‹ Voltaire. Bibliographie de ses œuvres (volume 2)Chapitre 63 sur 119 · ET DES NOTES HISTORIQ.UES, SCIEXTIFIOUES ET LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

ET DES NOTES HISTORIQ.UES, SCIEXTIFIOUES ET LITTÉRAIRES

Paris, Baudouin frères {Imprimerie de Rigiwux), 1825 et années suivantes, 75 volumes in-8.

Deuxième, troisième, quatrième et cinquième éditions Baudouin, annoncées en yS volumes in-S".

Les mots « troisième, quatrième, cinquième éditions » indiquent que ce sont les 3", 4*=, 5" tirages de l'édition publiée par MM. Baudouin frères. Ces éditions ont été imprimées chez M. Rignoux avec les caractères de M. F. Didot.

« Les mille exemplaires que MM. Baudouin frères faisaient « tirer sur les formes du Voltaire imprimé chez M. Didot « aîné ayant été promptement épuisés, et ces libraires " n'ayant pu obtenir la permission de faire un nouveau « tirage, ils se décidèrent à faire stéréotyper tout Voltaire « dans le format in-S". On ne parla toujours que de soixante- « quinze volumes in-8°, et l'on ht clicher chez M. Rignoux les « ouvrages déjà imprimés chez M. Didot aîné. Mais Timpres- '< sion se faisait lentement chez M. Didot aîné... Les sou- « scripteursse plaignirent de la lenteur de l'entreprise... Les « libraires se décidèrent à faire stéréotyper des volumes qui « n'avaient point encore été imprimés dans l'édition qui se « faisait chez M. Didot l'aîné...

«... On se borna à prendre pour copie de la Correspon- « dance une des éditions précédentes, où l'on avait conservé « les sous-divisions par correspondances particulières... Le « premier tirage des premiers volumes qu'on avait stéréoty- « pés fut appelé seconde édition (Baudouin); puis on donna « une troisième, une quatrième, une cinquième édition, qui « étaient tout au plus un second, un troisième, un quatrième « tirage '. » (Beuchot, Préface générale du nouvel éditeur. Œuvres de Voltaire, éd. Lefèvre, t. I, pp. xvni-xix.)

2160. Œuvres complètes de Voltaire. Paris, Foriic et Verdière [Imprimerie de Lachevardière, à Paris, de Care\, à Toul, de Bachot, à Nancy], 1825 et années suivantes, 75 volumes in-i8.

I. On a fait pour ces quatre tirages des frontispices qui portent le millésime 1Ï28. — Le prospectus de la 4^ édition Baudouin est signé P. -F. Tissot; M. Tissot, dit une note du Journal de la Librairie (1826, n» 371G), est resté étranger à ces quatre éditions.

Le tome I ( Vie de Voltaire. — Éloges et autres pièces, avec un portrait de Voltaire) a été publié en i833.

« Cette édition, dit Beuchot, est bien moins complète que « quelques-unes de celles qui l'ont précédée. » (P]d. Lefèvre,

t. I, p. XXIX.)

2 161. Œuvres complètes de Voltaire. Bruxelles, Ode et JVodou, 1827 et années suivantes, 125 volumes in-i8.

Nous n'avons eu entre les mains qu'un petit nombre de

volumes de cette édition. Les conditions de la souscription

sont énoncées ainsi qu'il suit sur la couverture du tome CXXV :

<c Le prix de la souscription aux Œuvres complètes de '<■ Voltaire, imprimées sur papier vélin satiné, avec descarac- « tères neufs, est de 80 cent, le volume.

« Il paraît, à dater du i'^'" mars 1827, deux livraisons par « mois, chacune d'un volume de 25o à 35o pages; et nous « augmenterons le nombre des livraisons progressivement, « de mois en mois, pour que l'édition soit complète le plus « tôt possible. Toutefois, MM. les souscripteurs ne seront, « dans aucun cas, obligés de prendre plus de deux volumes « par mois, et ce ne sera que d'après leur demande expresse « qu'il leur en sera délivré davantage; nous croyons par ce « moyen concilier tous les désirs. »

2162. Œuvres complètes de Voltaire. Paris, Ganiery, (Iiiipriineric de Cossou), 1827 et années suivantes, 75 volumes in-i2.

Edition stéréotype. Nouveau tirage du Voltaire-Touquet en 75 volumes. La Table générale et analytique forme le tome LXXV; elle a été rédigée par P. -A. -M. M*** (Miger).

2163. Œuvres de Voltaire, avec préfaces, avertissements, NOTES, etc., PAR M. Beuchot. Paris, Lefèvre, Firmin Didot frères, Werdet et Lequien fils [Imprimerie de Firmin Didol), 1828 et années suivantes, 70 volumes in-8. — Table alphabétique et analytique des matières par Miger. Paris, Beuchot, Lefèvre, Aimé Audré [Imprimerie de Crapelet)^ 1840, 2 volumes in-8.

