CX. « Lâcher la bride à là victoire. — tfestrce pas là une
CXI. a Le roi de Navarre, dit-il, fut blessé à la tranchée en a lâchant de l'eau. — Circonstance bien digne de la curiosité a du lecteur!»
Mézerai n'en parle qu'à lause des plaisanteries qui en furent faites.
CX1I. a 11 ne sait pas qu'il est plus honorable de faire une « sage retraite, que de se faire faire prisonnier en s'opiniâtranL »
Chicane.
CX111. « Il dit : Le duc de Guise n'avait presque aucun vice « ni de prince, ni de courtisan. —Les princes et les courtisans a ont-ils une autre origine ou d'autres passions que les autres « hommes? »
Le prince deClermont1 le prétendait en plaisantant. Mais s'ils ont la même origine, leurs passions sont plus violentes et plus dangereuses.
CX1V. « 11 dit sur la mort du gouverneur d'Orléans , qui « avait nom Sipierre, que les trois cailloux qui sont les armes « d'Orléans avaient vu la On de Sipierre. »
Mauvais calembour en effet.
CXV. « La reine voulut enchaîner le prince à la cour par les « appas d'une de ses filles d'honneur. — Est-ce la première « fois que les filles ont été touchées de tendresse? »
Non, sûrement; mais il est certain que la reine avait employé cet artifice.
CXVI. c N'est-ce pas partout la faiblesse des hommes et des « femmes d'être sensibles? »
Le P. Daniel, qui se plaint des propositions universelles, en fait là une contre tout le genre humain.
CXVH. « A l'occasion des jugements des consuls, H dit : La « -chicane meurt d'envie de mettre la griffe sur im morceau si « gras qu'est celui du commerce. — Ne pouvait-il parler en « termes plus doux et plus polis? »
On convient donc du fond.
CX VIII. « Le connétable était sage cunctateur, terme qui n'est « pas encore à l'usage de la langue française. »
ïl devrait l'être ; cunclator Fabius. Mais il n'appartient à personne de faire des mots.
1 Louis de Bourbon-Condé, abbé, académicien , général d'armée, mort en 1770.
till iiLimiyLts AfifuoiUfBEfi de vultaiiie
CX1X. « Il dit : Le cou né Initie répondit qu'il n'avait pas mtii n quatre-vingts ans sans avoir apprit à mourir un qu.irt a d'heure. — Entend on bien le sens de celle paru lu ? »
L'histoire lui attribue cette parole, que M'-zerrii se contente île rapporter.
CXX. « La paix de Biron et de De Mesme est appeh'e la h boiteuse et la mal assise, faisant allusion à Biron, qui état! u boiteux, et à De Mesme, qui était seigneur de Mal-Assise.— u Voilà sans doute une fine remarque! d
Non; maison la-fit alors, el cela suffit.
CXXI. « Dans la journée de la Saint-Bar tué le m y, quantité du « catholiques furent dépêchés par l'ordre des puissances sou- " vi.TrtiiH's, ou par l'inhibition de qunlipu'S particuliers.— \ud.i « comme il accuse les souverains et les particuliers! »
Il est certain que ce massacre couvrit bien dus vengeances particulières.
CXXll. a Le garde des sceaux Biragues, le comte de Rais, a confidents de la reine, appréhendaient fort la guerre, parce a que les intrigues étaient plutôt leur jeu que les armes. — v Ne demeurera-t-on pas d'accord qu'il n'y a que le peuple « qui parle de la sorte f j>
Le P. Daniel s'attache trop à la critique des expressions.
CXXIII. oïl dit: Leduc d'Anjou méprisait sa sœur Maguerite, « après l'avoir trop ardemment chérie. — Voilà comme il veut a donner l'idée de quelque grand crime. »
Le dit-il d'après l'histoire? Voilà la question. CXXIV. a En parlant des desseins de la reine (Catherine de
SUR LE P. DAMKL. 481
« Médicis), il dit les fantaisies d'une femme. — Manière de « parler peu convenable. »
Expression peu galante ; mais Mézerai ne faisait sa cour à personne.
CXXV. « Quelle petite remarque! On prit, dit-il, à mau- « vais augure que les hérauts du roi de Pologne (Henri III) « eussent mal blasonné les armes du nouveau royaume.— Ce « qui ne pouvait être regardé que comme une marque de leur « négligence à s'instruire. »
Cela ne détruit pas le fait.
