AU PRINCE DE LIGNE
5 auguste 1774, à Ferney,
Vous feriez rire un mort, monsieur le prince, avec vos prélats et vos lavements !. Moi, qui suis plus près des lavements que des sacrements, j'ai été enchanté d'être encore dans votre souvenir. Je m'imagine bien
1 II s'agit de la cérémonie funèbre de Louis XV, dont le prince de Ligne lui rendait compte dans un style d'assez mauvais goût. a. f.
que tout ce que vous avez vu vous a amusé sans tous étonner. C'est un drame d'une nouvelle espèce, et vous êtes bon juge. J'ai renoncé à tous les spectacles ; mais je suis charmé quand un connaisseur comme tous daigne m'en parler.
, Tout enterré que je suis dans ma solitude, j'ai entendu parler, il y a quelques mois, d'une belle fête que vous aviez donnée. Je me doute bien qu'il y avait autant de goût que de magnificence. Mes jours de fête seraient ceux où je serais à portée de vous faire ma cour; mais ma destinée m'a tapi trop loin de tous.
J'ai eu la consolation de dire fort au long à M. de Constant1 combien je vous suis attaché. J'ai joint mes vœux aux siens, pour que votre manière de penser s'établisse à Bruxelles. J'en dirai autant à M. d'Her- Caenches, quand je le reverrai. Il est un peu mécontent, il boude ; mais j'espère qu'il prendra le parti de nous demeurer. Il ne trouvera guère de pays où l'on sente mieux son mérite.
Agréez, monsieur le prince, mes éternels regrets d'être si éloigné de vous, et mon profond respect.
1 Le père de Benjamin Constant de Rebecque. — M. de Constant d'Hermenches, son parent, rimait et jouait agréablement la comédie.