‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 26 sur 95 · A M. L'ABBÉ MOUSSIISOT · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ MOUSSIISOT

Ce 8 juillet 1737.

Je vous avais demandé, mon cher abbé, des thermomètres et des baromètres. J'insiste encore fortement là-dessus. On en transporte au bout du monde. Vous pourriez consulter sur cela M. Grosse ' ou M. Nolet 2, qui demeure quai des Théatins, chez M. le marquis de Locmaria.

Ce M. Nolet en vend de très-bons. Il enseignera et donnera par écrit la manière de les faire parvenir en province en sûreté. On pourrait, je crois, très-bien envoyer dans une caisse le mercure, les verres, l'esprit-de-vin coloré, etc., chacun à part, et on remplirait le thermomètre selon la façon dont M. Nolet luimême s'y prend.

Ce qui est bien sûr, c'est qu'il me faut deux bons baromètres et deux bons thermomètres; si je peux surtout en avoir selon la méthode de Fahrenheit, je vous serai très-obligé, dût-on me les apporter à pied. Il n'y aurait qu'à m'envoyer ce Savoyard 3 en qui vous

1 Chimiste.

1 Physicien.

8 Voy. au commencement de ce volume, paçe 27.

avez confiance, et qui est un honnête garçon. Il apporterait avec cela des serins , supposé qu'ils soient privés, si M. Dubreuil voulait en céder pour de l'argent, et une petite perruche à collier noir. Vous feriez prix avec lui pour son voyage. Vous seriez un homme charmant.

Au reste, mon cher abbé, n'épargnez jamais l'argent quand il vous faudra des voitures, et préférez toujours en fait d'achat le beau et le bon , un peu cher, au médiocre moins coûteux.

On dit bien du mal des estampes de Gaillard. Ne pourrait-on point me faire moins vilain?

Adieu , mon très-cher abbé.

Ce 30 juillet 1737.

J'ai été un peu malade, mon cher abbé; sans cela je vous aurais écrit par votre courrier fantassin, qui m'a apporté le tout en assez bon ordre. Mais il est arrivé depuis bien du malheur à nos baromètres et à nos thermomètres. Je ne veux pas abuser de votre patience pour en demander d'autres pour le présent. Mais en donnant une Henriade à l'abbé Nolet, vous pourrez fort bien lui demander un plus grand thermomètre selon les principes de M. de Réaumur. Le plus grand que j'avais, s'étant trouvé encore trop petit, a pété dans l'opération.

Je vous réitère mes petites demandes de ma dernière lettre. Voici le temps des réponses de M. Grosse et de celle de M. Delarue.

Si notre chimiste aumônier ! tarde à partir, ne tardez pas, je vous en prie, à m'envoyer de l'argent par la voie du carrosse, et au lieu de deux cent cinquante louis, envoyez-en hardiment trois cents avec les livres et les petites bagatelles que j'ai demandées.

Vous me direz ce qu'il faut faire sur le certificat de vie, et sur ce qui est nécessaire pour recevoir mes rentes viagères dont vous avez les contrats, et ma pension dont M. Tanevot a l'ordonnance.

Je compte qu'on a écrit à M. le prince de Guise suivant le modèle de lettre que j'avais envoyé, et, si l'on n'a pas encore écrit, je prie instamment qu'on n'y manque point.

On a donné un écu de trois livres de gratification au porteur des thermomètres , et trois livres encore sur son payement. Combien lui donnez-vous par jour?

Adieu ; on ne peut ni vous fatiguer ni vous aimer plus que je fais. N'oublions pas l'affaire de Bouillé- Ménard.

Autres questions.

Que dit la perruche? Car il faut qu'on la répète.

Avez-vous eu la bonté de donner à d'Arnaud un louis d'or? Dites-lui donc qu'il se fasse appeler Arnaud ; c'est un beau nom de janséniste, et Baculard est ridicule. — Vale, et me ama.

. l L'abbé Nolet, qui demeurait au château de Cirey.

17 novembre 1737.

Je reçois la vôtre du 15, mon cher et véritable ami. Vous êtes bien bon de soupçonner M. d'Argent al d'avoir écrit le billet que vous m'envoyez. Je vois bien que vous ne connaissez pas l'écriture et le style du petit Lamare. Il me semble qu'il devrait se servir autrement de sa plume. Il pourrait avoir plus de respect pour vous et de reconnaissance pour moi. Il devrait au moins n'écrire que pour me remercier de mes bienfaits. Je lui ai donné cent francs pour son voyage d'Italie , et je n'ai pas entendu parler de lui depuis son retour. Je ne le connais que pour l'avoir fait guérir d'une maladie infâme à mes dépens , et pour l'avoir accablé de dons qu'il ne méritait pas. Mais je suis accoutumé à l'ingratitude des hommes.

Que Lamare ne m'ait payé que d'ingratitude, encore passe. Mais Demoulin y a joint la friponnerie, l'outrage et les plus indignes procédés. Sa femme, comme je vous l'ai mandé , m'a écrit pour me demander grâce; mais si Demoulin ne me demande pas au moins pardon de ses infamies, il sera poursuivi à la rigueur.

Tachez, mon cher abbé, d'avoir cette belle pendule à secondes.

Je vous supplie d'envoyer presser Prault lils pour l'envoi des livres que j'ai demandés.

Je prie M. votre frère de se souvenir du Créa fonte.

DE V0LTA1HE (1737;. l\±\

Un petit billet à Thieriot, je vous prie, pour les habits. Pardon, et mille amitiés à vous et aux vôtres.

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