CXXVI. « Où eût-il pu prendre la preuve de ce qu'il dit sur « Charles IX? Était-il appelé dans les affaires les plus secrètes « des rois? »
On peut n'y être pas appelé, et être cependant instruit par des mémoires du temps, dont on aura fait un choix judicieux.
CXXVH. «. On jugera, comme moi, que Mézerai était un écrite vain quelquefois hardi jusqu'à l'insolence. »
Il n'y a pas d'insolence à un historien de rapporter des faits. Tacite, Suétone , Guichardin , M. de Thon sont donc de grands insolents.
CXXVIII. « 11 dit que les Vénitiens menèrent le roi Henri III « dans l'île Moron (Murano), célèbre pour sa belle verrerie.— « Quel rapport a cette belle verrerie avec la réception qu'on a fit au roi?»
Chicane toute pure.
CXXIX. « Mézerai dit que le roi contracta à Venise une ter- « rible maladie.— Pour moi, je ne saurais croire qu'un grand
m REMARQUES AUTOGRAPHES .DE VOLTAIRE
« roi se livre sans précaution dans toutes sorte» de désordre». *
Le P< Daniel (sonnait donc les précautions que ce gfand roialirait dû pfètidf e.
CXXX, « Les rois ont-ils auprès de leurs personnes, des gens « qui disent tout ce qu'ils savent ? »
Poulie éltit OU QtiMflè tôttt
gxxxi. « Queue mmtè y mmk4 m êmm m&ës-
« sance au public d'un pareil malheur afltitë à tih pKfifcèt*
Suivant ce beau principe rh&toîrë *» èeWtfl être qu un éloge des princes sur tout.
« les tabagies, où je juge qu'il allait ordinairemettt * les bonnes compagnies. »
Ne jageï poratl (EocK)
CXXXIIL « Je ne yeux en aucune manière noirtir sa ëtè-
« moire; je veux seulement faire remarquer qu'il parle quel- « quefois avec une hardiesse dont on ne peut avoir pris ITia- « bitude que dans les lieux que je dis. »
De quoi cependant ne l'a-t-il pas accusé?
CXXX1V. « Le gouverneur de la Charité, qui n'avait que 180 a hommes pour défendre sa place , capitula après avoir sou- « tenu deux assauts. — Cela n'est pas vraisemblable ; oto ne « soutient pas deux assauts d'une armée royale avec 150 « hommes. »
Le fait peut être vrai, et cette armée royale était peu considérable.
CXXXV. « Le duc d'Anjou venait renforcer le siège de La Ro- « ehelle avec ses troupes altérées de sang 4t de carnage. •*» Ce
« sont là termes qui ne conviennent pas aux armées, et qu'on * n'y entend jamais dire. »
Si une armée les içérile, qu'importe qu'on les y entende dire?
CXXXVL « La reine-mère avait plaisir et* intérêt à tricoter « toujours avec les uns et les autres. — Où peut-il avoir appris « tricoter? »
Expression pittoresque, mais peu noble.
GXXXVII. « Il dit que la reine Marguerite, comme sa mère, « instruisait les dames de sa suite à envelopper les braves dans « ses filets, et que le roi lui-même se prit aux appas de la a belle Poseuse. — Ne pouvait-on pas traiter de pareilles mat tières avec plus de modération et en d'autres termes?»
Mézerai n'avait pas été à l'école des jésuites, et n'avait pas appris l'art d'adoucir ses expressions ; mais ne les affaiblit-on pas alors ?
CXXXVI1I. « Il dit qu'Henri III n'avait plus d'attachement « pour les femmes.— Voilà une terrible idée qu'il veut donner « des mœurs du roi. »
Ce n'est pas lui qui la donne, ce sont tous les mémoires du temps.
CXXXIX. « La reine conçut du mépris pour son mari, et le « planta là. — Voilà un beau discours, et comme il parle toute jours des grands sans circonstances convaincantes de ce qu'il « avance! »
L'expression était familière; mais à coup sûr le P. Daniel l'entendait bien. Il semble que ce n'est que quand on rapporte du mal des grands qu'il faut des preuves.
* CXL a Les mouvements de Tannée du duc de Panne et de « celle du duc d'Anjou sont mal expliqués, (Test ici une ma-
« tière que Mézerai n entendait pas. i
On dirait que c'est un général d'armée qui parle, et
non un jésuite*
CXLl. « Le roi envoya sur le chemin de la reine Marguerite,
« sa sœur, un capitaine de tm gardes qui touilla jusque dans
« -sa litière, et lui ôta le masque de dessus le nez. -•» Cela estât
«vraisemblable?»
