‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 34 sur 95 · A M. L'ABBÉ MOISSINOT · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ MOISSINOT

ï aoûl 173*.

Mon cher abbé, je reçois une nouvelle bien agréable: je trouve l'occasion d'obliger M. Pitot '.

Je vous prie de vouloir bien passer chez lui. Vous aimez volontiers à courir chez les gens, quand il faut rendre service. Je ne peux guère lui prêter que 800 livres, à cause des grandes dépenses que je fais; car, outre les 4,000 livres que vous m'avez envoyées, il faut encore que vous donniez à compte 100 pistoles à M. Cousin, qui doit devenir mon compagnon de solitude et de chimie. Prêtez donc ces 800 livres à M. et madame Pitot. Ils me les rendront dans l'espace de cinq années, rien la première, et deux cents livres la seconde année, autant la troisième, ainsi du reste. Le billet de M. et madame Pitot, portant payement sur leur terre, suffira sans contrat. Il ne faut point, me semble, de notaire avec un philosophe.

Assurez M. et madame Pitot que s'ils se trouvaient pressés dans la suite, je n'exigerai pas le payement, et qu'au contraire ma bourse serait encore à leur service.

Dès que les Transactions philosophiques seront en vente, vous aurez donc la bonté de les acheter, et de souscrire. En attendant, je prie M. Cousin ou vous, mon cher abbé, de vouloir bien présenter les Éléments de Newton, bien reliés, à M. de Brémont.

Je ▼eux bien encore pardonner à Demoulin , et j'accepte le marché qu'il propose : 1,600 livres sur Du-

1 De l'Académie des sticnri-s.

cbauson, et 400 comptant. Vous pouvez conclure.

Voici un papier qui vous fera voir les dimensions de ma table de marbre, et celles de la jolie commode que je demande. Prenez le tout comme il vous plaira.

J'ai reçu la montre.

Je ne sais ce qu'est devenue une caisse que Prault dit avoir envoyée.

Le chevalier de Moubi demeure rue des Moineaux, butte Saint-Rocb. Vous pourriez lui écrire un mot pour savoir ce qu'il faut par mois, et pourquoi il n'envoie plus de nouvelles depuis huit jours.

Et M. d'Auneuil ?

Voulez-vous bien m'envoyer un bâton d'ébène, long de deux pieds ou environ, pour servir de manche à une bassinoire d'argent? Je suis un philosophe trèsvoluptueux.

Si de Mouchi veut 200 livres par an, à condition d'être mon correspondant littéraire et d'être infiniment secret, volontiers. J'aurais mieux aimé mon Darnaud; mais il n'a pas voulu seulement apprendre à former ses lettres.

Je vous embrasse de tout mon cœur.

Connaîtriez -vous quelqu'un qui veuille servir de valet de chambre, et qui sache bien écrire? Il y a 200 livres de fixe, beaucoup de présents en habits et un honnête ordinaire.

P. S. Je vous prie d'envoyer ou de vouloir bien porter ce mémoire1 à M. l'abbé Trublet, rue Guénégaud, pour être inséré au Journal des Savants.

1 Voy. Œuvres complètes, t. XXXVII, p. 50i).

DE VOLTAIRE (1738). 33i

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