Beuchot songeait, dès 1822, à donner une édition des Œu-

vres complètes de Voltaire avec préfaces et notes. Th. Desoer, qui devait la publier, avait fait même paraître, en juillet 1822, un prospectus annonçant que « le nombre des « volumes et leurs prix seraient calculés de manière à ce « que l'exemplaire entier coûtât 36o francs en papier tin, et « 480 francs en papier d'Annonay ». (Voyez Journal de la Librairie, 1822, n" "ibo-j.)

Ce projet fut abandonné, et ce n'est qu'en 1828, « lorsque « M. Lefèvre eut décidé de comprendre Voltaire dans sa « belle Collection des classiques français », que Beuchot commença à publier la grande édition à laquelle il a attaché son nom.

Un premier prospectus, — dans lequel il n'est point fait mention de Beuchot, — avait été lancé en septembre 1827 par MM. Lefèvre, Werdet et Lequien fils : l'édition était annoncée en 5o volumes z'n-S", chacun de Goo pages, imprimés sur papier fin, par M. Jules Didot aine. M. Lefèvre, « éditeur « de la collection des classiques français in-8°, sur cavalier « vélin », devait se charger « delà direction de l'impression « et de la lecture des épreuves ». Beuchot offrit sans doute ses services à M. Lefèvre, qui s'empressa de les accepter : on renonça à l'édition en 5o volumes, et, en 1828, un nouveau Prospectus, signé Beuchot, et dont nous reproduisons cidessous les parties les plus importantes, vint informer le public que la nouvelle édition des Œuvres de Voltaire formerait 70 volumes in-8°, imprimés chez MM.Firmin Didot. Les libraires prenaient l'engagement de fournir gratuitement aux souscripteurs tous les volumes qui excéderaient ce nombre de soixante-dix. Cependant ils n'y comprenaient point le volume de la Table analytique des matières. La première livraison, composée d'un volume, fut annoncée pour la fin de novembre 1828, et le prix de chaque volume fixé à 4 fr. 5o, sur papier carré vélin; 7 francs, sur grand papier, dit cavalier; i5 francs, sur très grand papier, dit jésus.

Les tirages sur papier cavalier et sur jésus étaient principalement destinés à faire suite à la Collection des classiques français gr. in-8°, papier vélin, de M. Lefèvre '.— Les faux-

I. La Collection des classiques français, avec les notes de tous les commentateurs , Paris. Lefèvre [impr. de J. Didot), 1824-1828, forme 73 volumes in-S» et comprend : Boileau (4 vol.).— Bossuet (3 vol.). — Corneille (12 vol.). — Crébillon (2 vol.). — Fénelon (3 vol.). — Fiéchier et Mascaron (i vol.). — Le Brun (1 vol.). — La Bruyère (2 vol.). — La Fontaine (6 vol.). — La Rochefeucauld (i vol.) — Le Sage (3 vol.).

BIBLIOGRAPHIE DE SES ŒUVRES lyS

titres de ces papiers portent : Collection des classiques français.

Voici quelques extraits de ce Prospectus de Beuchot, qu'il nous a paru d'autant plus intéressant de reproduire que l'éditeur, préparé par de longues études à la tâche qu'il allait entreprendre, et déjà maître absolu de son sujet, a su donner à tout ce morceau une véritable valeur bibliographique :

" ... L'édition à laquelle je travaille depuis plus de dix « ans, et que je vais publier, contiendra quelques ouvrages « inédits, savoir : i° l'Envieux, comédie en trois actes et en « vers, dont il est parlé dans les lettres à d'Argental des « 6 décembre 1-38 et 7 janvier lySg; 2" quelques fragments « d'ouvrages perdus ou que l'auteur n'a point achevés; j'y « joindrai quelques opuscules imprimés depuis longtemps, « mais qui n'avaient point encore été recueillis, tels que des « pamphlets de Voltaire en faveur du parlement Maupeou, « et quelques autres écrits.

