VI" Discours S2ir l'homme
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De 1728 à 1877, l'on ne compte pas moins de soixante-dix éditions des Œuvres complètes de Voltaire, formant un ensemble d'environ deux mille sept cents volumes. Sur ces soixante-dix éditions, une trentaine a été donnée du vivant même de l'auteur; celles de 1782 (n° 2 1 18) ; — de 1738-1739 (n" 2120); — de 1748 (Dresde ; n° 2129) ; — de 175 1 (n° 2 1 3i); — de 1752 (Dresde; n" 2i32); — de 1756, 1764 et 1770 (n°^ 2i33 et 2134); — de 1768 (in-40; n° 2137); — de 1770 (Lausanne ou Londres; n" 21 38); — de 1775 {encadrée; n"2i4i), ont paru, semble-t-il, avec sa participation.
Nous avons décrit aussi soigneusement que possible, et presque toujours volume par volume, ces trente éditions imprimées du vivant de Voltaire, en insistant plus particulièrement sur celles à la publication desquelles nous croyons qu'il a pris part. Nous avons extrait aussi bien de sa Correspondance générale que de ses lettres aux divers libraires avec lesquels il était en relation d'affaires : les Ledet, d'Amsterdam; les Walther, de Dresde; les Lambert, de Paris; les Cramer, de Genève, les détails les plus intéressants concernant l'impression de ces différentes éditions. Enfin, par une innovation dont on nous saura peut-être quelque gré, nous avons reproduit in extenso les Avertissements, Pré/aces, Introductions, etc., dont ces éditeurs ont fait précéder chacune des collections qu'ils ont données des Œuvres complètes du grand écrivain.
Nous avons également fait mention des principales suites de figures qui existent pour quelques-uns de ces recueils, relevé les condamnations qui ont frappé plusieurs d'entre eux, et signalé les plus beaux exemplaires connus de chaque édition.
Plus de quarante pages de ce tome IV sont consacrées à la célèbre édition dite de Kehl, ainsi qu'à la description détaillée des soixante-dix volumes qui la composent. Grâce à l'obligeante amitié de M. Maurice Tourneux, qui a bien voulu nous confier la correspondance manuscrite de Decroix, l'un des éditeurs de Kehl, avec le libraire Ruault, il nous a été permis d'éclairer d'un jour tout à fait nouveau certains points, restés obscurs, de l'histoire de cette édition, et de
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donner, sur les difficultés de toute nature que rencontra son exécution, des renseignements curieux qui étaient restés inconnus à nos devanciers. Aussi ne saurions-nous trop remercier notre sympathique et érudit confrère de son inestimable communication.
Les quarante éditeurs des Œuvres complètes qui se sont succédé de 1784 à 1877 ont suivi en général, dans la distribution des matières, l'ordre adopté par les éditeurs de Kehl, et, ainsi que nous le disons à la page 144 de ce volume, toutes leurs éditions ne sont que des réimpressions de l'édition publiée par Beaumarchais, avec des additions plus ou naoins nombreuses, avec des changements plus ou moins heureux dans la classification des diverses parties des Œuvres de Voltaire. Il nous eijt été impossible, on le conçoit aisément, de décrire un à un les deux mille trois cents volumes dont la réunion constitue ces quarante éditions modernes; toutefois, nous n'avons pas manqué de consacrer une assez longue notice à celles de ces éditions qui ont innové sur un point quelconque, soit en recueillant des lettres ou des ouvrages inédits de Voltaire, soit en réimprimant, dans un nouvel ordre, ses nombreux écrits. C'est ainsi que les éditions Desoer (n° 2145), — Perronneau (n° 2147), — Lefèvre et Déterville (n"2i48), — Renouard {n° 2149), — Lequien (n° 2i5o), — Dalibon-Delangle (n° 2i55), — Beuchot (n" 21 63;, — Avenel (n" 2178) — et Moland (n" 2179), ont été, de notre part, l'objet d'une étude plus particulière.
