CHU M. DB LA POPBLIKIBBB
Ce 27, au matin, 1738.
J'ai oublié, mon cher ami, dans ma lettre du 26, de vous faire soutenir qu'étant à Paris en 1736, je vous montrai aussi bien qu'à plusieurs personnes, un écrit, où la lettre sur Bicêtre, la lettre de M. Pracontalsur la bataille de Spire, etc., se trouvaient; l'abbé d'Olivet porta même cet écrit à Desfontaines, pour l'exciter à repen tan ce. Cet écrit courut; il a servi en dernier lieu à fabriquer le Préservatif. Souvenezvous de cet écrit encore une fois; car je vous citerai,
vous et l'abbé cTOlivet, et tous ceux qui Tout vu. Au nom de Dieu, ayez de la mémoire! Vous avez oublié Y Apologie de V. Ce* libelle à vous montré, ce libelle dont il s'est débité quelques exemplaires, ce libelle cité par Desfontaines même dans son Dictionnaire nécrologique, où vous êtes si joliment traité, enfin vous vous en êtes souvenu. Je demande à votre amitié de la mémoire et de la vivacité. J'ai Desfontaines en tête. Je ne quitterai pas Cirey pour lui; mais je le punirai sans bouger. Si vous avez un cœur, remuez-vous. J'ai envoyé une espèce d'apologie à M. d'Argenson; vous pouvez engager M. de Moncrif à vous la. montrer. Il y a du littéraire; mais j'ai voulu faire un ouvrage pour la postérité, non un simple factum. Soyez la dixième partie aussi vif pour moi que vous l'avez été pour mademoiselle Salle, qui vous aimait dix fois moins que moi.
Ne vous adressez qu'à Moncrif. V.
Ce 28 1738.
M. du Chàtelet étant absent, et madame la marquise ayant ordre d'ouvrir ses lettres, elle a heureusement lu la vôtre, et elle vous donne la marque d'amitié de vous la renvoyer. Elle n'est ni française, ni décente, ni intelligible, et M. du Chàtelet, qui est très- vif, en eût été fort piqué. Je vous la renvoie donc, mon cher Thieriot; corrigez-la, comme je corrige mesÊpîtres. 11 faut tout simplement lui dire que vous avez prévenu tous ses désirs; que si vous avez été si longtemjx sans
écrire, c'est que vous avez été malade ; qu'il y a longtemps que vous savez qu'en effet j'ai remboursé toutes les souscriptions que les souscripteurs négligents n'avaient pas envoyées en Angleterre, et que vous ne croyez pas qu'il en reste; mais que s'il en restait, vous vous en chargeriez avec plaisir pour votre ami ;
Qu'à l'égard de l'abbé Desfontaines, vous pensez comme tout le public, qui le déteste et le méprise, et que vous n'avez pas cessé un instant d'être mon ami. Au reste, songez bien qu'on ne vous demande point de lettre ostensible. Voilà comme on apaise tout sans se compromettre, et non pas en entrant dans un détail de lettre à écrire de M. de la Popelinière.
Ne parlez point de M. de la Popelinière; c'est à lui à rendre ce qu'il doit à M. le marquis du Châtelet, et il n'y manquera pas; il connaît trop les devoirs du monde.
Pour la centième fois, si vous aviez écrit tout d'un coup comme à l'ordinaire, et si vous n'aviez pas voulu mettre dans l'amitié une politique fort étrangère, il n'y aurait pas eu le moindre malentendu. Oublions donc toute cette mésintelligence.
Au reste, je poursuivrai Desfontaines à toute rigueur : qui ne sait point confondre ses ennemis ne sait point aimer ses amis. Y.
Ce même jour ou cette même nuit 1738.
Madame du Châtelet est excessivement fâchée que
vous ayez fait courir votre lettre à elle adressée; cela est contre toutes les règles, et un nom aussi respectable doit être plus ménagé. Je suis encore à compren- dre comment cela peut vous être venu dans la tête , et pourquoi vous lui avez écrit une prétendue lettre ostensible, qu'elle ne demandait assurément pas, et pourquoi vous avez consulté tant de gens sur la manière de faire une chose qu'il ne fallait point faire du tout. Si jamais il arrivait que cette lettre compromit madame la marquise du Cbâtelet avec l'abbé Desfontaines, il n'y a peut-être point d'extrémité où sa famille et elle ne se portassent. Encore une fois et encore cent fois, il fallait écrire tout simplement comme à l'ordinaire, ne point faire- attendre; mander si vous aviez envoyé ou non cette horreur au prince1; instruire tout Cirey par vous-même de ce qui se passait, de ce qu'il convenait de faire; prier votre ami de prendre votre défense, et contre trente personnes qui disaient que vous le trahissiez, et contre l'abbé Desfontaines qui vous traite comme un colporteur et comme un faquin ; vous joindre à nous avec le zèle le plus intrépide pour délivrer la société d'un monstre; écrire lettre sur lettre, au lieu de vous en laisser écrire; envoyer copie de votre lettre au prince; épargner tous les soupçons et remplir tous les devoirs. Vos péchés sont grands; que la pénitence le soit, et que je dise : Remittuntur ei peccata mvl/a9 quia dilexit multum.
1 Frédéric.
Ce 7 novembre 1738.
J'ai reçu aujourd'hui le ballol et l'estampe. J'écrirai au prince Can ternir pour le remercier. Mon Dieu ! que la figure du Bacchus de Boucbardon est admirable de tout point ! Je vous prie, mon cher ami, de dépëcber ce
paquet à M. d'Argental Non, point de paquet....
Je vais faire partir incessamment Pope, S'gravesande, Bacon, etc.
il y a un grand garçon aimant les vers, et pour ce banni de la maisou paternelle ; il se nomme de Gouve -, il veut vous voir. — Je répondrai à M. des Alleurs; mais je n'ai pas un moment à moi, et nous partons bientôt pour la Flandre. Comment va votre santé?