<< La collection immense, unique, et presque complète que « j'ai formée des premières éditions des ouvrages ou opus- « cules de Voltaire, ainsi que de leurs critiques, défen- « ses, etc., non seulement m'a procuré des renseignements <( curieux, mais m'a donné aussi les moyens de rétablir le « texte dans un très grand nombre de passages. Je n'en citec< rai que quelques exemples :

<( Le Mandement du révcrcndissime père en Dieu, Alexis, « archevêque de Novogorod la grande, se reproduit, depuis « 1765, avec un grand nombre de fautes. On y lit Héralde, « papes, mœurs, au lieu de Hérule, papas, erreurs; mais, ce « qui est plus grave, c'est l'omission de deux lignes. Les <( éditions publiées depuis 1765 portent : « Nous plaignons « les malheurs et les troubles intestins où la France a été « plongée depuis plus de soixante ans par trois moines jé- « suites. Le Tellier, Doucin et Lallemant, fabriquèrent dans « Paris, au collège de Louis-le-Grand, une bulle, etc. » « L'édition originale que je possède présente le texte que « voici : « Nous plaignons les malheurs et les troubles in- « testins où la France est plongée depuis près de soixante " ans par trois moines jésuites. Nous sommes assez instruits « de l'histoire de nos alliés, les Franks, pour savoir que ces « trois jésuites, Le Tellier, Doucin et Lallemant, fabriquè- « rent dans Paris, etc. »

— Malherbe (2 vol.). — Massillon (i vol.). — Molière (8 vol.). — Montaigne (5 vol.). — Montesquieu (8 vol.). — Parny (i vol.). — Pascal (2 vol.). — Racine (6 vol.). — J.-B. Rousseau (2 vol.).

<( A la fin du livre IV de VHistoire de Charles XII, les << cinq mots que j'imprime en caractères différents dans la « phrase qui suit manquent dans toutes les éditions : « Précisément dans le même temps la réponse favorable du « sérasquier de Bender arrivait aussi; tnais les Russes se « présentaient, et le roi eut la douleur de voir cinq cents « hommes de sa suite saisis par ses ennemis. »

« On n'a guère donné jusqu'à présent que les variantes « des ouvrages en vers : il serait ridicule, si ce n'est impos- « sible, de recueillir toutes les variantes de tous les ou- « vrages en prose; mais il en est qu'on ne peut se dispenser « de reproduire comme le véritable texte de l'auteur. Par « exemple, dans les Pensées sur l'administration publique, « on lit aujourd'hui : « Un sultan qui, sans forme de justice « et sans justice, emprisonne ou fait périr des citoyens, est « un voleur de grand chemin qu'on appelle Votre Hautesse. » « La circonspection des éditeurs, sous un gouvernement <( absolu, les avait engagés à altérer le texte que, sous un « gouvernement constitutionnel, je reproduirai conforme à <c l'édition de 1754, où il y a : « Un prince qui, sans forme << de justice et sans justice, emprisonne ou fait périr des « citoyens, est un voleur de grand chemin qu'on appelle «( Votre Majesté. »

« Dans sa lettre à Catherine II du 21 septembre 1770, « Voltaire écrit : <■ J'ai dit, il y a longtemps, que si jamais « l'empire turc est détruit, ce sera par Ja Russie. » Il l'avait « dit en effet en 1754; mais on chercherait vainement dans « les éditions de Voltaire ce passage que je rétablirai : « Qui « eût dit, dans le siècle passé, que les Russes feraient trem- « bler l'empire ottoman, et qu'ils enverraient une armée de « quarante mille hommes contre la France? Ils étaient sou- « mis aux Tartares il y a trois siècles ; et, si jamais l'empire « de Constantinople tombe, ce sera par leurs mains. Les « Russes disciplinés vaincront les janissaires indisciplinables « qui les méprisent. >>

« La lettre au duc de La Vallière, au sujet d'Urcéus Co- « drus (mise jusqu'à présent dans les Mélanges littéraires, « et que je placerai dans la Correspondance, année 1761), « a trait à un passage de V Appel aux )î<3?/oh5 (autrement Du « théâtre anglais, par Jérôme Carré). Ce morceau, supprimé <c bientôt par Voltaire, ne doit-il pas, pour l'intelligence de « la lettre, être rerais sous les yeux du lecteur, ne fût-ce « qu'en variante ou en note ?

« Il en est de même d'un passage de plus de deux pages « du Siècle de Louis XIV, passage dont on ne retrouve au- <( cune trace dans les éditions depuis soixante-dix ans, et <c auquel se rattachent cependant une lettre à Saurin, pu- <c bliée en 181 3, et l'opuscule de Voltaire intitulé : Réfuta-

BIBLIOGRAf^HIE DE SES ŒUVRES 175

« tion d'un écrit anonyme contre la mémoire de feu M, Jo- «■ seph Saitrin.

« Les notes que j'ajouterai seront de divers genres.

« On rencontre fréquemment dans Voltaire ces expres- « siens : Comme je l'ai dit, comme on l'a vu, comme je l'ai « remarque', etc. Il m'a paru nécessaire de désigner l'ou- « vrage auquel il renvoie; et j'espère faire ici peu d'omis- « sions, d'autant plus que les secours ne m'ont pas manqué.

