‹ Voltaire, créancier du WürtembergChapitre 2 sur 26 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Inédites pour la plupart, le* pièces tfui vont suivre sont intéressantes |Kuit' fous reus qui --i m t curieux de l'existence intime de Voltaire. Ses moyens d'existence . ses besoins d'argent, la gène momentanée où il se trouva souvent, même après son opulente installation à Ferney, ressortenl claireuienl de cette série de lellrt's. Mlles mollirent au jour un Voltaire, financier remarquablement avisé, ce qui se rencontre souvenl : et, chose infinimenl plus rare, financier doué de bienveillance el de Ion ganimité en> ers ses débiteurs.

Nous ne parlerons pas ici, au point de vue littéraire, de l'homme prodigieux qui trouva le moyen d'occuper, pendant cinquante ans, l'attention de l'Europe entière. Non* exposerons simplemenl les correspondances , parfois pénibles, mais toujours correctes, qu'il entretint avec les ducs de Wurtemberg, vingt-cinq ans durant. Au cours de cette véritable épopée li naneière. nous verrons qu'il faillit acquérir le château de Montbéliard. avant de s'établir définitivement à Ferney. Nous le suivrons dans ses démêlés avec des conseillers de Régence, avec des trésoriers, avec des maîtres de forges, avec des ban quiers, donl 1rs descendants habitent . encore aujourd'hui, le pays de Montbéliard el l'Alsace. Nous verrons l'emploi qu'il lil des rentes qu'il recevait, avec tant de retards, du duc Charles Eugène, el qui constituèrent longtemps la presque totalité de *a fortune, — et nous serons étonnes de l'activité créatrice déployée, jusqu'à la lin de sa vie. par un soi disant vieillard, qui lui mourant pendant quinze ans.

I. histoire des créance* de Voltaire avait été commencée, vers

J8oO, par un (Mnilii de Colmar, )/. Mossmann, qui avaîl Prouvé dans les archives de cette ville un dossier, assez, important, de lettres adressées de Ferney aux receveurs Jeanmalre el Rosé, chargés des a Oa ires d'Alsace et de Montbéliard pour la maison de Wurtemberg, M. Mossmann publia, dans la Rente d'Alsace de 1851, ceux de ces documents relatifs aux créances de Voltaire siii' les vignes de Riquewihr. On les trouvera reproduits ici, avec l'indication de leur origine.

Cinquante ans plus tard, en 1899, .1A. Paul Sakmann, professeur à Stuttgart, compléta la publication des documents renfermés dans les archives de Colmar ; il leur ajouta quelques lettres de Voltaire, conservées dans les archives de Stutlgart, el les lit suivre d'une étude très documentée , sur les relations entre Voltaire el la maison de Wurtemberg.

Aux Archives </<■ Paris (Archives Nationales, fonds Montbé liard, dossier K. 2007) se trouvent plusieurs Centaines de pièces inédiles, relatives à la même affairé. Mais, de lettres de Voltaire, les Archives n'en contiennent pour ainsi dire pas : sept en tout, don! quatre copies. Par contre, toutes les réponses îles receveurs el du Conseil de Régence à Voltaire, ions les brouillons, ions les comptes, sont dans ce dossier, soigneusement idassé. mais auquel manque la partie véritablement intéressante, — la seule intéressante — les lettres de Voltaire.

()r. ces lettres, an nombre de soixante cinq, sont dans notre famille depuis pins d'un siècle, el elles complètent absolument le dossier des Archives Nationales, s'y intercalent toutes, sans exception. Il est très probable que, réunies en une liasse spé ciales. (suivant l'annotation que porte un des dossier- des Archives Nationales . elles furent recueillies avec soin par George-David Rossel 1733-1789) alors conseiller de Régence, à Montbéliard, et chargé, avec ses collègues de Goll ci de Spo-

neck, de celle affaire spéciale.

Le dossier constitué par la réunion des documents de Paris, de Colmar. de Stuttgart el de Montbéliard. forme maintenant un tout intéressant, absolument complet, bien défini. On en trouvera ci -après la reproduction intégrale el fidèle, en ce qui concerne les lettres de Voltaire. Celles de ses correspondants sont reproduite- également lorsqu'elles (dirent un intérêt appréciable. Sinon, elles sont simplement citées et analysées, avec indication de leur provenance.

Nous verrons dans ce dossier la patience inaltérable de Vol-

taire. la variété infinie avec laquelle il réclama pendant vingtcinq ans la même chose ; — '■ l'astuce élégante du receveur de Col mar le sieur Rosé, et la franchise brutale de l'homme actif qu'était Meiner, le maître de la forge d'Audincourt ; receveur el maître de forges s'entendaient à merveille pour De pas payer Voltaire, ou du moins pour le pàye-r le plus la ni possible.

Il serai) trop long d'exposer ici, par le menu, toutes les opé râlions, qui durèrent vingt ans. el après lesquelles le due Charles-Eugène se trouva, vers ITT.'i. avoir rein plus de 620,000 livres de Voltaire. Voici en deux mois la situation : Voltaire avait, par le comté de Montbéliard, droil à une rente viagère de 62,000 livres, qui représentait, à \- " ... le résultai d'un aban don de 512,000 livres au duc. En outre, il lui prêta, de ITiisà ITT.'I. 106,000 M vresà b %; ces dernières avances étaient remboursables à échéances, assez brèves d'après les stipulations, mais, qui s'allonge renl singulièrement, jusqu'après la mort du créancier, el celle du débiteur également.

