A MADAME LA PRÉSIDENTE DE BERNIERES
La première chose que j'ai faite, madame, en arrivant à Paris, a été d'aller trouver le seigneur du lieu où j'ai passé des jours si aimables. Je lui ai fait, selon que portaient mes instructions, le délail des embellissements que «vous faites à votre terre, et lui ai exagéré le bonheur d'avoir une femme comme vous,
Mais quelque chose que je lui aie dite de sa femme et de sa maison, je ne crois pas qu'il vienne sitôt les voir. Il me paraît fort occupé des affaires et des plaisirs qu'il a dans ce pays-ci. Je l'ai trouvé beau ,* brillant et paré, comme un jeune petit-maltre à bonnes fortunes.
Voilà tout ce que je sais de vos affaires. Pour les miennes, elles sont un peu plus mauvaises. J'ai perdu sans ressource mes deux mille livres de rente viagère pour avoir trop tardé à en payer le fonds. Les affaires de ma famille commencent à tourner mal. M. de Nicolaï l n'a pas voulu me faire accorder de provision. Ainsi j'ai plus besoin que jamais de la philosophie, dont je veux faire profession. Je vais regarder la fortune comme un avantage qui n'est nécessaire qu'aui gens remplis de désirs. Les richesses sont des emplâtres pour les blessures que nous font nos passions. Mais un philosophe est un homme bien sain, qui n'a pas besoin d'emplâtres. Je me mets donc dans la tête d'être heureux dans la pauvreté
La fin et le milieu de cette lettre manquent. (Note de M. de Cayrol.)
A Calais, ce 5 mai 1726, chez M. Dunoquet.
Mon cher Thieriot, je n'ai que le temps de vous dire que je suis à Calais, où je compte rester quatre ou cinq jours, que je vous aime réellement, que je re-
1 Président de la chambre des comptes.
grette madame de Bernières plus qu'elle ne pense, que je serais consolé si je pouvais trouver en Angleterre quelque imagination comme madame du Défiant, et quelque malade comme le chevalier Des Alleurs; que je suis très-fàché d'avoir connu si peu madame de Godefroy, et qu'il faut que vous m'écriviez tout à l'heure quelque longue lettre, où il y ait bien des nouvelles et bien des amitiés de votre part et de celle de madame de Bernières, à laquelle je serai attaché toute ma vie.
A Wandsworth, 11 /2Î juillet 1723.
Monsieur,
J'ai reçu votre obligeante lettre, et peu de jours après madame la comtesse de la Lippe m'a remis la médaille dont Sa Majesté a bien voulu m'honorer. Je la garderai toute ma vie bien précieusement, puisqu'elle me vient d'une si grande reine et qu elle représente la reine d'Angleterre, laquelle, par ses vertus et ses grandes qualités, fait aisément songer à la reine de Prusse.
Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien présenter à Sa Majesté mes très-humbles remerciments. Je suis honteux d'être si peu digne de ses bontés. Je voudrais pouvoir un jour avoir l'honneur de lui faire ma cour; il me semble que mes ouvrages en vaudraient mieux si j'avais de pareils modèles à peindre.
Je prends la liberté, monsieur, de vous envoyer
dans ce paquet que j'adresse à M. Ostemback, résident de Prusse à Londres, un exemplaire d'une des éditions qu'on a faites à Londres de la Henriade. Elles sont toutes très-incorrectes; je vous demande pardon pour les fautes de l'imprimeur et pour celles de l'auteur. Je n'ai aucun exemplaire de la grande édition in-4°; sans cela je ne manquerais pas d'avoir l'honneur de vous l'envoyer.
Rien ne me flatte plus que votre approbation. La récompense la plus noble de mon travail est de trouver grâce devant des reines comme la vôtre, et d'être estimé de lecteurs comme vous; car en fait de goût et de sciences, il ne faut point mettre de différence entre les têtes couronnées et les particuliers.
Je suis avec respect, monsieur, etc. Voltaire.