‹ VoltaireChapitre 18 sur 113 · ŒDIPE · texte numérisé non relu

ŒDIPE

nous sachions, ce fut à Chàtenay, dans la propriété paternelle. Enfin, après bien des jours d'attente, le banni put revenir en automne à Paris.

Le but principal de ce retour était do préparer la représentation à' Œdipe, qui, après de longs efforts pour lui gagner des protecteurs dans la haute société, et pour la faire agréer du personnel du Théàtre-Fiançais, avait enfin été reçu par celui-ci. Le jeune poëte en avait exposé le plan et certaines parties à ses amis de la société du Temple; plus tard il avait lu sa pièce à Sceaux, au cercle de la duchesse du Maine, et s'était conformé autant que possible aux critiques et aux conseils qu'il en avait reçus, comme aux vœux des acteurs. Cette docilité, qui s'inspirait également de l'effet produit sur le public pour améliorer son œuvre, était et resta tellement dans la manière de Voltaire, que les malins disaient de lui dans la suite qu'il faisait ses pièces entre les représentations : particularité qui répondait à l'ébauche rapide et à l'échafaudage léger de ses ouvrages ; comme d'un autre côté elle était, chez un homme aussi bourré de vanité, le signe d'une abnégation volontaire digne de louange à côté de défauts bien connus. A la vérité, en se soumettant à la voix du public, il abandonnait une idée qu'il' croyait meilleure; et il n'y avait plus alors là qu'une vanité faisant échec à une autre. Après ces épreuves préparatoires, Œdipe parut pour la première fois sur la scène, le 18 novembre 1718. Un trait caractéristique de notre poëte de vingt-quatre ans , est l'idée de paraître sur le théâtre portant la queue du grand prêtre, espièglerie qui, par cola même qu'une grande partie du public le connaissait, pouvait nuire au succès de la pièce. Mais celle-ci fut saluée

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par des applaudissements enthousiastes, eut quarante-cinq représentations suecessives, et le jeune Arouet fut le favori du jour. Le duc d'Orléans le gratifia d'un cadeau et d'une médaille d'or, et l'année suivante, quand la pièce fut imprimée. Madame en accepta la dédicace.

Au bas de cette dédicace parut pour la première fois le nom d'Arouet de Voltaire, que le poëte porta quelque temps, jusqu'à ce qu'il délaissât enfin Arouet et ne s'appelât plus que de Voltaire. De tels changements de nom n'étaient pas sans exemple à cette époque , surtout parmi les écrivains; ainsi avait fait Molière. Voltaire donna pour raison le désir de n'être plus confondu avec le poëte Roy, avec qui il était brouillé, confusion qui pouvait en effet alors résulter de la manière de prononcer son nom, que nous trouvons même chez quelques-uns écrit Arroy. Mais si l'ancien ne lui plaisait plus, où prit-il le nouveau? On dit, à la vérité, d'un petit bien de famille de sa mère ; mais ce petit bien est introuvable. Il se rencontre, au contraire, que les lettres du nom Arouet l(e) j(eune) transposées donnent le nom -Voltaire; et nous savons que cette manière de se reconstituer un nom n'était pas extraordinaire, puisque le surveillant du jeune Arouet au collège, le père Thoulié, en laissant de côté un h superflu, se changea par un anagramme en l'abbé d'Olivet.

Tandis que le poëte avec son nouveau nom était devenu à la mode dans le monde et entraîné dans le tourbillon de la société, une nouvelle disgrâce le frappa du côté du régent, qui eût cependant trouvé tant de plaisir à le protéger, et qui s'était beaucoup amusé de son poëme sur la Bastille. Mais un poëme satirique, respirant l'esprit de .Ju-

vénal, les Philippiques, parut contre le régent, et Voltaire passa pour en être l'auteur. Un nouveau bannissement, cette fois sous la forme d'un bon conseil, en fut le résultat vers la fin de mai 1719, plus favorable encore à l'auteur que les précédents. Tantôt à Vaux-Villars, chez la maréchale de Villars, tantôt à Sully chez le duc du même nom, il allait, selon sa propre expression, de château en château, partout reçu avec distinction comme la nouvelle étoile de la poésie, partout retenu pour ses talents de société, jusqu'à ce que le régent ayant découvert le véritable auteur de la satire, lui permit de revenir au commencement de l'hiver. Une nouvelle tragédie, Artéraire, qu'il fit représenter en février de l'année suivante, n'obtint aucun succès et fut retirée par notre auteur, toujours rapide à prendre une résolution; plus tard il en utilisa les débris pour une autre pièce. Sur ces entrefaites, le poëme épique était achevé sous sa première forme; Voltaire et son second, Thieriot, le lurent soit à des individualités isolées, soit à des cercles de connaisseurs, et aux applaudissements de tous.

Le l""" janvier 1722 le vieux Arouet mourut sans avoir éprouvé beaucoup de satisfaction avec ses deux fils. Lui-même avait été janséniste, mais avec mesure et raison et non comme son aîné, Armand, sombre fanatique (|ui fut de tous les agissements du parti qui, plus tard, devait aller jusqu'aux miracles scandaleux du diacre Paris, au cimetière de Saint-Médard. Le père avait cependant pu voir les premiers rayons do la gloire entourer son plus jeune fils, et la légende raconte qu'il no resta pas insensible aux succès iVŒdipe; mais l'incertain de la situation, l'étourderie et les dangers do la conduite de Voltaire ne pouvaient lui

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