livre
Croyez-moi, faites-vous lire Fâncien testa*»
ment d'un bout à l'autre , vous verrez qu'il n'y a point de livre plus intériessaiit ; je ne parle pas même de l'édiBcation qu'on en retire; je parle de la singularité des moeurs antiques, de la foule des événemens dont le moindre tient du prodige , de la naïveté du style... Cette naïveté que j'aitoe sur toute chose est incomparable. Il n'y a pas une page qui ne fournisse des réflexions pour un jour ejQtier. Si vous êtes assez heureuse pour prendre goût à ce livre , vous ne vous ennuyerez jamais , et vous verrez qu'on ne peut rien vous^ envoyer qui en approche. {T. 71 , /?. 264. )
Je ne vous passe point de vouloir me faire lire les romans anglais, quand vous ne voulez
*5qi voltaire
pas lire l'ancien testament. Dites-moi donc s'il vous plaît, où vous trouverez une histoire plus intéressante que celle de Joseph, devenu contrôleur général en Egypte , et reconnaissant ses frères? Comptez -vous pour rien Daniel qui confond si finement les deux vieillards?
Vous me demandez ce que vous devez lire , comme les malades demandent ce qu'ils doi* vent manger; mais il faut avoir de l'appétit, et vous avez peu d'appétit , avec beaucoup de goût. Heureux qui a assez faim pour dévorer l'ancien testament. C'est de tous les monumens antiques le plus précieux... Laissez-moi lire l'Ecriture sainte. ( T. 71 ,/?. a64, a8i, 282. )
Cherchons dans les saintes Ecritures ce qui nous enseigne la morale et non la physique.
Que l'ingénieux Calmet emploie sa profonde sagacité et sa pénétrante dialectique à trouver la place du paradis terrestre , contentons-nous de mériter le paradis céleste par la justice, (r. 4i,/^. i4o.)
Çitf ttr< î^tncjttim^ et Urnufi
Jygement qu'il faut porter de Voltcdre , de ses* professions de Joi , et du désaveu de ses ombrages.
\Jn est porté à ne pas croire à la sincérité de Voltaire dans ses diverses professions de foi. Il y a en effet des circonstances où il paraît n'avoir été conduit que par une terreur dont les apôtres de la vérité furent toujours exempts. Nous ne craignons pas cependant d'assurer , que l'homme célèbre ne fut point de tonne foi dans son impiété et qu'il mentait à son propre cœur. Nous avons pu lui appliquer justement ce qu'il dit de Mahomet:
J*ai trompé les mortels et n'ai pu me tromper.
Entraîné par un siècle irreligieux, il parut adopter des idées qu'il a déclarées lui-même , en tant d'occasions, être pernicieuses et funestes au genre-humain. Mais, en même temps, la vérité lui arrachait ces aveux si honorables
à la religion , que nous avons transcrits avec fidélité dans cet ouvrage.
Voltaire , dit le Prince de Ligne , a été beaucoup plus du parti de la religion que de celui de l'impiété. Il a paru incrédule sans l'être , et souvent pour dire des plaisanteries qu'on a prises au pied de la lettre. Sans le considérer comme un Père de l'Église, je parie tirer de lui de quoi fiiire un livre de dévotion et presqu'un oatédbisme. ( Extraits ^ p. 3o4. )
Nous ne rapporterons point les professions de foi faites par Voltaire aux approches de la mort, mais nous produisons des lettres où l'on déguise moins sa pensée, celles écrites à des académiciens , au Père Latour , à madame du Dc^ÊuQ avec qui il s'exprimait si librement; et ces lettres sont du temps où son esprit était dans toute sa force.
Voltaire écrivait à uil académicien , en lui envoyant les premières feuilles d'une seconde édition des élémens de Newton : Je vous adresse cet hommage comme à un juge de la vérité. Vous verrez que Newton était de tous les philosophes le plus persuadé de l'existence
de Dieu, et que j'ai eu raison de dire qu'un catéchiste annonce Dieu aux enfans, et que Newton le démontre aux sages.
