A LA MfiME
k Fernejr, pays de Gez, par Geneve, 25 mars 1764.
Madame,
Votre Altesse Sdrdnissime daigne bien connaltre mon cceur : je suis attach^ a votre grande maltresse, el pour elle-m^me, et pour vous. Votre amiti6 prouve combien elle est digne d’etre airnee. Je supplie Votre Altesse Serenissime de vouloir bien permettre que j'insere dans ce paquet un petit mot qui lui fasse connaltre que je lui suis attache, comme je l’6lais quand j’avais le bonheur de partager avec elle I’honneur d'etre dans votre cour. Nous sommes tous condamnes a cette funeste separation qu’elle vient d’essuyer. Tout Unit, et finitbien vite. Cette reflexion, que l'on fait si souvent, devrait bien porter les souverains
A ne pas precipiter la fin de tanl de milliers d’hommes. Mais il est dit qu’ils feront des malhcureux et qu’ils le seront aussi; voilA leur destinee.
Vous etes done debarrassde de nous, madame; voilA, je crois, sept ou huit mille de vos courtisans et de vos admirateurs hors de vos Etats. Ils doivent peut-dtre quelque argent a Votre Altesse Sdrdnissime, et l'on paye mieux en temps de paix qu’en temps de guerre.
Je nesais commentelle apu trouver, pendant tout ce remue-menage, le temps de lire Tancrede. Cette piece vaut mieux a la representation qu’ A la lecture ; cola faisait un beau spectacle de chevalerie. Mais amon Age, un pauvre malade fait des vers qui sont aussi faibles que lui. II y a une dpltre A la fin, dans laquelle Votre Altesse Serenissime m’aura trouve plaisamment devot ; mais e’est qu’il y a des gens qui sont bien sottcment hypocrites et d’autres furieusement fanaliques. Ce monde-ci est une guerre perpdtuelle de prince A prince, de p nitre A prdtre, de peuple A peuple, de barbouilleur A barbouilleur de papier. Le seul papier que j’emploie bien est celui ou je presente mon profond respect A Votre Altesse Serenissime. Le Suisse V.