Mémoires sur Voltaire, t. Il, p
S. Decroix. — N'oyez sa note, t. I, pp. 54-45.
• lisant ces Mémoires, on s'aperçoit que M. de Voltaire n'a guère
• eu qu'un objet, celui de se venger du roi de Prusse, et de t laisser un monument qui démentît les éloges qu'il lui a si
• longtemps prodigués. Ce qui prouve qu'il n'avait pas d'au- « tre but, c'est qu'il ne parle presque d'auire chose, et que ses « Mémoires, commencés, dit-il, en 1733, finissent vers 1760 .»
• Or Voltaire ne dit rien de pareil; il raconte simplement qu'en i733, il se retira à Cirey. La Harpe se serait-il trompe à ce point, s'il avait soustrait le manuscrit en i7G8r
Enfin, les éditeurs de Kehl eux-mêmes nous apprennent qu'une copie, trouvée dans les papiers de Voltaire, tut imprimée quelque temps après sa mort '. Cette copie est certainement l'une des deux copies de Wagnière ; madame Denis l'avait cédée à Panckoucke, avec tous les papiers de Voltaire, et des mains de Panckoucke, le manuscrit était passé dans celles de Beaumarchais.
Les Mémoires secrets, accusent Beaumarchais d'avoir enfreint les volontés de Voltaire en ouvrant le paquet qui contenait les Mémoires avant la mort du roi de Prusse; d'avoir lu le manuscrit confidemment à quelques amis, de l'avoir communiqué de même à quelques grands seigneurs; enfin, d'avoir essayé de le vendre à Frédéric, « au poids de l'or » *. Sauf ce dernier point qui n'est pas prouvé, nous croyons volontiers que Beaumarchais se rendit coupable des indiscrétions que lui reprochent les Mémoires secrets; et si la première édition de 1784 n'est pas son œuvre, cette édition fut faite certaine ment sur l'une des copies furtives qu'il laissa tirer du manuscrit. L'intervention du baron de Goltz, ministre de Prusse à Paris, qui avait tout fait, nous dit M. Desnoiresterres, « pour « arrêter la vente et racheter tous les exemplaires qu'il avait « pu trouver ' », empêcha sans doute Beaumarchais de reproduire intégralement les Mémoires de Voltaire dans l'édition de Kehl. Une partie seulement de ces Mémoires fut refondue par lui dans le Commentaire historique sur les ouvrages de Vauteur de la Henriade (éd. de Kehl, t. XLVIII, pp. 89 et suiv.) '; et ce n'est qu'en 1 789, après la mort du roi de Prusse,
i. Œuvres complètes de Voltaire, lid. de Kehl, t. LXX, p. 2 5(). Cf. Mémoires secrets, 10 avril 1783.