‹ Voltaire. Bibliographie de ses œuvres (volume 2)Chapitre 52 sur 119 · Le même au même, 7 juillet i · texte numérisé non relu

Le même au même, 7 juillet i

« que l'on donnerait quand et où bon semblerait. Le public « gagnerait à cela du temps et des vérités qu'on veut bien « lui dérober... »

La correspondance de Voltaire avec Frédéric ne fut néanmoins pas trop mutilée par la censure du grand-duc ; le ministre Edelsheim se borna, nous dit M. Bettelheim, « à « recommander que l'on prît quelques précautions » :

« Si quelques expressions inconvenantes sont tombées de « la noble plume de Sa Majesté, il faut absolument les sup- « primer; en particulier, il faut faire disparaître les mots « coïonneries, chancre, etc., ainsi que certaines boutades « contre le czar Pierre. » (P. 448.)

II n'en alla pas ainsi des lettres de Catherine; mais cette fois les difficultés vinrent de la censure royale. L'impératrice s'était toujours opposée à ce que ses lettres fussent publiées'. Beaumarchais ayant passé outre, le baron Grimm fut chargé de réclamer auprès de Louis XVI, et M. de Montmorin exigea, « au nom du roi, que tous les endroits soulignés par Sa n Majesté l'impératrice et paraphés par son ministre Grimm « fussent cartonnés, et les cartons retranchés envoyés à « l'impératrice qui payerait les frais de tout. Rien n'a été « piayé par elle.» (Note manuscrite de Beaumarchais sur la couverture du volume broché qui fit le voyage de Russie, aller et retour^.)

Le tome LXX et dernier de l'édition de Kehl, bien que portant le millésime 1789, ne parut qu'en 1790. En l'adressant, le i'^^ septembre 1790, à M. d'Ogny, directeur général des postes, Beaumarchais l'accompagna de la lettre suivante publiée par M. de Loménie :

Paris, le icr septembre 1790.

« Monsieur,

« Je ne pourrai plus vous offrir que de stériles remercî- « ments pour tous les bons offices que vous nous avez rendus

1. Voyez les lettres de Catlierine au baron Grimm, des i^r octobre, 17 décembre 1778; 25 novembre 1787; 22 février 1788 (Sbornik Rousskago, etc., t. XXIII (1878), pp. io3, 119,420, 438).

2. E. Fournicr, Œuvres complètes de Beaumarcluiis, p. xi.iv. — Cf. notre tome III, p. 264. — Notons ici un détail peu connu : c'est que les cartons de l'édition in-S" n'ayant point été payés par l'impératrice, on ne fit point de cartons pour l'édition en quatre-vingt-douze volumes in-i2, où l'on trouve par conséquent les passages supprimés dans rin-8».

« dans les temps les plus difficiles. Ce volume de la Vie de « Voltaire^ que j'ai Thonneur de vous adresser, est le com- « plément de notre ouvrage.

« Mais, Monsieur, je n'oublierai jamais que, sans votre « obligeante assistance, nous serions restés en chemin, et « que, morts à la peine, nous n'aurions pu donner à l'Eu- « rope impatiente la collection des œuvres du grand homme. « Cette audacieuse entreprise me coûte plus d'un million « de perte en capitaux et intérêts; mais, grâce à vous, Mon- « sieur, j'ai tenu mes paroles données, et c'est une véritable « consolation pour moi. Quelques accessoires arriérés oc- « cupent encore nos presses. Tout ce qui en sortira vous « sera présenté, Monsieur, comme un léger tribut de ma « reconnaissance.

« Je vous salue, vous honore et vous aime.

