Bettelheim, p. 448. — Cf. p
grâce à Tactivité déployée par de La Hogue, l'édition de Kehl put être terminée en moins de trois années. Cinquante et un volumes avaient paru en 1787', et les sept dernières épreuves étaient envoyées par Decroix à Ruault le 7 juillet 1788^. Ce qui retarda quelque peu la distribution des derniers volumes, ce furent les tracasseries de la censure badoise, laquelle, après s'être montrée fort tolérante, même à regard des ouvrages qu'une clause spéciale du privilège accordé à Le Tellier avait frappés d'interdiction, devint beaucoup plus exigeante dès qu'il fut question de la Corvespondance, et surtout des lettres de Frédéric II et de l'impératrice de Russie. « Si l'éloquence du patron ne fait pas taire le « conseiller privé du margrave et n'obtient pas une liberté <c indispensable, écrit, le 3 avril 178C, Decroix à Ruault, je « serais d'avis, mon cher camarade, qu'on se bornât à im- « primer à Kehl tout ce qui est imprimé de l'édition, et « qu'on imprimât la Correspondance en Hollande ou à Ge-
« nève N'êtes-vous pas aussi de cet avis, plutôt que de
«■ souffrir toutes ces mutilations? Qui diable s'attendait à « trouver une inquisition là où l'on se réfugie pour se mettre c< à l'abri? » Dans une autre lettre de Decroix à Ruault, du samedi saint 1786, nous lisons encore le passage suivant: « M. le grand chambellan est bien aveugle s'il ne voit pas « que ces correspondances ne peuvent qu'honorer beaucoup << et Frédéric et Catherine, et flatter leur amour-propre... »
Enfin, le 27 mai 178G, Decroix mande à son fidèle correspondant : « Quoi ! mon cher philosophe, le destin n'a pas n encore épuisé tous ses traits contre cette grande et pénible « entreprise, dont voilà la fin remise à un temps illimité r « Cette résolution me fait croire que le patron n'a pu ob- « tenir aucune restriction, aucun adoucissement à l'inquisi- « tion élevée à la cour du margrave.
« ...Puisque le margrave trouve tant de plaisir dans « l'établissement de sa douane des pensées, et veut, à l'imi- « tation de son grand voisin le R. de F., perfectionner dans « ses États l'art du gouvernement, soumettons-lui non seu- « lement les feuilles imprimées, mais les manuscrits de la « Correspondance, et, au retour de chez M. le grand cham- « bellan, imprimons- les, en retranchant non les lignes « proscrites, mais les lettres entières où il se trouverait un «< seul mot mai-qué du fatal crayon rouge. Le margrave ne « pourrait se plaindre de cet excès de déférence à ses ordres, « et les lettres ôtées seraient réservées pour un supplément