Nous avons réimprimé, comme pour les recueils donnés du vivant de l'auteur, les Pré/aces les plus intéressantes placées en tête de ces éditions modernes, décrit exactement les suites que Moreau; Dévéria et Chasselat; Desenne; Lefèvre, Blanchard et Hopwood ; Staal et Philippoteaux, ont dessinées pour quelques-unes d'entre elles, et signalé les mandements épiscopaux et les autres écrits polémiques auxquels leur publication a donné lieu.
Enfin nous avons rapidement mentionné : 1° les éditions commencées et qui n'ont pu être menées à bonne fin, telles que l'édition stéréotype (1799- 1827), l'édition in-32 Baudouin-Lemoine (1826-1827), l'édition in- 16 Delangle-Doyen
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(1827); 2° les éditions projetées, ou dont il n'a paru que le prospectus, comme l'édition dite des Deux Mille, l'édition nationale par voie de concours, l'édition dédiée au général La Fayette, etc., etc.. (pp. 203-204).
Après avoir décrit les différentes éditions des Œuvres choisies de Voltaire publiées de ij53 à i8go(ces éditions ne dépassent pas le nombre de douze : n°^ 2180 à 2191), nous avons consacré un chapitre spécial aux Principaux extraits de Voltaire. Sous cette rubrique, nous avons passé en revue plus de cent ouvrages divers : Recueils de pièces fugitives. Mélanges, Nouveaux Mélanges, Poétique, Rhétorique, Esprit, Pensées, Mots de Voltaire, etc., etc., devenus assez rares, « précisément, dit M. Tourneux, parce que nul ne s'est avisé de les rechercher»', et que nous avons été assez heureux pour retrouver, soit à la Bibliothèque nationale, soit dans les catalogues de divers libraires.
La description des Nouveaux Mélanges philosophiques nous a fourni l'occasion d'examiner si réellement Voltaire est resté complètement étranger à la publication de ce recueil, comme l'a soutenu M. Albert de la Fizelière^; et, contrairement à l'opinion du regretté bibliophile, nous avons conclu que les dix-neuf volumes des Nouveaux Mélanges avaient été imprimés avec le consentement et presque toujours avec la participation du patriarche.
La dernière partie de ce tome IV (n"^ 2298 et suivants) comprend la bibliographie àcs Ouvrages faussement attribués à Voltaire, ainsi que celle des Recueils ou Morceaux imprimés sous son nom. Déjà, dans notre tome II, nous avions essayé de prouver que ni la Vie de J.-B. Rousseau {vy^ i566).
1. Revue critique d'histoire et de littérature du 5 octobre i885, p. 237.
2. Voltaire était-il complètement étranger à la ],ublication des Mélanges publiés sous son nom? In-S» de 19 pp. (ExU'ait du Bulletin du Bibliophile de i855, pp. 326-342.)
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ni la Connaissance des beautés et des défauts de la poésie et de l'éloquence dans la langue française (n° 1604), ni les Anecdotes sur Fréron (n° 1657), qui font aujourd'hui partie des Œuvres de Voltaire, ne pouvaient lui être attribuées avec quelque vraisemblance.
En dressant, à la fin de ce quatrième volume, la nomenclature des nombreux ouvrages imputés à notre auteur, ou imprimés sous son nom ou avec ses initiales, nous nous sommes également efforcé de démontrer qu'il n'a eu aucune part ni à l'Odalisque (n" 2359), ni à l'Arbre de science (n° 236 1), ni aux Mémoires pour servir à Vhistoire de Perse (n» 2568), ni aux Matinées du roi de Prusse {n° 2395), ni à une foule d'autres écrits, en prose ou en vers, qui lui ont été attribués.
