‹ VoltaireChapitre 56 sur 113 · CORRESPONDANCE ENTRE VOLTAIKE ET FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE ENTRE VOLTAIKE ET FRÉDÉRIC

le plus grand homme du siècle; tandis que d'autre part l'écrivain, étendant sa renommée par des travaux d'une valeur toujours plus grande, après avoir mené une existence mal assurée, après maintes résidences et maintes tentatives, finit par se créer un genre de vie qui le place en face de son protecteur royal dans une indépendance princière, de ces situations suit dans le commerce épistolaire un changement de ton, d'iuimeur, de lumière et de couleur qui, parce que là deux hommes peu ordinaires se dévoilent, n'est pas seulement attrayant, mais profondément instructif. Mais l'intérêt le plus grand de cette correspondance se trouve dans les transformations qui se manifestent dans les rapports entre ces deux hommes. Le commencement a quelque chose d'une belle matinée : le prince de vingt-quatre ans, plein de puissance et de facultés, mais forcé d'attendre l'avenir pour le prouver, vient à l'écrivain de quarante-deux ans, depuis longtemps célèbre, avec ses hommages les plus vifs, auxquels celui-ci répond, habile et gracieux, avec une amicale prévenance. Sans doute certains indices d'un assombrissement possible ne manquent pas dans ce jour si pur, pendant les années suivantes; mais ce n'est que lorsque l'un est parvenu à attirer l'autre tout à fait à lui, lorsque Voltaire s'est décidé à résider entièrement à la cour de Frédéric, que se produisent les complications sérieuses. La sympathie se transforme tout d'un coup en antipathie, la correspondance cesse, et les allusions des deux parties dans les lettres à des tiers témoignent d'une aigreur qui fait croire à une rupture irrémédiable. Et cependant il n'en est rien ; des cendres jaillissent quelques étincelles du feu mal éteint, qui s élèvent lentement

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