A MADEMOISELLE
A Cambrai, cc 30 octobrc f ?SS.
Mademoiselle,
Je me souviens avec trop dc plaisir de 1’honncur que j’ai eu de vous voir dans cette ville, pour n’y point profiler de la permission que vous m’avez donnee de
' A la llrnriade.
1 V. OEtm. compl., edition Biuchot, t. 1.1 , p. 83.
vous ecrirc. Souffrez <jue je vous disc*, avec ma franchise ordinaire, queje n'ai jamais trouve personne qui eut plusd’esprit et d'agrement que vous, el qui fut plus faile pour reussir dans la bonne compagnie. Nc regardez point ce que je vous dis com me un discours flatteur, mais commc les expressions d’uu homme vrai, qui soubaile iuliniment que vous culliviez l’espril que la nature vous a donne, et que vous en fassiez bientdt et longtemps usage a Paris. Ce sera une grande satisfaction pour moi si je peux vous y faire ma cour. En attendant, je vous supplie de m’honorer de quelques-uns de vos ordres. Quand vous voudrez avoir ou des livres ou toute autre chose en quoi je pourrai vous servir, ayez la boute de vous adresser a moi; vous serez servie avec l’empressement que vous dcvez atlendre de vos courtisans.
Je prends la liberte, mademoiselle, de mcttre dans celte lettrc le projet d’un ouvrage qui doit paraltre bicnt6t. Je serai infiniment ilatte si ce projet vous donne quelque curiosite, et si l’ouvrage a un jour votre approbation. Si vous avez quelques avis a me donner, je demeure a Paris, a 1’hOlel de Richelieu. Je suis, avec une cslimc tres-respectueusc , mademoiselle, votre, etc. Voltaire.