‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 6 sur 188 · LETTRES 1NED1TES · texte numérisé non relu

LETTRES 1NED1TES

aux habitants de Ferney, de s’assembler et de delibdrer, selon l’usage, au sujet de leur eglise.

Tous les habitants sont vcnus aujourd’hui nous trouver d’un coramun accord. La convocation s’est faite en regie. Ils ont dresse par-devant notaire un acte, par lequel ils ratifient la convention de leur syndic et du cure avec madame Denis et moi. Ils ddsavouent tout ce qui s’est pu faire et dire conlre le dessein le plus noble et le plus genereux; ils approuvent tout et nous remercient de nos bontes.

Ils ont depose de 1’insolence du promotcur, qui a pris sur lui de leur defendre de s’assembler. Le cure s'est joint a nous par un acte particulier. Mallet de Geneve, qui est un tres-mechant liomine, est 1’unique cause de cette levee de boucliers. C’est lui qui avail excite deux ou trois seditieux du village a s’aller plaindre au promoteur, et a se soulever contre leur syndic, conlre leur cure et contre nous. Ces seditieux, pour couvrir leur delit , ont signe aujourd’hui 1’acte d'approbation,commeles autres.Nousenvoyons toutes ces pieces au parlement, et nous nous mettons, le curd, la communaute et le seigneur et dame de Ferney, sous la protection de la cour, conlre les entreprises du promoteur d’un evdque Savoyard, qui n’est pas roi de France. Nous requerons depens, dommages et inldrets, contre ceux qui nous ont troubles dans la fabrique de notre eglise, ou plutOt dans la reparation d’icelle, el qui nous content plus de mille ecus.

Nous nous flaltons d’apprendre aux prdtres qu’ils ne sont pas les maltres du royaume.

Je rends compte a M. le due de Choiseul de cet attentat des officiers d'un 6vdque Granger.

Nous vous r6it6rons, monsieur, ma niece et moi , nos tres-humbles et tres-tendresremerciements; nous comptons sur votre amitie, comme sur votre zele pour les droits des ciloyens, et nous nous souviendrons toute notre vie du service que vous voulez bien nous rendre.

J’ai l'honneur d'etre, monsieur, avec l’attacbement ie plus inviolable, votre tres-humble et tres-obeissant serviteur.

Forney. | i juiu 1761.

MoNsiKon ,

II y a plusieurs articles sur lesquclsil faul que j’aie rhonneur de vous ecrirc; premieremeut, jc dois vous renouveler mes remerciements. Je crois que vous savez combien on a ete indigue a Dijon de la malhonn&ele et de l'insolencc absurde avec laquclle on s’est conduit au sujet de l'eglise de Ferney; j’ai bien voulu continuer a la faire batir, quoique je dusse atlcudre qu'on etit eu avec moi les proeedes qu’on me devait.

II serait a souhaiter que M. dc Villeueuvc vouldt bien venir a Ferney au mois de septembre ou d'oetobre. II y trouverait M. de Montigny, le commissaire du roi pour les sels,et on pourrait, je crois , finir alors l'affaire du baron Sedillot. Nous aurons dans ce temps M. le premier president de la Marche,

LETTIIES lNEMTES

(jui n’aime point du tout les friponneries des regrattiers; il est fort lie avec M. l'intendant, et il l’encouragerait a terminer.

Je vous propose actuellement, monsieur, de sauver les t6tes, les bras et les jambes a une centaine de personnes. On batit acluellement un the&tre a Chatelaine ; il a la reputation de n’etre point du tout solide. Les curieux qui l’ont £te voir, disent que les poulres ont deja flechi , et sont sorties de leurs mortaises. On ne veut point aller a ce spectacle, a moins que vous n’avez la bonte d’envoyer deux charpentiers experts, pour visiter la salle et fairc leur rapport. Si vous vouliez m’envoyer un ordre pour Jacques Gaudet, charpentier de Moens,et pour Francois Louis Landry, qui travaillent tous deux chez moi a Ferney, j’irais avec cux, el je vous enverrais leur rapport signe d’eux.

Je vous recommande , monsieur, les bras et les jambes de ceux qui aiment la comedie; pour mon cffiur, il est a vous, et je serai toute ma vie, monsieur, votre tres-humble et tres-obeissant serviteur.

to. — At’ MEME.

17 juin 1761, a Ftrncy.

Je vous reiterc, monsieur, mes sinceres remerciements. On voit evidemmeut que toute cette persecution odieusc n’est que la suite de l’aventure du cure Ancian'. Si les interroges ne m'out point tromp^, il

1 Un protcitanl, lejeunede Croie, horloger au Graml-Sacconex,

n’y a que le nomine Brochu qui ait fait la deposition dont vous m’avez parle, sans pourtant oser se servir du mot que le sieur Castin allegue. 11 est clair que ce Brochu, qui avait accompagne Ancian dans l’assa6sinat dont ils ont 6te accuses, n’est qu’un faux temoin complice du cure Ancian , et que son temoignage n’etait pas mdme recevable par lc sieur Castin. Tous les autres proteslent et jurent qu’ils n’ont pas dit un mot de ce qu’on leur fait dire, et que s’ils avaicnt fait la deposition qu’on leur impute, ils seraient infiniment coupables.

Je yous supplie, monsieur, de vouloir bieu m’eclaircir de ce mystere „d’iniquites. Le sieur Castin joue un r6lc inf&me, et celui qui lc lui fait jouer, est encore plus meprisable. Des gens qui se portent pour juges, et qui disent qu’ils £criront a M. de Saint-Florentin, ne sont que de malheureux delateurs que je couvrirai d’opprobre, et leurs l&ches calomnies ne me font aucune peur. On sera assez instruit qu’ils cberchent a se venger, de la maniere la plus lache , de la protection que j’ai pu donner it de Croze, mais je n’ai rempli en cela que mon devoir, puisque de Croze est mon vassal ; nous verrons alors qui 1’emportera d’un seigneur qui a vu son vassal blesse et le crane entr’ouvert, qui a depose de ce crime, et qui n'a a se reprocher que de depenser douze mille francs pour rebatir une jolie eglise , ou d’un cure accuse d’un assassinat et deji convaincu de mille violences,

avait ete actable de coups par le cure de Maens et deuv ou trois fanati<iues. (V. le Recueil de 1857, l. I, p. 560.)

LK1TKKS I.M-.OITIS

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qui fait agir secrelement ses confreres en sa favour. 11 faudra voir tie plus, si cn effet ses confreres sont en droit dc faire les functions d’official et de promoteur, malgre les lois du royaume , et si un evfique etranger, sous pretexle qu’il n'est pas riclie, peut conlrevenir a ces lois. 11 n’y a que votre esprit de conciliation , monsieur, qui puisse meltre ces messieurs a la raison. Je suis aussi touche de la noblesse de vos precedes, qu’indigne dc la bassesse dcs leurs.

J'ai l'honneur d’fitre avec la plus tendre reconnaissance, monsieur, votre tres-bumble et tres-obeissanl serviteur.

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