‹ Voltaire à Ferney. Sa correspondance avec la duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et de notes histriques entièrement inédites recueillies et publiéesChapitre 69 sur 188 · II 3. — A LA MEME · texte numérisé non relu

II 3. — A LA MEME

Au chateau tie Ferncy, pays df Get, «□ Bourgogne, par Geneve, S2janvier 1761.

Mapame,

Moi , n’ avoir point ecrit a Votre Altesse Serenissime ! Moi, coupable d’ingratitude! Non, madame, il est impossible d'etre ingrat avec vous; il y a trop de plaisir a sentir et a exprimer les sentiments qu’on vous doit. Ce n'est qu'avec les ennuyeux qu’on est ingrat; on ne l est jamais envers les vertus aimables.

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J'ai cu l'honneur d’ecrire a Votre Altesse S4renissime tant que j'ai eu un souffle de vie; et l’etat de faiblesse oil je suis me force aujourd’hui de vous remercier de vos bienfaits par une main etrangere. Je repois le paquet de raadame de Bassevitz. Je vais la remercier ; mais elle permettra que je commence par madame la duchessc de Gotha.

Je m'etais bien donne de garde, madame, d’adresser par la poste les volumes du Czar Pierre. Le port immense qu’ils auraient coitte eut ete une indiscretion, et le paquet ne valait pas cette depense. J'envoyai le petit ballot par le commissionnaire Oboussier, de Lausanne. II m’a plusieurs fois assure que le paquet etait arrive it Francfort ; je lui ecris encore aujourd'hui pour savoir le nom de son correspondant. Le peu de stirete des voitures publiques est, a la verite, le plus petit malheur de la guerre ; mais il ne laisse pas d’en <5tre un. Quand linira-t-elle done, madame, cette guerre funeste? Madame de Bassevitz n'en souffre-t-elle pas beaucoup? Son pays D’est-il pas devaste et ranconne?

Oserais-je, madame, prendre la liberty de vous demander oil est a present M. le landgrave de Hesse? Serait-il vrai qu’il fitt garde a vue, et qu'on ne put lui 6crire les choses les plus simples qu'en courant quelque risque ? N'est-ce pas encore la un des effets de cette guerre maudite?

Un de raes etonnemenls est que le roi de Prusse ait pu envoyer un d&achement de son armee a celle de ses allies. Depuis Mithridate, on n’a jamais resist^ si longtemps : il fut vaincu par des Romains; mais le Mithridate d' aujourd'hui est le seul Romain que je

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connaisse. Son poeme sur l'art de la guerre est tresbien traduit en italien. II est plus aise de traduire ses vers que d’imiler ses exemples.

Je me mets aux pieds de Yotre Allesse S4renissime et a ceux de toule voire auguste famille, avec le plus profond et le plus tendre respect. Le vieux Suisse V.

P. S. La grande mallresse des cceurs m’a-t-elle entierement oublie? Je ne doute pas que Votre Altesse SSrenissime n’ait un ministre a Paris; mais si elle n’en avail pas, elle me permetlra de lui recommander un Genevois nomme Cromelin, dont je reponds comme de moi-meme. Elle en serait quitte, jc crois, pour 1,200 livres de France par an, ou 4 peu pres, et elle serait fidelement servie. — Son Altesse Ser4nissime permet-elle qu’on insere ici eette lettre pour madame de Bassevitz?

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