« Je tâcherai, dans d'autres notes, de donner l'explication « des phrases, demi-mots, allusions, qui, intelligibles pour « les contemporains de Voltaire, ne le sont pas toujours « pour les lecteurs d'un autre âge. Je me félicite de m'être « très souvent rencontré avec MM. Clogenson et Dubois dans « les parties qu'ils ont explorées.

« Le Dictionnaire pJiilosophique se composant principale- « ment des articles qui formaient, en 1764, l'ouvrage alors pu- « blié sous ce titre ; de ceux qui composaient les Questions sur « l'Encyclopédie (1770-1772), et encore de ceux que Voltaire « avait fournis à V Encyclopédie, j'ai pensé qu'il serait utile " et agréable au lecteur d'avoir en note la date de chaque « morceau. Ce travail m'a donné occasion de relever des « variantes, peu nombreuses il est vrai, mais importantes, « ainsi qu'on le verra aux mots Egalité et Guerre.

« D'autres notes enfin rappelleront quelquefois ce qui « aura fait naître l'ouvrage, et ce que l'ouvrage à son tour « a fait naître. Quand ce que j'aurai à dire exigera quelque « développement, ce sera dans un avertissement ou une pré- « face qu'on le trouvera.

« Je me permettrai rarement de suppléer ou de rectifier « Voltaire; quelquefois ce sera d'après lui-même. Je regarde « comme m'étant interdites les notes étendues et dans les- « quelles il faudrait se livrer à quelques discussions. En « publiant séparément telle ou telle partie des Œuvres de « Voltaire, on peut y joindre un commentaire grammatical, « littéraire, etc., mais il faut s'en garder dans une édition « des Œuvres complètes. On ne doit pas grossir démesuré- « ment une collection déjà bien considérable. Toutefois je <' conserverai les notes des éditeurs de Kehl.

« Dans le courant de mon travail j'ai trouvé des incon- « vénients dans la classification adoptée par ces éditeurs et « suivie par leurs successeurs. La multiplicité des sous-divi- « sions est parfois confusion. J'ai pensé que ce qui m'era- « barrassait dans mes travaux pouvait embarrasser à la Icc- « ture, et je me suis décidé à faire, pour une partie des « ouvrages en prose, une autre classirication.

« Voici l'ordre dans lequel j'ai mis les ouvrages en prose:

« Essai sur les Mœurs.

« Siècle de Louis XIV.

« Précis du siècle de Louis XV.

« Histoire du Parlement.

« Annales de l'Empire.

« Histoire de Charles XII.

« Histoire de Russie sous Pierre le Grand.

« Dictionnaire philosophique.

« Romans.

« Commentaire sur Corneille.

« Tous les autres ouvrages et opuscules classés depuis « longtemps sous les titres de Mélanges historiques, Mé- « langes littéraires, Politique et Législation, Dialogues, « Facéties, etc., m'ont paru plus convenablement rangés <■ par ordre chronologique, et sous le titre de : Mélanges de << Littérature, d'Histoire, de Philosophie, etc.; c'est avec ce « titre qu'ils ont été imprimés sous les yeux de Voltaire.

<( Cette disposition donnera au lecteur de la Correspon- « dance de Voltaire le moyen de trouver plus facilement « l'ouvrage auquel il voudra recourir. Les écrits se succé- « dant ainsi dans l'ordre des événements qui les ont fait « naître, on pourra presque suivre l'auteur dans ses com- «< positions ; la variété de la lecture reproduira la variété « de ses travaux; on le verra passer d'un sujet à un autre « ou s'exercer en divers genres sur le même sujet.

« Pour former le volume de Dialogues (qui cependant ne « les comprenait pas tous), il avait fallu distraire plusieurs « de ces dialogues des ouvrages où l'auteur les avait mis. « Ainsi, dans son Dictionnaire philosophique, il y avait un « Catéchisme du Chinois, un Catéchisme du curé, un Caté- «.chisme du Japonais, un Catéchisme du jardinier; de ces « quatre morceaux dialogues, un seul avait été conservé « dans le Dictionnaire philosophique, et se trouvait isolé. « Placer les trois autres dans le volume des Dialogues, « n'est-ce pas leur avoir ôté quelque chose de leur caraci< tère.'

« Les lettres de \'oltaire à ses divers correspondants, par- « ticuliers ou princes, seront toutes disposées dans une seule « série. Cette disposition fera encore mieux connaître « l'homme. Souvent d'ailleurs la lettre à un prince a son « explication dans une lettre de la même époque à un par- « ticulier. S"il y avait une exception à faire, ce serait pour la « correspondance de Voltaire avec d'Alembert. Les lettres « de Frédéric, de Catherine, de d'Alembert, seront impri- « mées en caractères différents, pour qu'on les distingue fa- « cilement de celles de Voltaire,.. »

La première livraison de l'édition Beuchot parut à la tin de 1828 : elle se composait du torrie XV" (!<=■■ de VEssai sur

les viœwsj\ la 24'= et dernière livraison, comprenant les tomes L, LXX et I, fut publiée en 1S34.

