ÉTUDES ANGLAISES
peu de temps trois éditions en Angleterre, et expédié des balles entières en Amérique. Collins avait nié que les prophéties de VAnciefî Testament puissent être une preuve en faveur du christianisme, AA''ûolston tendait à démontrer que toutes les histoires miraculeuses du Nouveau Testament, y compris les récits de la résurrection de Jésus, doivent être nécessairement considérées comme allégoriques, puisque, tenues pour réelles, elles ne contiennent plus que contradictions, impossibilités, inepties; c'est-àdire que ces histoires ont été rapportées par les évangélistes, seulement comme figurant des vérités morales. Dans le domaine religieux, les différentes sectes qui en Angleterre subsistaient tranquillement l'une à côté de l'autre, étaient la preuve vivante de la fausseté de la maxime gouvernementale française , de ne souffrir à côté de la religion d'Etat aucune autre religion.
Que Voltaire ait imité plus tard le théâtre anglais, cela s'explique facilement, puisqu'il a étudié pendant ces années les compositions dramatiques, aussi attentivement que les écrits des poètes, les poëmes philosophiques de Pope et les contes satiriques de Swift. Il choisit aussi comme objet de ses études Shakespeare, presque encore entièrement inconnu en France. Toutefois, bien que possédant un sens poétique trop éclairé pour méconnaître totalement la grandeur et la puissance du dramaturge anglais, il restait trop enfermé dans les limites nationales du théâtre français, pour ne pas se sentir finalement pour lui le même éloignement que pour une nature étrangère.
Comme toujours, l'activité de Voltaire ne se limita pas d'ailleurs aux livres. Il voulut connaître la nation, et il
ne le pouvait qu'en allant dans le monde. Il se trouva fort à propos que lord Brolingbroke , jadis exilé en France comme Voltaire l'était alors en Angleterre, était rentré depuis trois ans dans sa patrie ; il reçut cordialement son hôte de La Source, et dans son hôtel de Londres et dans sa résidence de Dawley. Voltaire fit en même temps connaissance avec des whigs et dësTories, des poëtes et des philosophes, des orateurs du parlement et d^es quakers. Comme en France, il vivait alternativement à la campagne et à la ville. Son séjour favori était Wandsworth, propriété d'un riche marchand, nommé Falkener, avec qui il s'était lié, et à qui il dédia plus tard sa Zaïre. C'est là qu'il se tint les premiers temps, jusqu'à ce qu'il se fût assez familiarisé avec la langue anglaise, qu'il finit par parler et écrire ensuite avec facilité. Rappelons à cet égard une vraie scène à la Voltaire. Un jour la populace reconnaît sa qualité de Français, et commence à le poursuivre par des huées; il monte alors sur une borne et, dans le meilleur anglais, il l'adoucit par ces paroles, qui, en un sens, étaient pour lui réellement sérieuses : « Braves Anglais, ne suis-je pas déjà assez malheuieux de n'être pas né parmi vous? »
Ses études anglaises ne lui faisaient pas oublier ses propres travaux. Nous aurons occasion de voir plus tard comment il utilisa les oljservations que lui fournit le pays étranger. Etant encore en France, il avait augmenté son poëme sur Henri IV ; il songea alors à faire honte à sa patrie, où ce poëme patriotique n'avait pu être imprimé et vendu qu'en secret, en le faisant paraître à l'étranger ouvertement et avec éclat. Il ouvrit pour la Henriade, tel était le nouveau titre de son œuvre, une souscription,