‹ VoltaireChapitre 61 sur 113 · LE CARROUSEL · texte numérisé non relu

LE CARROUSEL

vers ; je suis son grammairien et point son chambellan. Le reste du jour est à moi et la soirée finit par un souper agréable. » En outre, aussi bien à Berlin, où le roi résidait, surtout au temps du carnaval, qu'à Potsdam ou au cMteau de Sans-Souci , il habitait près de la chambre royale ; il se faisait en général apporter son diner dans son appartement, mais le soir mangeait à la table du roi, avec la société bien connue de Frédéric : Algarotti, d'Argens, Pollnitz, La Mettrie, etc., et il contribuait à animer ces repas plus qu'aucun autre par son esprit et ses saillies. « Jamais on ne parla , en aucun lieu du monde , écrit-il plus tard, avec tant de liberté, de toutes les superstitions des hommes , et jamais elles ne furent traitées avec plus de plaisanteries et de mépris. Dieu était respecté, mais tous ceux qui avaient trompé les hommes en son nom n'étaient pas épargnés. »

Bientôt après son arrivée, il y eut toutes sortes de fêtes données par Frédéric en l'honneur de sa sœur et de son beau-frère, venus de Bayreuth pour le visiter à Berlin, une occasion de montrer dans tout leur éclat aussi bien la capitale prussienne à l'hôte français que celui-ci à la la capitale prussienne. A un somptueux carrousel sur la place du Château , auquel Voltaire assistait dans une loge de la cour, il fut l'objet de l'attention générale, et sur- 4e-champ en consacra le souvenir dans un gracieux impromptu :

.Jamais dans Athènes et dans Rome On n'eut de plus beaux jours ni de plus dignes prix; J'ai vu le fils de Mars sous les traits de Paris,

Et Venus qui donnait la pomme.

PRODLXTIONS LITTERAIRES. 123

Dans rantichambre de cettf Vénus, qui était la princesse Amélie, il put établir un théâtre et y étudier ou y représenter avec des princes et des princesses sa Rome sauvée, et d'autres pièces, se faisant admirer lui-même dans son rôle favori de Cicéron.

Parmi les productions dont \'oltaire s'occupa pendant son séjour en Prusse, se place en première ligne Y Histoire du siècle de Louis XIV. Elle avait été, comme on le sait déjà, commencée depuis longtemps, puis continuée à Cirey en même temps que Y Essai sur V Histoire générale., et des fragments en avaient été communiqués à Frédéric. « Je lis maintenant, écrivait celui-ci à \'oltaire, de Silésie, en 1742, ou plutôt je dévore votre Siècle de Louis le Grand. Si vous m'aimez, envoyez-moi ce que vous avez fait ultérieurement de cet ouvrage; c'est mon unique consolation, mon délassement, ma récréation. » Et plus tard, après avoir reai un nouvel envoi, il lui marquait que jamais il n'avait trouvé un si beau style que celui de

Y Histoire de Louis XIV ; qu'il lisait chaque chapitre deux ou trois fois, qu'il en était ravi : chaque ligne portait, tout était rempli d'excellentes réflexions ; nulle pensée fausse, rien d'enfantin, et avec cela une impartialité complète. L'auteur acheva son œuvre, qui parut à Berlin en 1751. 11 n'y a que quatre grands siècles dans

Y Histoire du monde , dit A'oltaire dans son introduction, c'est-à-dire pendant lesquels les arts ont été perfectionnés : celui de Périclès, celui d'Auguste, celui des Médicis, et le siècle de Louis XIV; mais le dernier est le plus grand de tous. Louis est aussi pour lui l'idéal d'un roi. bien qu'il ne ferme nullement les yeux aux taches qui obscurcissent cet

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