Ce tome 1'='' est précédé d'une Préface générale du nouvel éditeur, dans laquelle Beuchot, après avoir passé en revue les différentes éditions des Œuvres complètes de Voltaire (pp. I à xxix), parle en ces termes de la sienne :

« J'avais, dès 1802, lors de l'édition que devait donner La Harpe (voyez plus loin), fait rapidement quelques recherches et recueilli quelques notes, que je ralentis bientôt. Mais, dans mes lectures, je continuai de relever par écrit ce qui concernait Voltaire ou ses ouvrages. C'était encore fort peu de chose, quand, en 1817, je fus chargé de l'édition de iVl™"' Perronneau. Je dus me livrer sérieusement à des recherches dont beaucoup furent alors inutiles, puisque, comme je l'ai dit, on ne me laissa point terminer l'édition.

« J'avais plus que jamais pris goût à Voltaire; j'avais commencé à voir tout ce qu'il y avait à faire pour une édition de ce fécond auteur. Je me mis à rechercher, à acquérir les diverses éditions, surtout les premières, de chacun de ses écrits, sans en dédaigner aucun. J'y joignis tout ce que je pouvais me procurer de brochures du temps sur ses écrits. Ce n'était pas encore assez. J'achetai les collections de journaux du temps, tels que le Journal littéraire, \di Bibliothèque française (de Camusat, et autres), les Observations sur les écrits modernes, les Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, la Bigarrure, la Nouvelle Bigarrure, le Mercure, le Journal encyclopédique, V Année littéraire, etc.

« C'était la plume à la main que je lisais ou feuilletais ces collections, en ayant soin de noter tout ce qui concernait les productions de Voltaire. Je classais chaque note près de l'ouvrage qu'elle regardait.

« Je collationnais les différentes éditions que j'avais des écrits de Voltaire, en relevant les variantes non seulement des ouvrages en vers, mais même des ouvrages en prose, sauf à ne pas tout employer.

« Ce moyen était le seul qui pût procurer de bons matériaux pour une édition, et je ramassai ces matériaux, sans m'inquiéter si j'en ferais usage et si j'en tirerais profit. J'aurais peut-être continué indéfiniment mes recherches, si, en 1828, M. Lefèvrc n'eût résolu de comprendre Voltaire dans sa belle Collection des classiques français. « Il me fallut alors cesser les recherches pour me mettre <t à la rédaction.

« Je ne pouvais mieux faire que d'adopter les deux

« grandes divisions, Poésie et Prose, introduites par les « éditeurs de Kehl. Les changements que j'ai faits dans la « distribution de la Poésie sont trop peu de chose pour en « parler. J'ai agi autrement pour les ouvrages en prose. J'ai « donné, comme les éditeurs de Kehl, les ouvrages histo- « riques, le Dictionnaire philosophique, les Romans, le « Commentaire sur Corneille ;Tniiis je n'ai tenu aucun compte « de toutes les autres distributions qu'ils avaient faites sous ■< les titres de Mélanges historiques, Politique et Législation, « Philosophie, Physique, Dialogues, Facéties, Mélanges litté- « raires.Toul ce qui, dans les éditions de Kehl et celles qui <c l'ont suivie, compose ces divisions ou sections, a été par moi « classé sous le titre de Mélanges, dans l'ordre chronolo- « gique, sans distinction de genre ni de matière. La classifi- « cation que j'ai adoptée fait suivre au lecteur la marche « de l'esprit de Voltaire. En commençant l'édition, je crai- « gnais d'être obligé de justifier longuement cette disposition : « cela est superflu, aujourd'hui qu'elle a eu la sanction d'un « grand nombre de personnes.

<c Cependant, comme dans beaucoup de livres on cite les (c ouvrages de Voltaire d'après les divisions ou classifications « adoptées dans les éditions de Kehl, et suivies dans tant « d'autres, je donne, à la fin du tome LXX, une concor- « dance de la classification de Kehl avec les volumes de mon « édition.

« Cette concordance est précédée de deux tables fort am- (c pies, l'une alphabétique, l'autre chronologique, des écrits « de Voltaire, ce qui peut, dans certains cas, suppléer à une « table analytique.

« Je n'avais pas différé un instant d'opinion avec M. Clo- « genson pour l'ordre à mettre dans la Correspondance et n sa classification en une seule série. C'était une conséquence « de ce que j'avais fait pour les Mélanges.

