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siècle de la science, il y a des êtres humains qui consultent le vol et le cri des oiseaux, qui demandent à une pierre plus ou moins noire, plus ou moins grossièrement taillée en statue, de changer pour eux la marche du monde !
Le nombre est immense des sectes théologiques, des philosophies qui se coudoient, toutes nées l'une de l'autre, et chacune étant un progrès sur celle qui l'a précédée ; immense également est la tâche qui s'impose de les contredire et de présenter aux intelligences une doctrine démontrable.
A juger, comme le veut la sagesse, de l'avenir par le passé, cette tâche ne s'accomplira jamais totalement; il subsistera toujours des cerveaux pour qui la complexité des phénomènes et des lois cosmiques restera inaccessible. Mais ce qu'on peut induire de la loi d'évolution, c'est que les adeptes des doctrines supérieures deviendront de plus en plus nombreux, au détriment des doctrines inférieures, et que le positivisme groupera un jour la majorité des têtes bien constituées, comme le déisme groupe aujourd'hui la majorité des classes dominantes, — car elles en sont à la phase voltairienne, et la doctrine officielle n'est pas le catholicisme, par exemple, mais la croyance obligée à Dieu, et la croyance facultative à l'âme, ou plutôt le silence sur ce dernier point. Ces nouveaux adeptes que la philosophie positive veut amener à elle, où les ira-t-elle chercher? Ce serait faire preuve d'une ignorance bien grande de l'évolution psychique, que de s'adresser à ce qu'il y a chez nous encore de fétichistes, ou même de catholiques. Peut-être les voltairiens sont-ils assez rapprochés de nous pour n'avoir pas besoin de passer par le matérialisme ; mais ni les protestants, fussent-ils rationalistes et libéraux, ni les
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catholiques, ne viendront à nous sans passer par le voltairianisme. C'est à cette condition seule qu'ils nous comprendront; sans elle ils n'auront pas même conscience de leur infériorité, ils ne verront en nous qu'un objet d'horreur, ou tout au moins de pitié.
Et c'est parce que Voltaire représente une phase supérieure de l'humanité, c'est parce qu'il conduit à la philosophie positive, que nous demandons qu'il soit connu, et connu partout ; car le nombre est grand aujourd'hui de ceux qui pourront s'élever par lui au libre examen et à la tolérance.
La tolérance est en effet une autre conquête de la philosophie du dix-huitième siècle. Le degré de culture auquel corrrespond le christianisme et avec lui toute théologie, ne connaît pas cette vertu, et vous avez pu écrire que par elle « la société laïque est devenue moralement supérieure à la société théologique. » Il n'est que trop de faits pour vous donner raison, depuis les persécutions contre les philosophes grecs, depuis le supplice de Jésus, jusqu'à celui deServet et de de la Barre. Car on tuait encore pour la foi au temps de Voltaire, et les dragonnades étaient de la veille.
L'intolérance est l'ennemie jurée de toute liberté, et Voltaire voulait la liberté ; elle est cruelle, et Voltaire souffrait de la douleur d'autrui. S'il condamnait les violences de la guerre dans les relations internationales, que pouvaient donc être à ses yeux des prêtres qui, au nom de leur foi, J empruntaient les armes du pouvoir civil, torturaient, coupaient les mains, arrachaient les langues, décapitaient et brûlaient, sinon des criminels ? Que pouvaient lui paraître les gouvernements qui autorisaient de tels actes pour une telle cause, les juges qui prononçaient de telles sentences.
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sinon les derniers représentants de mœiii's barbares ({u'il fallait détruire?
Il éleva la voix plus haut que tous en faveur de la tolérance religieuse ; et, parce qu'il représentait bien la pensée de son temps, parce que le nombre des dissidents était assez considérable pour imposer à l'orthodoxie intolérante, sa voix fut écoutée.
Non pas qu'il conçût la tolérance du point de vue supérieur qui est le vôtre. Il n'alla jamais jusqu'à regarder comme légitimes, dans des conditions données, des modes de penser qui n'étaient pas les siens ; ce qu'explique d'ailleurs la situation de combat dont j'ai déjà parlé. Puis, là comme partout, l'œuvre de ce grand homme était essentiellement négative. Aj-ant détruit tout ce qui dans les textes dits sacrés gênait l'essor de la pensée, il protesta en outre contre ce pouvoir odieux que les soutiens de ces vieilles croyances puisaient dans l'ingérence brutale de la puissance politique en des questions philosophiques.
Il n'alla jamais plus loin. Sociologue, vous reconnaissez comme conformes aux lois sociologiques l'existence successive de toutes les doctrines qui se sont partagé l'histoire ; vous savez que chaque doctrine nouvelle ne prend pas chez tous immédiatement la place de l'ancienne, et qu'elles coexistent dans l'espace après s'être succédé dans le temps ; car toutes les tètes ne sont pas aptes à atteindre au degré supérieur de civilisation. Peut-il être dès lors question de poursuivre ces doctrines, qui ont été une étape dans la voie du progrès, ou de persécuter leurs sectateurs, parce que leur intelligence n'est pas au niveau des conceptions contemporaines? Autant vaudrait appeler toute la ri-