Le cardinal de Richelieu fit bien fouiller plus-scrupuleusement encore la reine, femme de Louis XIII.
CXLIl. « 11 dit que te doc de Guise voulait efopëcher îe duc ». de Mayenne d'aller à Parié, de peur qu'il ne le débusquât de « cet empire volontaire qu'il s'était acquis sur e^tte grande a ville. — U veut dire apparemment l'empire qu'on lui avait
a volontairement accordé »
Ce n'était donc pas sî difficile à entendre.
CXLIII. « U rapporte que le roi avait découvert les défauts « secrets d'une princesse. — Et quel droit prétend-il avoir de « faire des observations injurieuses à toutes les femmes? »
Les Tacite, etc., en font de semblables; mais le P. Daniel croit que l'histoire ne doit être qu'une gazette éloquente.
CXL1V. a Après la retraite du roi, la reine-mère demeura à « Paris, non pour pacilier les affaires, mais pour les tenir en a tel état qu'on eût toujours besoin de son entremise. — Ne « dirait-on pas qu'il était le confident des pensées les plus sea crêtes de cette princesse? »
Encore une fois il ne faut pas avoir été confident;
il faut être instruit par les mémoires contemporains.
CXLV. « A défaut d'aliments (pondant la Ligue), on repaissait a les Parisiens assiégés et affamés, de processions, de vœux, etc. « — Peut-on parler de la sorte? »
C'était vrai cependant.
CXLYI. <(I1 dit sans nécessité et sans preuve que François d'O, a surintendant des finances, acheva de vivre ayant l'âme et le a corps également gâtés de toutes sortes de vilenies. »
Expression énergique.
CXLV1I. « Les ordres qui se donnent dans les assemblées des « États ou des notables du royaume pour le bien public, s'en « vont toujours en fumée...— Voilà une décision bien hardie.»
Il n'a dit que la vérité.
CXLVIIL « Il dit que le roi de France et le roi d'Espagne « étaient résolus de procéder aux négociations de la paix avec <c plus de sincérité qu'on n'a coutume d'apporter en pareille « occasion. — Où a-t-il trouvé qu'on a coutume de négocier « sans dessein de conclure? »
Parce que souvent ce ne sont que des feintes.
CXLIX. « Les princes qui veulent tous régner à leur fantaisie « n'en croient pas leurs prédécesseurs. — Voilà une accusation a bien générale. »
Cela est ordinairement vrai.
CL. « Le roi se prit aux appas d'Henriette de Balzac, qui était « de race à faire l'amour. — Voilà les véritables conversations a des tabagies et de tous les lieux où s'assemblent les hardis a parleurs comme Mézerai. Je demande s'il n'est pas vrai. »
486 REMARQUES UrTOClUPlIGS Hti VOLT Al KG
N<s*; critique injuste.
CLL « Il dit qu'on trait Tu des croix de sang dans la pile « t faire du pain. 0 l'attribue au mauvais blé qui croit parmi a te bon.— Quelles observations dignes de l'histoire ! •
L'explicatioQ est traie ; et un historien lait bien de donner les raisons physiques de ce qui peut effrayer les âmes faibles. .
■ CLU. « Il en rent principalement toi fintneieri. D.y-Mn- « prend aussi leurs juges, tous ceux qui étaient auprès do ni,
■ les seigneurs , les belles daines, les ministres du ses plai- « sirs. Voila comme il parlel» . .
Voilà un article qui devait bien déplaire au P. Daniel. Dire du mal des financiers, -de ceux qui épousent leurs filles, des ministres des plaisirs des princes, etc. Quel crime abominable !
CUII. « Il dit que des impots, quoiqu'on les abolisse, il en
u reste toujours quelque cicatrice, comme des plaies. — Quels
« raisonnements ! »
Cela n'est malheureusement que trop vrai.
CLIV. o H ne veut jamais souffrir d'impositions sur les peu- « pies. — Comme si la grandeur et la tranquillité des Etals « pouvaient être conservées sans argent. »
Justification de Louis XIV.
CLV. o II condamne les amusements les plus innocents de la « cour (la danse), n
Louis XIV aimait les ballets, surtout dans sa jeunesse^. Il ne faut pas en dire de mal.
CLVI. « Mézerai ne songe pas, en blâmant les ouvrages de « luxe, qu'ils font vivre le pauvre peuple aux dépens des rite ehes. »
Oui, mais la raison de morale subsiste toujours.