« Le désir de donner une édition aussi complète que

« possible des Œuvres de Voltaire ne m'a pas fait admettre « aveuglément tout ce qui était dans les éditions précédentes. « Dans un Avis que j'ai mis en tête des Poésies mêlées, « tome XIV, page 3o3, j'ai déduit les raisons pour lesquelles « j'ai rejeté un assez grand nombre de pièces devers. Je suis <c peut-être sur chaque pièce entré dans de trop longues « explications.

« Deux ou trois pièces de Morcllet avaient été placées « dans le volume des Facéties; je les ai rejctées : voyez « tome XL, page ibi.

« N'ayant pas regardé comme consacrées par le temps les

« erreurs, quelque anciennes qu'elles puissent être, je ne

« devais pas avoir plus de respect pour les erreurs récentes.

« Dans l'édition en quatre-vingt-quinze volumes, avec les

« tomes XLI et XLII ont été distribuées quelques feuilles « qui doivent se joindre aux tomes XLIV et XLVI (II et IV « de la division Philosophie), qui étaient déjà imprimés. « Voici ce que contiennent ces feuilles :

« Pour le tome XLIV : i° Réflexions sur Vidée qu'on doit « avoir de Dieu selon nos lumières (pages 431-468); 2° Des « cinq propositions attribuées à Jansénius,c\. Formulaire (469 « et 470) ; 3" Remarques critiques sur les passages des quatre « évangélistes touchant la mort de J.-C. (471-474);

« Pour le tome XLVI : 1° Extrait du livre de l'abbé Hou- " teville sur la vérité de la religion chrétienne prouvée par «. les faits (pages 405-446); 2'' Passage tiré de l'Histoire « de JosèpJie (447-449) ; 3'' Le Philosophe, par M. du M. « (450-468); 4" Extrait du livre de l'état de l'homme dans le « péché originel (469-477); 5° Extrait du livre d'Antoniana « Margarita, de Gometius Pereyra , sur l'âme des bêtes « (478-479) ; 6° Extrait de la vérité de la religion chré- » tienne, par M. le marquis de Pianesse, Italien, sur l'exis- « tence de Dieu (480); 7° Extrait dhtn manuscrit intitulé : le « Ciel ouvert à tous les hommes, oit l'on prouve, par la reli- <f gion et par la raison que tous les hommes seront sauvés « (481-497); 8° Prière du curé de Fresne (498-507).

« Les premiers éditeurs de ces onze pièces n'ont donné « aucune explication à leur égard. Voici ce que j'en sais. Un « habitant de Genève proposa, en 1825, à des libraires de <( Paris de leur vendre un manuscrit contenant précisément « les ouvrages dont j'ai rapporté les titres, et qu'il avait, « plus de vingt-cinq ans auparavant, reçu en payement de ce « que lui devait un liomme de lettres qui avait vécu dix ans « avec Voltaire. Rien de cela n'était appuyé de preuves. On « n'offrait pas, au reste, le manuscrit comme étant de la << main de Voltaire, mais comme pouvant être de celle de « M™'^ Denis. Les libraires à qui la proposition était faite la « refusèrent. D'autres éditeurs furent moins difficiles, comme <c on voit.

« La lecture de la première de ces onze pièces suffisait « pour motiver un refus. Dans les Réflexions sur Vidée « qu'on doit avoir de Dieu selon nos lumières, l'auteur, après « avoir dit que, pour avoir une idée de Dieu, il n'est pas « nécessaire qu'on le voie, de même qu'on n'a pas besoin « d'avoir vu certaines personnes pour croire à leur existence « et les connaître, ajoute : « C'est ainsi que nous pouvons ù « présent connaître, par exemple, le cardinal de Richelieu « mieux que ceux qui vivaient de son temps, puisqu'il nous « a laissé, dans son Testament politique, un portrait de son « âme qui nous en montre toutes les qualités. »

« Ce raisonnement ne pouvait être fait par Voltaire, qui

i8o VOLTAIRE

« n"a jamais changé d'opinion sur le Testament politique, « qu'il regardait comme apocryphe'.

« J'ai cependant admis dans mon édition, tome L, la « Prière du curé de Fresne. Il le fallait bien, puisque, tome « LXVIII, pages 102 et i3i, j'avais dit qu'on trouverait cette « Prière au tome L-.

« Quant au Philosophe, que j'ai donné tome XLVII, « page 23o, le texte que j'ai adopté est bien différent de « celui que contient l'édition en quatre-vingt-quinze vo- « lûmes; et j'ai expliqué pourquoi je préférais la version « que j'ai reproduite.