Pour établir plus de suite et plus d'ordre dans ce chapitre des Apocryphes, nous l'avons divisé en cinq sections principales : I Théâtre, II Poésies, III Romans, IV Mélanges, V Correspondance. Quérard, dans sa Bibliographie Voltairienne, a cité pêle-mêle, sous cette rubrique, trente-neuf ouvrages divers (n»^ SSS-SyS). Nous en avons décrit plus de deux cents (y compris les Poésies mêlées), et encore ne sommes-nous pas sûr d'avoir tout recueilli; mais nous nous flattons du moins qu'aucune œuvre importante ne nous a échappé, et que ceux de nos lecteurs qui auront eu la patience de nous suivre jusqu'au bout trouveront encore dans ce dernier chapitre quelques détails intéressants sur les principaux écrits que les contemporains de Voltaire, et même quelques bibliographes modernes, ont cru pouvoir mettre sur son compte.
Le portrait de Voltaire, placé en tête de ce tome IV, est une reproduction de la toile célèbre peinte en 1718 par Largillière, et représentant l'auteur d'Œdipe dans toute la fleur de sa jeunesse et dans tout l'éclat de ses premiers succès. Voltaire en avait fait hommage à M'^" Suzanne-Catherine Gravet de Corsembleu de Livry, la même qui devint plus tard marquise de Gouvernet, et qui s'attira, par son indifférence et ses dédains à l'égard de son ancien ami, la char-
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mante épître des Vous et des Tu (voyez notre tome I*^"", p. 217). L'original de ce portrait passa de chez la marquise de Gouvernet chez M™*' Denis, puis dans la famille de Villette; il figura à la vente du dernier marquis de Villette, en i865, et fut acquis au prix de 6,200 francs. Il appartenait tout récemment à M. Mariani, ancien ambassadeur de France à Rome, qui l'a le'gué à son parent M. Charles Floquet, président de la Chambre des députés. Que M. Floquet veuille bien agréer l'expression de toute notre gratitude pour l'obligeant empressement avec lequel il nous a permis de faire reproduire, d'après l'original môme, ce beau portrait de Voltaire. Cette toile avait déjà été gravée par Alexandre Tardieu, par Beisson, par Fessard, par J. Mollisson, etc.; mais il nous semble qu'aucun de ces artistes n'a su rendre, aussi bien que M. Jeannin, le caractère gracieux, élégant et spirituel de l'œuvre si remarquable de Nicolas de Largillière.
Nous prenons la liberté de recommander ce dernier volume de \b. Bibliographie des Œuvres de Voltaire à tous ceux qui ont bien voulu jusqu'ici s'intéresser à notre entreprise, et nous aider de leurs conseils et de leurs encouragements. Soucieux de nous montrer de plus en plus digne de la faveur avec laquelle le commencement de notre travail a été accueilli, nous avons tout mis en œuvre pour que la fin obtînt, dans une égale mesure, les suffrages des érudits. C'est à eux de décider si ce tome quatrième et dernier mérite- quelques-uns des bienveillants éloges qu'une illustre Compagnie a décernés au premier volume de notre publication'. Pour nous, nous ne pouvons que remercier nos lecteurs de l'indulgence qu'ils nous ont constamment témoignée, et acquitter, une dernière fois, envers la Bibliothèque nationale de Paris, où nous avons conçu, préparé et exécuté en quelque sorte cet ouvrage, la dette de reconnaissance contractée par nous envers
I. « En s'associant à l'estime publique pour récompenser ce premier « travail, l'Académie espère encourager l'auteur à terminer prompte- « ment ce qu'il a si bien commencé. » (Académie française^ Rapport de M. le secrétaire perpétuel sur le concours de l'année i8S3.)
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le personnel de ce grand établissement, depuis l'éminent administrateur général, M. Léopoid Delisle, et M. O. Thierry- Poux, conservateur des Imprimés, jusqu'au plus modeste employé, qui tous ont eu à cœur de nous faciliter notre tâche, et qui, après avoir été pendant plus de dix ans nos précieux collaborateurs, voudront bien, nous l'espérons du moins, demeurer nos fidèles amis.
Georges Bengesco.
Paris, le i5 décembre 1890.
ADDITIONS ET CORRECTIONS