Si mi l'ail h' total des renies viagères qui rentrèrent à Vol taire pendant \ ingl cinq ans. rien que du fait de Charles-Eugène, mi arrive au total de 1,300,000 livres, non compris l'intérêt des prêts ordinaires. .Nous verrous plus loin l'emploi qu'il lit de ces sommes.

Examinons d'abord pourquoi Voltaire préféra, au moment de ses premiers prêts, traiter moyennant des rentes viagères,

à forfait et à fonds perdus, plutôt que de faire des avances sim pies, moyennant des intérêts ordinaires. La raison de sou choix est évidente : Voltaire se connaissait el s'observait admirable ment, au point de vue de sa sauté. Son apparence "débile eaehaii une constitution lié* robuste, el il devait avoir la certitude absolue de vivre longtemps, sauf accidents ou maladies imprévues. Les laits ont prouvé qu'il avait prévu juste. Voici, eu ellet. les résultats de ses calculs, à litre d'exemple : Lors de ses premiers prêts à Charles-Eugène, en IT.'i^ el IT.'i.'i. il avait cinquante-neuf ans, el une apparence maladive. Ses intérêts à 1.2 " ., lui assuraient une première renie annuelle de 34,000 livres au total, pour un capital aliéné de 280,000 livres environ. Si on ne tient pas compte des irrigularités dans les paiements, on trouve que Voltaire loucha cette rente à 12 % pendant vingt 04Bq an-, ce qui, sans compter les intérêts, lui rapporta en

rente- 300 ", ., de son capital, soii le capital lui-même et 200 %

d'intérêts.— Ceci paraît, à première vue. énorme, et les détrac; leurs à loul prix de Voltaire n'ont pas manqué de l'accuser d'avoir exploité honteusement le duc Charles-Eugène,

Mais il faul réfléchir que si Voltaire avait prêté simplement le même capital qu'il aliéna, pendanl le même temps, àS%, en composanl les intérêts . il en aurail relire 239 " o au lieu des .200 " 0 qu'il retira en réalité.

Il ne lit donc pas. somme toute, une affaire tellement extraordinaire. Mais le due Charles-Eugène, qui avait compté, lui, en taire une excellente, c'est-à-dire, au fond, «rouler» Voltaire, lut fortement dém . en voyant se maintenir, inaltérable, la santé de son créancier. C'est probablement pour cela qu'il ne suivit plus le même système, lors de ses emprunts postérieurs à l77o. qu'il effectua avec intérêts lixes, el remboursement du capital à délais termes. En réalité, ces opérations là furent encore plus onéreuses pour lui que les deux premières. Il s'en lira en ne payanl pas. on du moins le plus lard possible.

Finalement, on peut estimer que le capital, aliéné, ou avancé simplement par Voltaire, soi) 1328,000 livres, lui rappoita en moyenne !• à 9 J/3 pour cent, pendant -a vie, et en plus qu'il produisit encore les rentes viagères de ses neveux el nièces, après lui. Il esl permis de penser que ce n'est pas trop, eu égard aux luttes que Voltaire eul à soutenir pendant plus de douze ans contre loul le personnel des Seigneuries, qui avait évidemment reçu des instructions verbales . lui enjoignant de ne pas paver trop vile: certaines lettres des receveurs ou îles fermiers au Conseil de Monlbéliard. sont typiques à cel égard. (Voir notamment les pièces numérotées 22, 26, 82, 92, 129. 143, 147, el surtout 179.

Il faut dire aussi combien était délicate la situation des employés du due Charles Eugène : Us amassaient péniblement, en Alsace el à Monlbéliard. par d'incertaines ventes de grains, de fourrages, de fers ou de vins, l'argenl destiné aux quartiers de Voltaire; et souvent, lorsqu'ils étaient à faire les envois par le coche de Bâle à Cenève, leur arrivail à l'improviste un ordre de Charles Eugène, leur prescrivant de détourner ces sommes sur Stuttgart, au lieu de les envoyer à Kernev . La chose se produisait trop souvent au gré de Voltaire; el c'est probable meul avec se- fonds que furent payées en partie certaines constructions faites à Louisbourg <i Mon repos >> et la « Solitude » . près de Stuttgart,

C'est dans ces circonstances qu'il Eaisail intervenir, peut-être -.m- grande conviction, des menaces de poursuites par le Parlement de Besançon. Il linil par taire prendre des délégations ri des hypothèques sur les revenus des seigneuries dépendant du Wurtemberg, à savoir : les produits des forges d'Audincourt, des salines de Saulnot; des vignes de Riquewihr; sans parler d'hypothétiques mines d'or, avec lesquelles le receveur de Col ma r, Rosé, le (int longtemps en haleine. Voir pièces N«* 82 el 84 .

De toutes façons, il est impossible de ne pas admirer la pa tience el la constance d'humeur de Voltaire, qui furent inlas sables et inaltérables pendant vingt-trois ans.

Voici, pour résumer, un tableau indiquant, par dates, les dil férentes renies viagères assurées, par le due Charles Eugène, à Voltaire, el. après la mort de celui-ci, à ses neveux el nièces. Le capital représentatif «le ces rentes était d'environ 520,000 livres.

I" Viagères de Voltaire.

27 sept. 1752

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