Voltaire ajoute : Je compte dans quelque temps avoit rhonneur de vous présenter l'édition complète qu'on commence du peu d'ouvrages qui sont véritablement de moi.
Vous verrez partout, Monsieur^ le caractère d'un boii citoyen. Cest parla seulemeit que je mérite votre suffrage , et je soumets le reste à votre critique éclairée. J'ai entendu de votre bxyuche avec une grande conmlation, que j'avais osé peilidre , dans la Henriade, la Religion avec ses propres couleurs, et que j'avaisi même eu le bonheur d'exprimer le dogme avec autant de pï*écision que j'avais fiait avec sensibilité l'éloge de la vertu* Enfin, vous verrez si dans cette édition, il y a rien dont un homme, qui comme vous fait taait d'honneur au monde et à l'Eglise, puisse n'être pas content. Vous verrez à quel point la calomnie m'a noirci. Mes ouvrages qui sont tous la peinture de mon cœur, seront mes apologistes. J'ai écrit contre le fsmatisme, qui dan& la société répand tant d'amertume, et qui
dans l'état politique a excité tant de troubles* Mais plus je suis ennemi de. cet esprit de action, d'enthousiasme, de rébellion, plus je suis l'adorateur d'une religion dont la morale fait du genre humain une famille et dont la pratique est établie sur l'indulgence et sur le$ bienfaits. Comment ne l'aimerais-je pas, moi qui l'ai toujours célébrée : vous, dans qui elle est si aimable^ vous suffiriez à me la rendre chère.
La religion nous soutient surtout dans le malheur, dans l'oppression et dans l'abandonnement qui la suit; et c'est peut-être la seule consolation que je puisse implorer, après trente années de tribulations et de calomnies qui ont été le fruit de trente années de travaux.
Je commençai à vingt ans un poëme épique, dont le sujet est la vertu qui triomphe des hommes et qui se soumet à Dieu. J'ai passé mon temps dans l'obscurité , à rassembler des mémoires, pour l'histoire de l'esprit humain, pour, celle d'un siècle dans lequel l'esprit humain s'est perfectionné. J'y , travaille tous les jours sinon avec succès , au moins avec une
assiduité que m'inspire l'amour de ma patrie. V'oilà peut-être ce qui doit m'attirer de la part d'un de vos confrères, des politesses qui auraient pu m'encourager à demander d'être admis dans un corps qui fait la gloire de ce même siècle dont j'écris l'histoire. On m'a flatté que l'académie trouverait quelque grandeur à remplacer un cardinal, qui fut un temps l'arbitre de l'Europe, par un simple citoyen qui n'a pour lui que ses études et son zèle.
Mes sentimens véritables sur ce qui peut regarder la religion et l'état, tout inutiles qu'ils sont, étaient bien connus en dernier lieu, de feu monseigneur le cardinal de Fleury. Il m'a fait l'honneur de m'écrire , dans les derniers temps de sa vie, vingt lettres qui prouvent assez que le fond de mon cœur ne lui déplaisait pas. Il a daigné faire passer, jusqu'au roi même, un peu de cette bonté dont il m'honorait. Ces raisons seraient mon excuse, si j'osais demander dans la république des lettres , la place de ce sage ministre.
Le désir de donner de justes louanges au père de la religion et de Fétat, m'aurait peutêtre fermé lés yeux sur mon incapacité ; j'^u-
rais fait voir au moins , combien faime cette religion qu'il a souteuue, et quel est mon zèle pour le roi qu'il a élevé. Ce serait ma réponse aux accusations cruelles que j'ai essuyées. Ce serait une barrière contre elles , un hommage solennel rendu à des vérités que fcuiore., et un gage de ma soumission aux sentimens de ceux qui nous préparent , dans le dauphin, un prince digne de son père. {T. jo^p. 221. )
On pourra m'imputer des sentimens que je n'ai jamais eus , des livres que je n'ai jamais faits, ou qui ont été altérés indignement par les éditeurs; je répondrai, comme le grand Corneille : Je soutnets tous mes écrits au jugement de l'Eglise. Je déclare à mon accusateur et à ses semblables, que si jamais on a imprimé sous mon nom une page qui puisse scandaliser seulement le sacristain de leur paroisse , je suis prêt à la déchirer devant lui ; que je veux vivre et mourir tranquille dans le sein de l'Eglise catholique , apostolique et romaine. Sans attaquer personne, sans nuire à personne , sans soutenir la moindre opinion qui puisse offenser, je déteste ce qui pe^it porter le moindre trouble dans la société...