« Il est encore un de ces écrits attribués à Voltaire dont je « parlerai : c'est VExtrait d'un manuscrit intitulé : le Ciel c< ouvert à tous les hommes, oit l'on prouve, par la religion « et par la raison, que tous les hommes seront sauvés. C'est « P. Cuppé qui est auteur du Ciel ouvert à tout le monde, « ouvrage imprimé en 17Ô8, in-S°. Voltaire, qui était bien « au courant des impressions de cette nature, n'aurait point « dit que l'ouvrage était manuscrit quand il était imprimé.

« Les autres écrits du cahier provenant de l'habitant de « Genève, sur lesquels je ne reviens pas ici, sont trop peu « de chose pour que je discute leur authenticité...

« ... On pense bien que, quelque imparfait que soit mon « travail, il l'eût été bien davantage si je n'avais reçu d'am- « pies secours. M. Decroix, l'un des éditeurs de Kehl, non « seulement m'a fourni des indications qui m'ont mis sur « la trace de choses qu'il n'avait pu se procurer, et que je « suis parvenu à posséder, une seule exceptée, mais il m'a « donné la note des fautes qu'il relevait de temps à autre « dans son édition; il m'a communiqué des passages qu'il a était impossible d'imprimer dans le temps. Avant de « mourir, il m'envoya un manuscrit de l'Envieux, copié de « sa main, ainsi que quelques autres manuscrits...

«Je dois tant à MM. de Cayrol et Ravenel... que je les « puis appeler mes collaborateurs. M. de Cayrol a fait pour « la correspondance de Voltaire un dépouillement immense, « judicieusement exécuté, qu'il m'a communiqué sans ré- « serve -.

1. En 1737, dans ses Conseils à un journaliste. Voltaire a dit : « Si « on réimprime le livre fameux connu sous le nom de Testament poli- « tique du cardinal de Richelieu, montrez combien on doit douter que « ce ministre en soit l'auteur.» (Voyez t. XXXVII, p. 384.) Trente-neuf ans après, le 2 mars 1776, il écrivait : « 11 >• avait de la démence à « croire cette rapsodie écrite par un ministre d'État. » (Voyez tome LXX, page 28.) (Note de Beuchot.)

2. Dans un autre passage de sa Pré/ace, Beuchot reconnaît avoir largement usé des travaux antérieurs de M. Clogenson, dont il a reproduit la rédaction (avec sa signature) ou réduit les notes (p.xxxv).

BIBLIOGRAPHIE DE SES ŒUVRES i8i

« C'est pour toutes les parties des Œuvres de Voltaire, sans excepter la Correspondance , que j'ai des obligations à M. Ravenel et à une autre personne. Tous deux ont relu d'un bout à l'autre toutes les productions de Voltaire, pour me signaler les passages qui demandaient attention ou explication, et très fréquemment m'ont donné même les explications.

«... J'ai parlé d'assurance dans mon travail : qu'on ne pense pas que cette assurance soit de la présomption. J'avouerai que je crois avoir fait beaucoup; mais qu'il y a loin de là à tout ce qu'il y avait à faire pour une bonne édition de Voltaire! Personne ne sent plus que moi mon insuffisance pour une si forte tâche.

« C'en est une terrible, disait Voltaire (lettre à Schouvalow du i3 auguste 1762), que d'être obligé d'avoir toujours raison dans quatorze tomes»; et c'est dans soixantedix qu'il me faudrait l'avoir eue. La bienveillance avec laquelle tant de personnes que je respecte ont accueilli mon travail ne m'aveugle pas. Je dois avoir failli très fréquemment; et, comme le disait Bayle (paragraphe iv de la préface de la première édition de son Dictionnaire historique et critique), je ne doute point qu'outre mes péchés d'omission, qui sont infinis, il ne m'en soit échappé un très grand nombre de commission... » (pp. xxix à xxxvii).

Quels que soient les « péchés » qui aient pu échapper à Beuchot, ils sont insignifiants lorsqu'on les compare aux grands et incontestables mérites de sa belle édition des Œuvres de Voltaire. Nul n'avait mieux fait avant lui; nul n'a mieux fait depuis, et nous doutons que Voltaire trouve jamais un éditeur plus consciencieux et plus savant. On pourra peut-être reviser avec une plus grande précision le texte des ouvrages du patriarche, ajouter quelques variantes curieuses à celles qui ont été recueillies par le judicieux éditeur du Journal de la Librairie, et surtout classer la Correspondance (qui, il faut bien le dire, est la partie la plus faible de l'édition Lefèvre) avec une exactitude plus rigoureuse; mais, si l'on tient compte des difficultés surmontées par Beuchot, de la tâche colossale qu'il s'était proposée, de ses efforts persévérants pour la mènera bonne fin; si l'on songe aux trésors d'érudition entassés dans ses Préfaces et dans ses notes, à la sûreté de ses informations, à la rectitude de son jugement, à l'heureux emploi qu'il a fait de ses remarquables aptitudes de bibliographe , on sentira tout le prix de son travail et on appréciera toute la valeur de son entreprise.

