A M. THIERIOT
CIIFZ M. DE NOCK, CLOÎTRE SAtNT-GERM AIN-l'aUIMBOIS.
A S heures du matin, 4 avril 1729.
J'ai, mon cher Thieriot, quelque chose de conséquence à vous communiquer. Je vous attends chez (icrmain Cassegrain, dit du Breuil, rue et cloître Saint- Méderic, à moins que vous ne vouliez me donner un autre rendez-vous. Je mène la vie d'un rose-croix, toujours ambulant et toujours caché, mais ne prétendant point à sagesse. Quanyuam o ' /
1 i:\elnmationile regret d'un lutteur, dans Virgile, Mn.% liv. V, v. I •;>:>.
il. — AU MÊME,
A l'kMFIIEUB , KUE DU ROCLK , A PARIS.
Je pars samedi matin. Je vous demande la permission d'emporter le père Lelong !, qui me sera trèsnécessaire pour m'indiquer à mesure les livres dont j'aurai besoin, et que je ferai venir de Paris. J'écris à M. Bernard, maître des requêtes, pour obtenir qu'on me prête les Généralités de M. de Boulainvilliers. Mais je ne sais pas seulement s'il s'appelle Bernard, si on lui écrit sous ce nom ; ayez donc la bonté de mettre le dessus, et de m'obtenir une réponse très-prompte et très-favorable.
Souvenez-vous donc du catalogue que vous m'avez promis. Je vous demande au nom de l'amitié de m'écrire souvent, et de joindre à toutes les bonnes qualités qui m'ont attaché à vous celle d'un correspondant un peu exact. — Farewell, my friend.
CHEZ V. DE NOCE, CLOITRE SAINT-GEBMAIlf-l/AUXIRBOIS.
Dimanche, 8 mai 1729.
Mon cher Thieriot, je vous renvoie Quinte-Curce et les D tètes de Pologne; je demande les deux autres tomes de la Géographie. Si vous pouviez me dénicher quelques bons mémoires touchant la topographie de
1 Auteur de la BïbHothcca sacra , de la Bibliothèque historique de la France, etc.
l'Ukraine et de la petite Ta r tarie, ce serait une bonne affaire.
Je vous ai manqué ces jours-ci. Je suis obligé d'aller ce soir, à cinq heures, chez madame la duchesse du Maine. Voyez si vous pouvez me donner un rendezvous au sortir de chez elle. YomiRE,
Ce lundi, 173t.
Je vous prie, mon cher Thieriot, de fermer la bouche à ceux qui m'imputent une épigramme contre M. Roy, que je n'ai point vue et que probablement je ne verrai point. Je puis avoir sujet de me plaindre de lui, mais je ne veux faire de ma vie des vers contre personne ; c'est une vengeance indigne , que je mépriserai toujours. On avait glissé le nom de Roy dans l'épltre Sur la Calomnie, dont il a couru tant de copies informes; on avait mis : Boy la chantonne, au lieu de : On la chansonne. C'était apparemment dans le dessein «le me brouiller avec lui. On dit qu'il a fait des vers contre moi pendant mon absence. Je ne veux pas croire qu'il ait eu la lâcheté d'outrager un homme qui était malheureux. Tout ce que je puis vous dire, c'est que je n'ai vu ni les vers qu'on lui attribue contre moi, ni ceux qu'on prétend que j'ai faits contre lui. — N'oubliez pas le souper de demain. Farewell.
Envoyez-moi donc l'épltre de mademoiselle Deseine à ses confrères de la Comédie française !.
1 Mademoiselle Deseine, femme de Dufresne , avait écrit qu'elle se retirait du théâtre par des motifs de religion. Elle quitta, en eiïet, le théâtre avec éclat, mais pour y rentrer Tannée suivante, a. f.