Je tâcherai de mettre en pratique les instructions que j'ai reçues dans votre maison respectable , et si les règles de l'éloquence que j'y ai apprises se sont effacées de mon esprit , le caractère de bon citoyen ne s'ef£acera jamais de mon cœur. ( T, 64,/>. 98. )
Je sais assez que depuis les Socrate jusqu'aux Descartes, tous ceux qui ont eu un peu de ' succès, ont eu à combattre les fureurs de l'envie; quand on n'a pu attaquer leurs ouvrages ou leurs moeurs, on s'en est vengé en attaquant leur religion. Grâce au ciel, la mienne m'apprend qu'il faut souffrir. Le Dieu qui l'a fondée fut , dès qu'il daigna être homme, le plus persécuté des hommes. Après un tel exemple , c'est presque un crime de se plaindre. Corrigeons nos fautes , et soumettons-nous à la tribulation jusqu'à la mort. Je puis dire devant Dieu qui m'écoute, que je suis bon citoyen et bon catholique. Je le dis uniquement parce que je l'ai toujours été dans le cœur. Je n'ai pas écrit une page qui ne respire l'humanité; j'en ai écrit beaucoup qui sont sanctifiées par la Religion. Le poème de la Henriade n'est d'un bout à l'autre, que
4oO VOLTAIRE
l'éloge de la vertu qui se soumet à la providence. J'espère qu'en cela ma vie ressemble toujours à mes écrits. ( Lettres inédites.)
Je ne suis qu'un agriculteur, et je n'ai nul prétexte de m'écarter des devoirs auxquels ils sont tous assujettis. L'innocence de leur vie champêtre serait justement effrayée, si je n'agissais pas et si je ne pensais pas comme eux. Nos déserts ne nous ont jamais dérobés à nos devoirs. ( T. 79 , p. 269. )
La nécessité de remplir tous les devoirs de la religion chez moi , tn'est d'autant plus sévèrement imposée, que je suis comptable de l'éducation que je donne à mademoiselle Corneille. ( T. 79 , p. 269. )
Oui je s^rs dieu, j'établis des écoles, je bâtis des églises , je vais établir un hôpital ; oui m: sers dieu , je crois en dieu , et je veux
qu'on tE SA.CHE. ( T. 74> p- ^70. )
APOLOGISTE. 4oï
Nous ne laisserons pas ignorer qu'une pensée s'est présentée à notre esprit, et elle nous a profondément affligés. Notre intention n'est pas douteuse , nous avons voulu enrichir le tabernacle des dépouilles de l'Egypte. La vérité, disent les Pères, est un trésor qui nous appartient , nous devons la saisir partout où elle se trouve; et quand paraîtra- t-elle avec plus d'avantage que lorsqu'elle sort brillante de clarté, de la plume même de ses ennemis?
Tel est notre but; mais voici cette pensée pleine d'amertume , qui s'est offerte à notre esprit et que nous ne dissimulons pas.
.Avons-nous quelques succès à espérer PYol" taire n'est pas réellement un apôtre heureux de la vérité. On ne se montre son disciple que lorsqu'il a tort et qu'il égare; on l'abandonne alors surtout qu'il a le plus évidemment raison. On plie les leçons de sa philosophie à ses vues, on hit choix de ses maximes lorsqu'elles sont favorables aux préjugés et aux passions, et c'est seulement le poison qu'on retire de ses livres. A-t-il sur les lèvres ces noms sacré;^
de vérité , de vertu ? on semble empressé à s'éloigner de lui; trop souvent on a pris ses pensées à contre-sens.
