CONFLIT AVEC JEAN-JACQUES ROUSSEAU
leurs aux portes de leur ville était une séduction à laquelle jeunes et vieux ne pouvaient résister. Dames et hommes prenaient part aux représentations des Délices, non-seulement comme spectateurs, mais comme acteurs. Mais la réactionne tarda pas du côté des représentants des vieilles mœurs, surtout du clergé. La populace fut ameutée contre cette abomination; on voulut mettre le feu à la maison et chasser du pays le propriétaire. Dans le tome VII de VEiici/clopédie parut en 1757 l'article sur Genève, dont l'auteur, d'Alembert, exhortait les Genevois à établir un théâtre dans leur ville. Ce fut de l'huile sur du feu ; surtout quand Jean-Jacques Rousseau en prit texte pour une lettre à d'Alembert contre les théâtres, corrupteurs des mœurs, et incompatibles avec la nature d'une petite république.
Voltaire ne pardonna pas à Rousseau , qui lui-même avait écrit des pièces de théâtre — mauvaises selon Voltaire — et en touchait encore les honoraires, de venir le troubler dans ses goûts favoris. Sans cela d'ailleurs il fût resté difficilement' en paix avec lui. La nature hypocondriaque, misanthropique de l'un , son orgueil sombre et envieux , ses soupçons d'halluciné enfin, formaient avec l'humeur railleuse de l'autre, la hardiesse de ses vues, un contraste si complet, que le premier ne pouvait paraître à l'autre que ridicule et antipathique, et le second au premier qu'horrible et haïssable. Deux natures si contraires, nonseulement voient et comprennent les choses d'une façon tout opposée , mais alors qu'elles partagent les mêmes idées sur les mêmes objets, il est dans leur sort de méconnaître cet accord, ou dans leur volonté de ne pas l'avouer. Quand donc elles se rencontrent sur un même ter-