‹ VoltaireChapitre 40 sur 113 · LETTRES SUR LES AXGLALS · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LES AXGLALS

plus faibles du talent de Voltaire; ce qui nous prouve qu'un grand satirique n'est pas pour cela un grand comique.

Dans l'intérêt d'une esquisse rapide, j'ai cru nécessaire de présenter de suite tout ce que j'avais à dire sur Voltaire auteur dramatique, et j'ai complètement abandonné le fil du récit biographique. Le point où je l'ai laissé tomber est l'année 1732, où parurent l'un après l'autre Zaïre et le Temple du goût, la première soulevant autant d'éloges et de reconnaissance que l'autre de blâme et de critiques. Mais il avait en portefeuille, ai-je encore dit, un autre ouvrage bien plus dangereux ; c'est ce dernier qui va nous occuper.

Un esprit comme Voltaire , après avoir éprouvé pendant son séjour en Angleterre des impressions si diverses, si profondes, ne pouvait les laisser mourir en lui-même. Il ressentait le besoin, non-seulement de les mettre en ordre, mais de les décrire, de les produireau jour pourXutilité et i l'édification des autres. Ces autres étaient les Français, à qui leur compatriote, revenu d'un autre monde, voulait annoncer qu'au delà du détroit il v avait aussi des hommes, une nation, des institutions politiques et une littérature, qu'on avait mille raisons de connaître en deçà, et sur plus d'un point de prendre pour modèles. Telle est l'origine des Lettres sur les Anglais, que la nature des matières traitées fit aussi nommer Lettres philosophiques . Voltaire en avait jeté l'esquisse sur le papier en Angleterre même , depuis il les avait complétées et souvent adoucies ; car il voyait bien que maintes choses qui auraient pu être dites sans danger en Angleterre, devaient être présentées

en Franco avec circonspection, si l'on ne voulait pas soulever les clameurs. Tout ce que l'Angleterre offrait de remarquable, le j^irlenient,et les sectes, les philosophes et les poëtes, les lois et le commerce^ fut retracé dans ces lettres. Comme l'appréciation de l'étranger pouvait aussi intéresser les Anglais, et que l'ami Thieriot se trouvait justement en Angleterre, il l'autorisa à en faire im})rimer à son profit une traduction anglaise. Malgré beaucoup de critiques de détail, cette publication y obtint les applaudissements du public. Eu France , A'oltaire commença par sonder le cardinal Fleury, qui depuis quelque temps avait en main le gouvernail de l'Etat, en lui lisant les lettres sur les quakers, auparavant convenablement émondées. Ce qui en restait parut avoir fait grand plaisir à l'éminence grisonnante. Pendant ce temps-là, l'impression s'en faisait en silence, encore à Rouen ; mais une contrefaçon qui parut à Paris, éveilla l'attention du gouvernement, qui saisit les exemplaires, mit l'éditeur à la Bastille, fit pratiquer une perquisition chez l'auteur aljsent, et envoya contre lui, le 8 mai 1734, une lettre de cachet à Monjeu, où on le savait aux noces du duc de Richelieu. Averti par son ami d'Argental, Voltaire avait déjà gagné le large depuis deux jours, et allait de côté et d'autre dans la Lorraine et sur les bords du Rhin, tandis qu'à Paris, le 10 juin, son livre était lacéré et brûlé par la main du bouri'eau, comme « contraire à la religion, aux bonnes mœurs et au respect de l'autorité ».

Nous n'avons pas besoin de chercher bien loin ce qui souleva un tel scandale dans la France du temps. « La nation anglaise, dit Voltaire à propos du parlement, est

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