CLVH. « Il dit que La Varenne s'était élevé par des complai- « sances et par ces ministères de volupté, qui sont les plus a agréables aux grands. — Voilà comme il en veut toujours « aux grands. »
Le P, Daniel avait des raisons pour justifier cet infâme proxénète.
CLVIII. « Les petits, comme eux, ne sont-ils pas quelquece fois touchés des attraits de Ja volupté, et tous les grands le « sont-ils et le sont-ils toujours ? »
Qu'est-ce que cela prouve, et qu'est-ce que cela détruit ?
CLIX. « La Varenne employa sa faveur pour l'établissement « des Pères Jésuites à l.a Flèche, dont le public lui doit de la « reconnaissance. »
Voilà la raison qui efface tous les crimes de La Varenne, qui avait d'abord été aide de cuisine de la sœur d'Henri IV, qui disait « qu'il avait moins gagné à « larder ses poulets qu'à porter ceux de son frère. »
CLX. « Il dit qu'un seigneur avait le courage fort élevé et « d'éminentes qualités , mais non pas de celles qu'il faut dans « un état monarchique. — Que veut-il dire? Ne faut-il pas de « la subordination et du respect pour les lois et les magistrats « dans toutes sortes de gouvernements? »
Voilà une grande vérité. Oui ; mais à quoi servirait dans une monarchie la vertu de Brutus ?
CLXl. « Ne parle-t-il pas trop hardiment d'une princesse (la a reine Marguerite) qui touchait de si près à tant de rois?»
Avant de rapporter quelque défaut de quelqu'un, Mézerai aurait dû auparavant examiner sa généalogie.
CLXII. « Quelle idée veut-il donner des questions de la grâce, a qui n'ont, dit-il, ni fond ni rive? »
C'est-à-dire hors de la portée de l'homme. Les mahométans, les païens , les catholiques et les chrétiens de toutes les sectes ont tous disputé sur la grâce, sans trop s'entendre.
CLXIII. a II rapporte que les fondements d'une nouvelle ligue « contre le roi avaient été jetés à La Flèche en Anjou. Une « femme avait vu, dans une maison où on tenait des écoliers, « de certains registres dans lesquels il y avait plusieurs signale tures écrites avec du sang. — Voilà une ligue bien prouvée! a Une femme en a vu les registres chez des écoliers! »
Oui, mais ces écoliers avaient pour maîtres des jésuites, et pouvaient avoir copié ce qu'on leur dictait. Le fait néanmoins peut n'être pas vrai; mais il importait au I\ Daniel plus qu'à un autre de le relever.
CLXIV. « 11 fait un long tissu des contes qui présageaient la a mort du roi. Et il veut qu'on croie qu'il n'y ajoute pas de « loi! Pourquoi les l'ait-il donc? »
Parce qu'on les fit alors, et que tout ce qui regardait Henri IV élait intéressant. Un jésuite aurait saule légèrement sur les circonstances de sa mort.
CLXV. « La vanité et les passions dont il parle n'ont-elles de « crédit qu'à la cour? »
Mais ces passions, je le répète, y sont d'une toute autre importance. D'ailleurs, les grands sont les principaux acteurs de l'histoire , et il est rare qu'on soit obligé d'y parler, du moins en détail, des simples particuliers.
CLXVI. « Mais il avait résolu d'attaquer les grands pour plaire « à la multitude. »
Dire la vérité est-ce attaquer les grands? Est-ce chercher à plaire à la multitude ?
a Son style est dur. »
Cela est vrai.
« II fait des périodes mal liées. »
On l'avoue.
a 11 emploie des termes barbares ou connus seulement du « menu peuple. »
Cela est vrai encore.
CLXVII. a Ceux qui l'ont lu sans prévention, ont trouvé qu'il « est partout de mauvaise humeur. »
Partout, c'est trop; ce sont les faits qui l'y mettent.
CLXVIII. « Qu'il ne sait pas faire le détail d'une action de « guerre. »
Le P. Daniel parle mieux de la guerre ; il s'étend dessus avec complaisance; il ne se compromet point par là.
*fl
4M atauaQura «jto«up«s m
« sortes de matières. * . . Jt
Tmt*$ortmi*m0iièr#f£tm* injustiee.
CLXX. « Voilà ce qae j'ai entrepris de faire foir. Sur qvoiji « sois sûr que je serai souvent contredit. »
Ha raison. .
CLXXL «c'est ce qoe je ne puis ni ne yeux empêcher* je « promets même de n'es point murmurer. »
Père Daniel, vous promettez plue que vous ne pouvez tenir.