A M. LEKALN
A Lausanne, 5 janvier 1 758.
On dit, mon cher Leltain, que M. le maréchal de Richelieu a gagné une bataille '; mais je ne serai tout à fait content de lui que quand il vous aura donné cette part entière qu'il y a tant d'injustice à vous refuser. Mais pourquoi les autres gentilshommes de la chambre ont-ils eu la même dureté? Les talents sont quelquefois bien cruellement traités; j'en ai fait longtemps l'expérience , et je n'ai été heureux que dans ma retraite.
C'est une fantaisie de madame Denis que ces habits de théâtre qu'elle vous a demandés. Ces amusements ne conviennent ni à mon âge, ni à ma santé, ni à ma façon de penser. Mais j'aime toujours l'art dans lequel vous excellez.
1 Contre les Hanovriens, commandes par le duc de Cumberland.
Je serai enchanté de vous voir à Lausanne si vous allez à Dijon. Vous auriez mieux fait vos affaires à Genève avec la troupe de Dijon, qui au printemps doit réjouir Genève. Vous gagneriez plus en province qu'à Paris. C'est une honte insoutenable. Je vous embrasse de tout mon cœur. Madame Denis vous fait bien des compliments. V.