A LA M£ME
Aux Delicts, avril 1760.
Madame ,
Si j’ai passe trop de temps sans avoir le bonheur de vous ecrire, si j’ai ete malade, si je languis, ce n’est pas la cousine de mademoiselle de Pertrisct qui en est cause; je suis dans un age oil les passions ne font pas tourner la tele. Votre Altesse Serenissime daignait s’interesser a ce mariage, mais la dot est bien difficile a trouver. L’oncle, qui n’entend pas raillerie, et qui fait toujours de bonnes affaires, conclura peut- 6 1 re le marche, et ce sera le Mariage force.
Je ne doute pas que madame n’ait ete contente de ses Americains et de ses Amferi'caines. Quand on voit lant de malheurs ct tant de cruelles folies en Europe, il n’est pas mal de faire un petit voyage au Perou. J’ai peur que le voisinage de Votre Altesse Serenissime ne soil inonde de troupes cette annee; mais elle est accoutumee a voir les orages et a les dissiper. Quand je vis les premieres tempetes se former, je crus qu'il y en avait la pour cinq ou six ans ; Dieu veuille que je me sois trompe! On parall epuise a la fin d’une campagne, et on recommence encore sur nouveaux frais; on dit ce sera la derniere, et cette derniere en amene encore uue autre, et les malheurs du genre humain ne finissent point. Le roi de Prusse fait toujours
A I, A Dl'ClIF-S^li DE SAXF.-GOTIIA (1760). des vers et des revues. Je ne sais comment la petite fille d'Ernest le Pieux aura pris la lcltre au marechal de Keit. Si le philosoplic dc Sans-Souci est baltu, il sera excommunie.
Conserve/, madame, votre sage et heureuse tranquillity d’esprit au milieu de toutes les secousses qui vous environnent ; soyez aussi heureuse que vous devez l’tHre ; que la grande maltresse des cceurs jouisse d une sante bien alFermie; que votre auguste famille croisse sous vos yeux en grdccs, en talents et en merite. Je me mets a vos pieds et k ceux de monseigneur. Je renouvclle a Votre Altcsse Serenissimc le profond respect et l’attachement du Suisse V.
!»9. — A I, A ME.MK.
! I ittai
Que vousavez raison, jeune et belle princesse,
D’aller en Amcrique elaler vos appns !
A vous remire justice en Europe on s’empresse ;
Mais parmi taut de sang, de pleurs et d’attentats, L'Europe, a baud ounce au demon des combats,
Aux meurtres, au pillage, a la fraude traitresse,
Meme en vous admirant, nc vous mei itait pas.
Madame ,
Cc petit compliment est pour celle qui a daignd lionorer et embellir le rdle d’Alzire. Mais que ne doisje point a son auguste mere! Je lui jure que si j’avais eu un peu de sante, j’aurais fait le voyage, j'aurais ete le temoin des talents du prince et de la princesse.
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Les raisonneurs, les politiques auraient dil ce qu'ils auraient vouhi, j'aurais conlente le plus cher de mes desirs, de venir me mettre encore aux pieds tie Votre Altesse Serenissime.
J'ai use tie la permission qu’elle m'a donnee; j’ai fait partir tin pelit ballot pour madame la comtcsse de Bassevitz, et je l’ai adresse a Gotha directement a Votre Altesse Serenissime, afin quo le respect pour votre nom le fit arriver en silrete.
Je profite encore des memes bontes pour vous supplier, madame, de vouloir bien honorer de votre protection la letlre incluse.
Je crois mon commerce fini avec le chevalier Pertriset*. J’aiprisla liberie de luidire lout cc que j'avais sur le coeur; mon age, mon .anciennc liberte, les ntalheurs auxqucls il s' expose m’ont autorise et m’ont peut-etre conduit trop loin. 11 ne tenail certainement qu'a lui de s’arranger tres-bien avec son oncle’; mais il aime mieux plaider. Je suis stir que mademoiselle Pertriset en est ftkhee.
Je ne sais rien, madame, des nouvelles publiques. Je plante, je batis;je ne me mele point des affaires des princes; mais il y a une princesse aux pieds de laquelle je voudrais litre. Le Suisse V.
1 Frederic.
* Sans Joule Louis XV.
A LA DUCHESSE l)E SAXE-GOTHA (17CO).
ion.— A LA MEME.
A Foriify, Hft jniii 1760.
Madams,
Une bonne ame a mis enlre mes mains les liberalites d’uue grande ame. Je ferai tenir incessamment a la famille iufortunee des Calas les marques de votrc generosile. Ce secours est un augure bien favorable pour le gain absolu de leur proces. On est sdr de la justice, quand on est protege par la verlu. Voire Altesse Ser^uissime n'a jamais fait que de belles actions. Tous les princes, vos confreres, ne vous imitcnt pas, madame; ils donnent des batailles, ils les gagneut ou ils lesperdent; ils font des trades ou dangereux ou utiles; mais secourir la vertu malheureuse, allcr chercher dans le sein de l’opprobre et de la misere des inconnus persecutes , les honorer d’un bienfait considerable, c’esl ce qui n'appartient qu’a madame la duchesse de Gotha.
On ose donnerdes fetes a Paris je ne sais pas trop bien pourquoi. 11 me semble que c’est aux Anglais et a certains princes d’Allemagne a donner des fetes. Si Voire Altesse Serenissime peut se plaire aux petits objets qui marquent de rbumauile, je lui dirai que Jean-Jacques Rousseau , coudamne dans la ville de Calvin pour avoir fail parler un vicaire Savoyard ,
' A I'occnsion d'un avantage que le mardclial de Broglie venait de remporter A Corbadi sur le prince de Brunswick.