A M. L'ABBÉ MOLSSINOT
9 décembre 1738.
Je vous prie, mon cher abbé, de vouloir bien avoir la bonté d'envoyer chez Prault, et de le faire un peu gronder par M. votre frère. Il ne m'envoie ni l'exemplaire de Y Enfant prodigue que je demandais par la poste, ni les volumes qu'il me doit. Il n'y a aucun de ces volumes qu'on ne trouve à Paris en un demi quart d'heure. Mais je suis honteux de vous gêner toujours pour des bagatelles. L'affaire de M. de Guise n'est pas si bagatelle. Savez-vous bien que vous ne feriez pas mal d'aller voir M. Chopin, dans quelque
intervalle de la grand'messe et de vêpres? Il me semble qu'on fait plus de choses dans une conversation avec le chef de la commission, que par des rames de papier timbré. Vous diriez à ce M. Chopin que le Sérénissime prince de Guise se moque de moi , chétif citoyen; qu'il fait bombance à Arcueil, et laisse mourir de faim ses créanciers. Vous lui feriez un beau discours sur la révérence qu'on doit aux rentes viagères. Il est vrai que le roi a réduit les nôtres à la moitié; mais le prince de Guise n'est pas si modéré, il me retranche tout à fait les miennes. Je vous avoue que je trouve ce procédé-là pire que les barricades de Guise le Balafré. Je souhaiterais que ce M. Chopin eût quelques rentes viagères ; il verrait ce que c'est que de n'avoir point de quoi vivre de son vivant, et de laisser à ses hoirs trois ou quatre années à percevoir. Je sais qu'il ne serait pas mal que je fusse à Paris; mais je crois mes affaires mieux entre vos mains qu'entre les miennes.
Adieu, mon cher abbé, nous boirons à votre sautt: en mangeant le pâté.