‹ VoltaireChapitre 81 sur 113 · LA RÉFORME · texte numérisé non relu

LA RÉFORME

rapporta la religion clirétiomio : celles de raiiliquité ont été tolérantes ; l'islamisme lui-même s'est toujours montré plus doux que le christianisme. Voltaire fait le compte détaillé de tous les massacres qui ont été commis au nom de ce dernier pendant les quinze siècles de sa domination ; il établit un chiffre approximatif pour les anciennes querelles des ariens et des donatistes, pour les croisades et la guerre des albigeois, pour les luttes avec les liussites et les protestants, pour les massacres des Américains par les Espagnols, des protestants d'Irlande parles catholiques, etc. et parvient ainsi à un total de 9,468,800 hommes, qui périrent à cause du christianisme. La Réforme elle-même ne mit pas fin à ces horreurs, mais attisa au contraire le feu des persécutions et des guerres religieuses en Europe.

Si nous avions supposé trouver Voltaire, dans sa lutte contre le clergé catholique, mieux disposé à l'égard du protestantisme, en raison de son principe plus libre, nous serions détrompés par un examen plus attentif de ses écrits. Il (lit bien une fois que le protestantisme accepte la même erreur fondamentale, mais est sujet à moins d'erreurs dans les conséquences, c'est-à-dire qu'il s'est débarrassé de maints abus et de maintes opinions trop ridicules. Mais déjà dans son Essai sur les mœurs, etc., où est traitée l'histoire de la réforme, nous ne voyons pas que Voltaire ait eu l'entière intelligence de sa nécessité. Il n'abandonne à aucun prix sa manière de faire sortir les grands effets des petites causes, ni son amour de la paix. D'une querelle de moines entre les augustins et les dominicains dans un petit coin de la Saxe, à l'occasion des in-

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dulgences, est sorti d'après lui un siH(4e de discorde, de fureur guerrière et de misère chez trente nations de la terre. Dans ce grand conflit de ce temps l'homme de Voltaire n'est ni Luther, ni Zwingle, mais Léon X. Il était pape, à la vérité ; mais c'était aussi un esprit cultivé, un Médicis amant de la httérature et des arts. Le luxe de sa brillante cour pouvait scandaliser, mais on devait aussi considérer que cette cour adoucissait les mœurs de l'Europe et rendait les hommes plus sociables. La conduite du clergé donnait certes lieu à bien des griefs ; mais ce n'était pas une raison suffisante pour entreprendre tant de guerres sanglantes. Il trouve réellement honteux le trafic des indulgences; malgré tout, il donne raison à ceux qui prétendent qu'il ne faut pas jeter à bas l'édifice, mais l'améliorer. Voltaire a d'ailleurs beaucoup de ressemblance avec Erasme ; dans leur jugement du protestantisme ils se rencontrent parfois mot pour mot. Voltaire est froissé par la langue rustique de Luther , par la grossièreté avec laquelle il combat ses adversaires et parmi eux des têtes couronnées ; il faut ici se rappeler ses criticiues de Shakespeare; chez l'un comme chez l'autre, le germain primitif est antipathique au Français. Calvin s'était tout à fait perdu dans l'esprit de Voltaire par l'exécution de Servet; mais d'autres raisons y contribuèrent encore. Voltaire dit que ces novateurs ne se sont pas fait aimer des hommes en allégeant le joug qui pesait sur eux ; mais qu'au contraire ils étaient de mœurs dures et que leurs discours étaient pleins de fiel. S'ils abolirent le célibat des prêtres, s'ils ouvrirent les portes des couvents, ce ne fut que pour changer la société humaine tout entière en un vaste couvent. Le jeu,

le théâtre furent bannis , une gravité sombre et triste s'appesantit sur toute l'existence des réformés.

Et là gît réellement la raison intime de l'antipathie de Voltaire pour le protestantisme. Un motif semblable l'éloignait du jansénisme, secte catholique qui, dans sa patrie, avait les tendances du protestantisme ; et dans la querelle entre les jansénistes et les jésuites il ne se mit pas du côté des premiers. Il ne méconnaissait pas ce que les derniers avaient de dangereux ; mais ils ne possédaient pas de convulsionnaires comme leurs adversaires ; ils n'étaient pas ennemis de la devise : Vivre et laisser vivre. Quand les jésuites furent expulsés de France Voltaire répéta souvent qu'on avait chassé les renards, mais pour livrer les philosophes aux loups. On conçoit tout cela de lui, et on conçoit de même qu'il ait trouvé le dogme protestant tout aussi absurde et ridicule que le dogme catholique. En ce qui touche la communion, il distingue les catholiques qui mangent Dieu sans pain, les calvinistes qui mangent le pain sans Dieu et les luthériens, les mieux partagés, qui mangent Dieu et le pain. A ses yeux les protestants ont failli à leur vocation. Ils auraient dû laisser de côté tout dogme et faire de la pratique de la morale l'objet principal de leur religion. Ils auraient dû s'en tenir à la doctrine d'un Dieu juste qui récompense les bons et punit les méchants ; ils auraient ainsi mis fin aux luttes, aux persécutions, aux guerres dont le prétexte est la religion. Au lieu de cela ils conservèrent les vieux dogmes et en ajoutèrent de nouveaux, ouvrant ainsi une fois de plus la porte à toutes ces horreurs et à tous ces maux. Il est étonnant que Voltaire n'ait pas mieux reconnu l'avantage résul-

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tant du protestantisme, qui avait brisé la hiérarchie catholique, ce reptile dont la tète était à Rome et qui enlaçait de ses anneaux tout le monde chrétien. A la vérité, des tronçons avaient subsisté dans les pays protestants même, s'agitant sans cesse et causant encore de grands dommages. Cependant il est plus facile de se détendre contre chacun d'eux que contre l'énorme Léviathan non entamé. Je ne veux pas quitter ce sujet sans appeler l'attention sur une devise qu'on a si souvent reprochée à Voltaire ; je veux dire le fameux : Écrasez Vinfàme , qui était comme son ceterum censco, et qu'il écrivait le plus souvent sous une forme abrégée et secrète : ècr. Viaf..., comme conclusion de ses lettres à ses intimes, d'Alembert, Damilaville, etc. Dans V infâme on a voulu voir rien moins que le Christ et on y trouvait ainsi un blasphème. Mais il ne peut être ici question du Christ, car le refrain de Voltaire n'est pas un, mais une infâme; cq qui résulte de tous les cas où la proposition se poursuit et où le mot infâme est sans exception rappelé par un pronom féminin. Ainsi à d'Alembert : « Adieu, mon cher philosophe ; si vous pouvez écraser l'infâme, écrasez-la et aimez-moi. » Frédéric, qui était au nombre des initiés, écrit à Voltaire : « J'approuve fort la méthode de donner des nasardes à l'infâme en la comblant de politesse. » Bon ; mais quelle est cette infâme féminine dont Voltaire et ses amis ont juré la ruine? « .Je voudrais que vous écrasassiez Vinfâm.e^ècTii Voltaire à d'Alembert; c'est là le grand point. Vous pensez bien que je ne parle que de la superstition, car pour la religion je l'aime et la respecte comme vous. » Et d'Alembert à Voltaire : « Cet infâme fanatisme que vous vou-

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