ces sollises, qui sont indignes d’un honnete liorumc et meme d’un ecrivain mediocre. Ce n’est point aux parliculiers a se meler des querelles des princes. La seule cbose dont je me mele, madame, est d’etre attache pour ma vie a Votre Altesse Serenissime et a toute votre auguste maison, avec le plus profond et le plus tendre respect; elle me permet de ne pas oublier la grande maltresse des coeurs.

LETTRES DE VOLTAIRE

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