‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 5 sur 188 · I.— AM. FABRI · texte numérisé non relu

I.— AM. FABRI

PHRM1ER SYNDIC , HAtRK KT SC8DKLEGCB , A GUI.

21 uovembre 1759, nut Helices.

Monsieur ,

Aulant quo je suis sensible A vos attentions obligeantes, autant je suis eloigne de demander k M. Fin-' tendant comme une grAce la permission de prAter aux connnuniers de Ferney l’argent nccessaire pour payer le prelre qui les ruine1 * * * 5. Ces communiers, qui sont au nombre de cinq , m’avaient dit qu’ils avaient de

1 On reunit ici cette correspondence diviaee cn deux parties dans

le cempte rendu do l’Academic des sciences morales, parce que M. Bavoux en a (ait egalcment i'olijet de deux communications a

I'Academie, la premiere dans la sdance du 2 1 aout 1858, la deuxiimc en fdvrier 1859. Pour cette premiere partie voir Compte rendu del

travaux de I’Academie, par M. Verge, A' trimestre, 3' serie, tome XXVI, XLV1* de la collection, page 33.

* II s’agit des poursuites intcntces par le cure de Moens.

LETTRES INEDITES

it!

M. l’inlendant permission d’emprunter, et c’est sur cette assurance que je voulais bien leur prater sans aucun intirtH. Mais il me parait, monsieur, que M. l’intendant a pris un parti beaucoup plus sage, et plus utile pour la paroisse. II a ordonne que la paroisse entiere serait imposec au marc la livre de sa taille , pour payer le cure de Moens. II resulte de cet arrangement deux avantages : le premier, que les communes ne seront point obligees d’ engager leurs pdturages; le second, que toute la paroisse aura droit de commune , puisque, ayant £galement supporte l’imp6t, elle aura egalement part au benefice.

Si pourtant, monsieur, d’autres considerations engagcaient 4 ne continuer lc droit de commune qu’aux quatre ou cinq personnes qui en sont en possession, alors il faudrait bien qu’elles empruntassent, et en ce cas je serais prtH a payer pour eux pour les tirer de la situation accablante oil ils sont. Yous pourriez, monsieur, envoyer cette lettre k M. l'intendant, sur laquelle il donnerait ses ordres.

J’ai l'honneur d’etre, avec tous les sentiments que je vous dois , monsieur, votre tres-humble et tresobeissant serviteur. Voltaire.

An* Deliees, 28 juiUel.

On ne peutfitre plus sensible que jelesuis, mon cher monsieur, a toules vos bontes. Je ne doute pas que M. l’intendant ne fasse justice de la rapine des commis. Je vois que les gens du sieur S&lillot imitent leur

maitre. Je ne sais pas si ce sieur S6dillot est en droit de refuser communication des tilres en vertu desquels il pretend que certains champs de la terre de Ferney doivent des lods et ventes au cure de Dieppe , abbe de Prevezin. 11 a re?u l’argent sans montrer aucun litre, et a donne pour re?u : Nous , baron de St-Genier , ecuyer, avons repu, etc. Ce Nous est du style du roi, quand il parle en son conseil. Je crois d’ailleurs que ce Sedillot n’est ni ecuyer, ni baron, a moins que, par ecuyer , ilu’entende cuisinier selon l'ancicn langage, et par baron, il n'entcnde le barone des Italiens, qui ne signifie pas honnete homme1. On dit que c’est lui qui a fait la belle affaire des commis qui ont saisi le ble de mon fermier. Je vous supplie de me faire savoir si on ne pourrait pas le desecuyer , le debaroniser juridiquement ct le forcer a montrer les litres de Prevezin.

Je vous remercie, vous et M. votre frere, de la pancarte auvergnaque. Je vous supplie de vouloir bien presenter mes remerciemenls a M. votre frere, et de compter sur rattachement inviolable de votre t.-h. ob. sr. V.

Aux Delices, 5 terrier 1701.

Monsieur ,

Si le vent est moins violent dimanche, je vous prie k diner & deux heures precises; nous viendrons k Ferney expres pour vous. Vous ne devez pas douter

1 Barone y fripon.

RETIRES IN’EDITES

Je mon aniitie, el je compte sur la vfitre. L’affaire du marais sera tres-aisee a arranger. Elle esl tres-importante. Mon malkeureux parent, qui est paralytique depuis un an, ne l'est que pour dtre all6 a la chasse aupres de ce marais pernicieux. On a enterre, il y a un mois, a Ferney, un jeune homme que la m&me cause avail reduit au mtime etat; un de mes gens a ete grievement malade ; tous les bestiaux qui paissent aupres de ce lieu infecte sont d’une maigreur affreuse. Vous savez que le village de Magny est desert; ce marais fait tous les jours des progres, et s’etend jusque dans mes terres. La negligence impardonnable des habitants et des seigneurs des environs, mettra enfin la contagion dans une province deja assez malbeurcuse. J’en ai rendu compte a M. le contr61eur general, et au premier m^decin du roi, qui a trouve la chose tres-serieuse. Je vous ai de-' mande, monsieur, pour commissaire dans cette parlie. Je suis tres-persuade que vous vous joindrez a nous avec tout le zele que vous avez pour le bien public. Quelquc parti qu’on prenne , je serais tres-content, pourvu que le marais soit desseche au printemps. Tout doit 6tre sacrifie au bien du pays, et tout le sera sans doute, puisque vous avez la bonte d'entrer dans cette operation absolument necessaire.