En voici deux preuves affligeantes.
I®, On sait que Voltaire est ardent apôtre de la tolérance : a-t-il eu des disciples tolérans? Il est sans doute permis d'en douter, à en juger par ces clameurs, ces vociférations qui se font entendre contre de respectables apôtres de la Religion et des mœurs.
Ne détourne-t-on pas sur eux ce reproche si odieux d'intolérance qu'on mérite seul ? Par quelle injustice se permet-on d'accuser autrui de son propre crime ? Nous croyons voir un taureau indompté accusant l'agneau de se servir des cornes menaçantes dont n'est point armé son front timide.
Cependant Voltaire avait dit, et il l'avait donc dit en vain : Une injustice ridicule et afïreuse est d'opprimer ceux qui ont la vertueuse intention de vouloir éclairer les hommes. {T. aS, p. 483.) Il n'est point écouté, et on se dit son disciple.
Il ne reste plus que d'accuser d'intolérancQ ceux qui ont dit, qui ne cesseront de dire, et
APOLOCISTE. ^oS
qui publient volontiers sur les toits, que tout ce qui parle d'exterminer , de se faire loup , n'est pas assurément du nombre de ces agneaux que J. C. envoie pour convertir les loups mêmes en agneaux (i).
a^j Nous avons un désir ardent de répandre l'instruction 9 et pour persuader plus sûrement^ nous mettons la vérité dans la bouche d'un mécréant Nous ne nous £Eiisons cependant pas illusion, lui-même devenu apôtre de la.
vérité aura^4l quelque succès ?
Le préjugé le plus dangereux de notre siècle , auquel nous avons égard , es^ d'o^r préférer un enseignement pbilpspphiquç à celui de la Religion. Nous donnons donc YcAr taire pour interprète éloquent et z^é de la Religion. U devient entre nos mains apôtre de la vérité ,^ il l'enseigne ici sans le n^ange ou l'alUage de l'erreur..
Qu'en amvera-t-il ? les fidèles seront con^ soles, et c'est pour nous un asse? riche sar laire. Mais les mécréans seront-ils enfin éclai<rés ? nous le désirons beaucoup plus que nous
( I ) Apologistes involontaires. .
4o4 VOLTAIRE
ne l'espérons. Les talens dé Voltaire, que nous sommes loin de contester, lui donnent une prodigieuse influence sur son siècle. Il a véritablement opéré dans l'espijit humain une révolution qui a fait naître celle qui a étonné et consterné l'Europe. Si puissant pour le mal , qu'il sera faible pour le bien? L'harmonie des chants les plus doux ferat-elle naître des fruits dans une vigne qu'une béte féroce aurait ravagée ?
Il en résultera au moins cet avantage , qu'on sera convaincu que tous les talens, toutes les académies de l'univers, même en n*enseignant que des vérités importantes et nécessaires, seront encore des apôtres plus faibles et moins persuasifs , que le plus simple catéchiste parlant au nom de Dieu qui l'envoie.
Nous ne fK)uvons changer un cheveu de notre tête , et pour opérer un changement durable dans l'esprit et dans le coeur des peuples , pour ce renouvellement si désiré dans la foi et dans les mœurs, il faut un enseignement divin, il faut être apôtre, disciple de J. C. La vérité n'est promise qu'à ceux qui marchent à sa suite.
Il ne sera cependant pas inutile selon la
pensée de M. • de Beauvais , de combattre l'incrédulité avec ses propres armes. « Esprits » profanes, qui n'êtes pas dignes encore des^ » lectures saintes , allez à l'école de la raison » et de la sagesse humaine; allez préparer » votre ame à recevoir les leçons de la divine » sagesse, y* {Euêque de Sériez^ T. i *'>/>. i8.)