Brunct critique, dans l'édilion Beuchot, la réunion en une

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seule classe, sous le titre de Mélanges, de tout ce qui dans l'édition de Kehl est compris dans les sections de Mélanges historiques, Politique et Législation, Physique, Dialogues, Facéties, etc... Il n'approuve pas non plus le classement de la Correspondance par ordre chronoingique sans distinction des correspondances particulières du roi de Prusse, de d'Alembert, etc. Enfin,!! blâme Beuchot « d'avoir réuni dans « la Pucelle les variantes de toutes les éditions et entasse « ainsi des impiétés et des obscénités qui, Dieu merci, ne « sont plus du goût de personne, si ce n'est peut-être de « quelques vieux voltairiens peu scrupuleux sur ce point ». Nous ne nous attacherons pas à démontrer combien ces reproches sont injustes. Nous dirons seulement que la classification adoptée par Beuchot présente un double avantage : elle supprime les divisions plus ou moins arbitraires des éditeurs de Kehl, et, en substituant l'ordre chronologique aux distinctions par genre et par matière, elle fait suivre au lecteur, selon l'expression même de Beuchot, la marche de l'esprit de Voltaire. Les éditeurs de Kehl ont rangé parmi les ouvrages philosophiques l'A B C, qui a en grande partie l'Esprit des lois pour objet : cet ouvrage n'eût-il pas mieux été à sa place dans la section Politique et Législation? Ms, ont inséré dans le volume des Facéties la Collection des lettres sur les miracles et Saûl! L&s Lettres sur les miracles n'auraient-elles pas dû faire partie des Mélanges philosophiques, et Saùl du Théâtre? etc., etc.. Le seul moyen d'éviter ces confusions étaii de faire ce qu'a fait Beuchot : donner à part, comme les éditeurs de Kehl, les grands ouvrages historiques, le Dictionnaire philosophique, les Romans, les Commentaires sur Corneille, et classer sous le titre de Mélanges, et dans l'ordre chronologique, le reste des ouvrages en prose de Voltaire.

De même, pour la Correspondance, n'est-il pas évident qu'il est plus commode, quand on veut retrouver telle lettre de Voltaire au roi de Prusse, à l'impératrice de Russie, à d'Alembert, de la chercher à sa date, dans la Correspondance générale, que de recourir au volume particulier qui la contient? Et lorsqu'on lit la correspondance de Voltaire, non plus pour y faire des recherches, mais pour le seul plaisir de la lire, — et il est peu de lectures plus attrayantes et dont on puisse moins facilement se détacher, — n'est-il pas plus intéressant de suivre Voltaire jour par jour, heure par heure, dans toutes les manifestations de ses idées et de ses sentiments, dans toutes les variations de son caractère passionné et de son humeur capricieuse, sans qu'on soit obligé de feuilleter deux, trois ou quatre volumes, poury retrouver les

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lettres écrites dans les mêmes circonstances et sous l'impression des mêmes événements?

Enfin, pour ce qui est de la réunion de toutes les variantes de la Pucelle, depuis quand la revision patiente d'un texte et l'indication de ses diverses leçons constituentelles un outrage à la mémoire d'un auteur? A ce compte, plus une édition serait soignée, moins elle devrait avoir accès dans nos bibliothèques.

Voici quelle est la distribution générale de l'édition I3eu-

T. I. Biographie.

Dans les Pièces justificatives de la Vie de Voltaire, par Condorcet, l'éditeur en a ajouté vingt-neuf qui étaient inédites.

T. II à IX. Théâtre.

Dans cette partie, les additions sont : Nouveaux fragments d'Artémire. — Fragment de Thérèse. — L'Envieux. — L'Épître dcdicatoire des Guêtres, et la Lettre à M. Legoux de Gerland, en tête de Sophonisbe,

T. X. La Henriade.

T. XI. La Pucelle.

T. XII-XIV. Poésies.

T. XV-XVIII. Essai sur les Mœurs,

T. XIX-XXI, SifecLES DE Louis XIV et de Louis XV. — L'éditeur a ajouté la variante de l'article Saurin dans le catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV.

T. XXII. Histoire du Parlement.

T. XXIII. Annales de l'Empire.

T. XXIV. Histoire de Charles XII.

T. XXV. Histoire de Russie,

T. XXVI-XXXII. Dictionnaire philosophique.

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T. XXXIII et XXXIV. Romans.

T. XXXV et XXXM. Commentaires sur Corneille.

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