Nous vous pr^senlons, madame Denis et moi, nos tres-humbles obeissances. Soyez persuadd, monsieur, que c’est avec les sentiments les plus vrais, et l’attacbement le plus sincere, que je serai toule ma vie votre tres-humble et tres-obeissant serviteur.

DE VOLTAIRE (I76l).

Aus Dcliccs. 21 fevricr 1761.

Monsieur ,

J'ai rbonneur de vous envoyer la leltre de M. de Montigny, oil vous verrez re qu’on pense du sieur Sedillot; j’y joins une lettre de M. de Villeneuve a M. l’intendant de Lyon. J’ecris a M. de Villeneuve pour le remercier, et en memo temps pour lui dire rombien la province vous a d’obligations. Je lui fais un petit tableau des malheurs du pays de Gex, et des torts que le sieur Sedillot a faits a ce petit coin du monde, qui sans vous serait accable. J'ai ecrit en conformite a M. de Courteilles et a M. de Trudaine.

J’ai vu M. Myrani que vous avez eu la bont6 de m’cnvoyer. Vous me rendez cettc province chere; je contribuerai, autant qu'il me sera possible, an dcssechemcnt que vous projetez de tous les marais; et mon principal soin sera toujours de seconder, autant qu’il sera en moi, vos volont^s et vos vues pour le bien public.

J’ai l’honneur d’etre, avec, tous les sentiments qui vous sont dus, monsieur, votre tres-humble et tresobeissant serviteur.

A Keruey, lundi 20.

C’est en courant , mon cber monsieur, que j’ai l'honneur de vous averlir que votre memoire sur le sieur Sedillot est entre les mains de M. de Montigny,

LETTRES INED1TES

comraissaire noimn6 par le conseil pour examiner les sels de la Franche-Comte. II se connait en sels et en Sedillots. 11 est l’intime ami de M. de Trudaine, et un peu mon parent. II se charge de votre affaire. Je vous reponds qu'elle est en bonnes mains.

Je suis a vos ordres pour ma vie.

Votre l.-li. ob. sr. V.

li. — AU MEME.

Je suis tout pret sans doute, mon cher monsieur, k tirer la commune de Fernex ou Ferney du bourbier ou le chicaneur Budee de Montreal 1’avait plongee; et, quoiqu’il me reste tres-peu d'argent , attendu qu’on me pille de tous cOtes, cependant je payerai volontiers pour ces malheureux.

J'ai passe l’acte dans cette vue, mais suivant le bon plaisir de M. J’intendant. 11 faut done qu’il reforme son bon plaisir; il faut done qu’ayant ordonne que tout le village se colise, il ordonne k present que les communiers emprunlent. Je laisse & vos soins, a votre prudence et a vos bontes l’arrangement de cette petite affaire. Tout ce que vous d6terminerez sera bien fait. Vous 6tes accoutume a debrouiller des clioses plus difliciles, et vous mettez partout de la facilite et de la justice. Quand vous voudrez me communiquer vos idees et vos ordres sur le tres-inculte et tres-iniserable pays de Gcx , je tdcherai de marcher a votre suite.

J'ai l’honneur d’etre , avec tous les sentiments d’estime et de confiance qu’on vous doit, monsieur, votre tres-humble et tres-obeissant serviteur.

a\ril 176!, a Ferney.

Mo.nsieur ,

Je ne peux plus me plaindrc de la fermiere en question , puisque vous la protegez. C’est la faute de La Croix de n’avoir pas acquitte les droits de ses planches, et tout cela u'est qu’un malentemlu.

On rendrait sans doute, monsieur, un grand service au pays, en faisant saigner tous les marais. Je ne doute pas que tous les particuliers ne concourent a donner, chacun sur leur terrain, l'ecoulemcnt neeessaire aux eaux. Ceux qui refuseraient ce service y seront sans doute forces.

M. Vuaillet vous aparle, monsieur, d’un reglement pour les taupes, que vous avez paru approuver; je le crois tres-ulile, et je pense que ce sera une nouvelle obligation que vous aura cette petite province.

J’ai l’honneur d’etre avec tous les sentiments quo vous me ctonnaissez , monsieur, votre tres-humble et tres-obeissant serviteur.

Ferney, 22 ruai 1761.

11 est bien doux, mon cber monsieur, d’etre servi si a point nomme par un ami aussi bienfaisant et aussi eclaire que vous l'eles. Vos bons offices sont plus chers a madame Denis et a moi , que le procedS d'un promoteur tres-ignorant n’est odieux. 11 s’est conduit d’une maniere qui merite d'etre rdprimee par le parlement : il a ose defendre, au nom de l’evSque,

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