TRAVAUX POUR LE THKATRE. SI
et son amie favorisait ce goût d'autant i)lus volontiers qu'elle même y trouvait son compte. Dans une galerie du château, à l'aide de moyens très-simples, une scène fut établie , pour laquelle tous deux composaient à l'envi des comédies ou des opérettes, qui, représentées par eux et par les hôtes de Cirey, donnaient à la marquise l'occasion de faire preuve, dans un autre genre, de son rare talent. Les marionnettes, la lanterne magique n'étaient pas dédaignées, et Voltaire en profitait pour laisser la bride à son humeur bouffonne, souvent aux dépens de ses adversaires en littérature. Pendant ces années, Alzire, Mérope, Mahomet et quelques autres furent composées pour un plus grand public. Voltaire fît représenter Mahomet pour la première fois, pendant un voyage, à Lille, en 1741 ; à Paris, les tendances de la pièce soulevèrent tant de difficultés que le poëte fut amené à la retirer du théâtre, où elle ne reconquit une place incontestée que neuf ans plus tard. Mèrope, au contraire, lui valut en 1743 un triomphe sans mélange, bien qu'il y eût renoncé à l'amour, réputé indispensable dans la tragédie. Le public lui fît Tlionneur de le demander, ou, pour nous servir des paroles deLessing dans la Draniatwrgie de Hambourg, « le parterre désira connaître cet homme qu'il avait tant admiré ; aussi, à la fîn de la représentation, il voulut le voir, et appela, et cria, et fît du bruit, tant que monsieur de Voltaire dut se montrer et se laisser examiner et applaudir. » La seule- façon dont Lessing nous parle de la chose prouve , comme d'ailleurs les relations françaises, que cette demande du public était encore inouïe.
En 1736, un sacrifice offert par Voltaire à la muse ly-