‹ Voltaire à Ferney; sa correspondance avec la Duchesse de Saxe-Gotha, suivie de lettres et notes historiques entièrement inéditesChapitre 88 sur 95 · AVOCAT · texte numérisé non relu

AVOCAT

Î2 février 177».

Le vieux malade de Ferney a reçu les instructions du cher philosophe, patron des opprimés; il en fera certainement usage. Peut-être faudra-t-il attendre le saint temps de Pâques; les ministres seront alors un peu moins accablés d'affaires. Une raison encore plus forte, c'est que j'espère dans ce temps-là passer quelques jours avec le patron de l'humanité *. Ce sera probablement ma dernière Pâques; car ma santé baisse tous les jours. Je finirai trop heureusement ma carrière, si je puis travailler sous votre dictée à délivrer les hommes de l'esclavage ou des moines2 les ont mis. Ne pourrai-je parvenir à briser des fers si honteux, après nous être tirés de ceux des fermiers généraux 3 ?

1 Turgot, qui fit un séjour d'un mois à Ferney. * 11 s'agit de l'affaire des serfs de Saint-Claude, 1 Voir précédemment, p. 38.

Je vous embrasse bien tendrement, mon cher philosophe.

A Ferney, lî novembre 1177.

Nous sommes fort ignorants, mon cher ami , nous ne savons pas à Ferney s'il est vrai que des lettres patentes du roi, à nous accordées pour valider et confirmer nos échanges et nos marchés faits avec la sainte Église, ne sont valables que pour une année et ne peuvent être entérinées à Dijon qu'au bout de cette année. 11 n'est pas dit un mot de cette clause prétendue dans ces lettres patentes. On nous assure que c'est vous qui avez décidé que nous n'avons qu'un an pour faire entériner nos lettres. Mandez- moi, je vous prie, si cela est vrai.

Je ne connais point du tout la jurisprudence du Conseil et les entraves que les parlements y mettent. Je ne sais autre chose que de prendre l'intérêt le plus vif à nos chers esclaves1, que vous protégez si noblement à ce Conseil du roi.

Je vous embrasse tendrement.

Le vieux malade, V.

1 Voir précédemment, p. 31, 32, 38 et 77.

Ut ' LETTRES INEDITES

A Faracj, 13 janvier 1778.

. Vous me déchirez le cœur, mon cher ami , par tout ce que tous me mandez. Il m'est impossible d'écrire à votre Genevois. Jugez-en vous-même.

- Sa femme est née et a été élevée dans le même village que la mère de mademoiselle de Varicourt ', qui lui donna longtemps des bas et des souliers, quoiqu'elle n'en eût guère pour elle-même.

J'ai donné part du mariage de mademoiselle de Tarieourt à la Genevoise, et ma lettre était assurément très-flatteuse. Elle n'a pas daigné me répondre; mais elle a répondu à un frère de mademoiselle de Varicourt, et lui a dit qu'elle était une femme trop sérieuse et voyant trop bonne compagnie pour recevoir chez elle une jeune mariée. Cet excès d'impertinence est-il concevable?

Je tremble de tous côtés pour nos chers Saint-Claudieos. J'ai bien peur qu'ils ne soient mangés par les pharisiens et par les publicains; mais où se réfugieront-ils? Ils n'ont ni protection ni asile. Tout ce que je vois me fait horreur et me décourage. Je vais mourir bientôt en détestant les persécuteurs et en vous

' Mademoiselle de Yaticourt, d'une famille noble du paje de Gei, élevée A Ferney par madame Denis, épousa en 17 11 le marquis de Vlllelte, Voltaire lai avait donné, le surnom de Belle et Bonne. Madame de Villelte eut morte en 1821. a. r.

Page 1