A M. MARIN
11 mars 1772.
Je vous écris bien rarement, mon cher ami; que pourrait vous mander un vieillard aveugle, un blai-
1 V. précédemment, pages 32, 38.
1 Censeur royal , directeur de la Gazette de France.
reau des Alpes, un solitaire enfoncé dans les neiges? Que pourrait-il dire à celui qui deux fois par semaine nous instruit des affaires de l'Europe? Je vous aime de loin dans mon trou, et je me tais.
Voulez-vous bien avoir la bonté de faire rendre cette lettre à M. de La Harpe? Conservez-moi toujours un peu d'amitié; la mienne pour vous ne finira qu'avec ma vie.
4 mai 1772.
Comme je suis sûr, mon cher monsieur, que le libelle auquel j'ai voulu répondre est de l'Angleviel dit La Beaumelle, j'ai trouvé qu'il ne méritait pas qu'on lui répondit. J'aime mieux m'amuser avec des Bégueules1 qu'avec des méchants très-méprisables.
On parle d'une mauvaise réponse faite au plaidoyer de M. Linguet; je suis surpris qu'on ose en faire une.
Vous savez la réparation qu'on a faite sur la méprise d'Arras 2; mais quelle réparation! Il fallait que les premiers juges demandassent pardon à genoux à la veuve de l'innocent, et lui fissent une pension de la moitié de leurs biens.
Je recommande les incluses à vos bontés.
1 Le conte de la Bégueule. V. QEuv. compl., t. XIV. 1 Le procès de Montbailly, mis à mort comme parricide, et reconnu innocent.
m LETTRES INÉDITES