« Beaumarchais '. »

L'édition de Kehl fut en etîet une mauvaise affaire pour Beaumarchais. La façon dont avait été organisée et conduite l'entreprise, les nombreux obstacles rencontrés en chemin, l'infidélité de Le Tellier, et surtout le peu d'empressement des souscripteurs, à un moment où commençait à gronder l'orage révolutionnaire et où les graves événements qui se préparaient absorbaient déjà l'attention publique, tout contribua à l'insuccès financier de l'opération. « En 1791, dit « M. Fournier, Beaumarchais dut, pour faire face aux enga-

I. Beaumarchais et son temps, tome II, pp. 233-234. — Voici d'autre part ce que nous apprend M. Bettelheim sur la façon dont les e'ditions de Kehl étaient introduites en France, ainsi que sur la connivence de ]a direction générale des postes : « J'ai trouvé, dit-il, dans la Biblio- « thèque municipale de Strasbourg et dans les procès-verbaux de la « commission de censure, les histoires les plus drôles et les tours à « la Figaro les plus amusants. Les éditions de Voltaire étaient introa duites dans le royaume sous les yeux des gardes-frontières c^t de !a « municipalité « en ballots de 81 quintaux 7/8, de 80 quintaux 3/8, de « 91 quintaux, etc., ficelés et plombés ». Voltaire, ce maître incompa- (( rable dans l'art de mystifier les fonctionnaires avec des « contrefa- « çons )) supposées et mille autres ruses ingénieuses, se fût vivement « réjoui des malices de son disciple Beaumarchais, qui, grâce à une ente tente parfaite avec le directeur général des postes (qu'il^ avait cor- « rompu en lui donnant un exemplaire gratuit), et grâce à l'habileté « avec laquelle il traitait les ministres, faisait ce qu'il voulait des em- « ployés inférieurs. Plus tard, il est vrai, le directeur général de la cen- « sure envoya une circulaire confidentielle dans laquelle il déclarait que Cl les deux éditions de Voltaire, imprimées en deux formats, et sur « quatre sortes de papiers, à huit prix différents, pouvaient être <( tolé- (i rces », mais qu'on ne devait ni les annoncer dans les journaux, ni « les exposer dans les étalages, etc. » (Pp. 448-449.)

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c< gements qu'il avait pris avec Panckoucke, vendre une par- « lie des exemplaires en trop grand nombre qu'il n'avait « pas placés. Cette vente faite au rabais à un certain Cla- « velin, libraire, de la rue Hautefeuille, qui, malgré leurs « conditions, se hâta de revendre presque au même prix, « dans un encan de l'hôtel BuUion, tua le reste. Beaumar- « chais eut beau multiplier les annonces tant pour lui que « pour Bossange, son entrepositaire, tout ce reste lui de- « meura en magasin. Sa grande maison du boulevard Saint- ■i Antoine en était pleine. Quand le peuple l'envahit au mois « d'août 1792, c'est à peu près tout ce qu'il y trouva'. »

L'édition de Kehl a été tirée sur cinq papiers différents : 1° papier bis; 2° papier ordinaire dit à la -)-; 3" grand papier dit à 1'*, parce que les signatures sont accompagnées d'une *; 4° grand papier fin; 5" très grand papier vélin.

Le papier bis et le papier ordinaire dit à la -{- n'ont pas de figures^.

Les tirages sur ces divers papiers coûtaient 2, 3, 4, G et 9 francs le volume. Il a été aussi tiré, dit M. Cohen, vingtcinq exemplaires sur papier bleu, à la demande de Frédéric de Prusse, dont la vue était affaiblie 3.

D'après l'auteur des Recherches sur les ouvrages de Voltaire, l'édition en 70 volumes a été tirée à 28,000 exemplaires

Une autre édition, publiée en même temps que l'édition in-8°, mais de format et de tomaisons différents, forme 92 volumes gr. in-12 (quelques exemplaires, comme celui de la Bibliothèque nationale, sont in-S").

Cette édition in-12 a été tirée, comme l'édition in-8" en 70 volumes, sur cinq papiers diftérents : papier gris; — papier ordinaire dit à la -f-; — papier fin dit à 1'* ; — grand papier fin; — grand papier vélin.

Le tirage sur grand papier vélin contiendrait seul les figures +.'

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