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La correspondance complète avec la duchesse de Saxe-Gotha parait ici pour la première fois. Le savant M. de Cayrol , dont la perte est si sensible à ses nombreux amis et particulièrement à l'auteur de cette note, connaissait et poursuivait depuis longtemps cet intéressant recueil, rigoureusement enfermé dans la bibliothèque de Gotha. Mais il fut impossible d'en obtenir communication, malgré les plus pressantes démarches. En Allemagne, l'accès des bibliothèques n'est pas toujours ouvert avec cette libérale facilité que la France s'honore de pratiquer.
M. Évariste Bavoux a bien voulu seconder ces recherches de son zèle et de son crédit, et a eu l'honneur de réussir.
S. A. R. le duc régnant a daigné mettre la collection tout entière à la disposition des éditeurs, avec un empressement et une bonté dont on lui offre ici de respectueux remerclments.
Ainsi, c'est à la générosité de ce prince éclairé, digne successeur de l'auguste correspondante de Voltaire , c'est à l'heureuse entremise de M. Évariste Bavoux que le public devra ce présent, doublement précieux pour la littérature et pour l'histoire.
Louise-Dorothée de Meiningen, née en 1710, mariée en 1729 au duc de Saxe-Gotha, était aussi distinguée par la supériorité de son esprit que par la noblesse et la bonté de son cœur. Voltaire , en quittant Berlin , passa six semaines à sa cour. Elle le réconcilia avec Frédéric, qui avait une grande estime pour cette princesse. Ses démarches secrètes , où Voltaire prit luimême une part très-honorable, contribuèrent beaucoup au traité qui termina la triste guerre de Sept ans. A. F.
Voici dans quels termes un écrivain distingué, M. le vicomte de la Guéronnière , parle de la noble famille dont il est ici question :
« La famille des Cobourg représentait en Allemagne les idées avancées , dont la réforme avait jeté la semence jusque dans les cours. Un prince que nous avons déjà nommé avec respect , Ernest le Pieux, avait popularisé son règne par les créations les plus utiles; c'est lui qui, à une époque où l'Europe entière naissait à peine à la vie intellectuelle , organisa dans ses États l'instruction primaire et secondaire. Aussi le dicton suivant est-il resté sur sa mémoire :
« Les paysans du duc Ernest sont plus savants que les gentils- « hommes des autres contrées. »
« Voltaire et le grand Frédéric savaient que dans ce petit coin du saint-empire il y avait plus de lumières, de science et de civilisation que dans certains grands États, et leurs sympathies s'attachaient particulièrement à lu duchesse de Gotha, femme supérieure, qui avait épousé le chef de cette branche.
<( C'est à cette princesse que Voltaire écrivait :
« Où pourrais-je vivre dorénavant , madame , après avoir passé « un mois à vos pieds? Croyez -vous qu'en quittant votre palais le « fcéjour de Plombières me sera bien agréable? Ce sont les eaui du
• Léthé qu'il me faudrait. Je prévois, madame , que je n'aurai d'au-
• tre chose à faire qu'à revenir faire ma cour à Vos Altesses Séré- « nli»lmcs. J'ai été dans le temple de la raison, de la grâce, de Tes-
« prit, de la bienfaisance et de la paix. Je retournerai dans ce temple. « 11 n'y aura pas moyen d'aller vivre avec des profanes *• »
« Cette admiration raffinée par la galanterie est trop virement exprimée pour ne pas être sérieusement sentie. Le grand Frédéric traitait les plus hautes questions aussi bien que les intérêts intimes avec madame la duchesse de Gotha. Consulté par elle sur un projet de mariage pour sa fille avec le duc d'Orléans , Frédéric opposait la différence de religion, et disait avec son spirituel scepticisme : « Henri IV trouvait que Paris valait bien une messe , mais je ne « crois pas que la place de duchesse d'Orléans vaille autant. »
« On voit ce que comptaient à cette époque les Cobourg, qui avaient l'amitié du grand Frédéric, l'admiration de Voltaire, et qui discutaient l'alliance d'un prince de la maison royale de France. »
(Voir ci-dessus page 13 (5); voir aussi M. de la Guéronnière, Portraits politiques, — Léopold !,r, rot des Belges, — p. 146, 147.)
1 Recueil de MM. de Cayrol et Alphonse François, publié par Didier en 1857, tome I, page 461. Cette lettre est du 28 mai 1752.