A M. E. LITTRE
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réalités; car le compeUe intrare existe pour toute métaphysique comme pour toute théologie.
C'est Voltaire qui, à propos des questions sur lesquelles raisonne et déraisonne la métaphysique, écrivait : « Qu'importent, dans ces questions inaccessibles, ces romans de nos imaginations incertaines? »
Et dans ses Méuioires : « Les pauvres gens qui s'emportaient dans cette dispute ne savaient sûrement ni ce que c'est que la matière, ni ce que c'est que l'^^^riY. Le fait est que nous ne savons rien de nous-mêmes ; que nous avons le mouvement, la vie, le sentiment et la pensée sans savoir comment ; que les éléments de la matière nous sont aussi inconnus que le reste; que nous sommes des aveugles qui marchons et qui raisonnons à tâtons. »
C'est de lui encore ces lignes : « Le mot seul l'indique : métaphysique, au-dessus de la nature. Comment connaître ce qui n'est pas naturel ? Il fallait bien que les métaphysiciens ne disent que des paroles, puisque les physiciens ne disaient que cela et qu'ils osaient raisonner sans faire d'ex- \ périences. La métaphysique a été jusqu'à Locke un vaste champ de chimères. Locke n'a été vraiment utile que parce qu'il a resserré le champ où l'on s'égarait. »
Et ailleurs : « Quand on a bien disputé sur l'esprit, sur la matière, on finit toujours par ne pas s'entendre. Aucun philosophe n'a pu lever par ses proj)res forces ce voile que la nature a étendu sur tous les premiers principes des choses. »
Ailleurs encore : « Je ne connais pas le quomodo, il est vrai; j'aime mieux m'arréter que m'égarer. »
Et comme conséquence : « La philosophie consiste à s'arrêter quand le flambeau de la physique nous manque.
XXiv LETTRE-PREFACE DU TRADUCTEUR
J'observe les effets de la nature, mais je vous avoue que je ne conçois pas plus que vous les premiers principes. »
Je ne veux pas multiplier outre mesure ces citations, et je finis par ce passage d'une lettre à M. Former, auquel j'applaudis des deux mains : « Depuis quelque temps je mets toute ma philosophie à croire que deux et deux font quatre et que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits. Je doute de tout ce c^ui n'est pas de cette évidence, et je le répète sans cesse : vanitas vanitatum et nietaphysica vanitas. »
Depuis Voltaire, le champ de cette évidence s'est agrandi ; de son temps même, il s'étendait au delà des propositions mathématiques, et l'astronomie possédait déjà ses lois fondamentales, que lui-même d'ailleurs avait puissamment contribué à répandre. Mais les sciences supérieures, la physique, la chimie, la biologie et la sociologie, étaient en eifet encore dans les limbes de la métaphysique ou, pis encore, de la théologie. Puis l'action divine et l'entité disparurent peu à peu de tous les ordres de phénomènes; et la loi, par conséquent l'évidence, naquit pour le monde physique, chimique, biologique et sociologique.
Ainsi la science même des sociétés fut fondée, et le pas décisif fait pour deviner l'énigme de l'histoire, comme dit Strauss. Là encore il n'y avait plus de place pour l'idée théologique d'une providence dirigeant les destinées des nations, pour l'idée métaphysique d'un plan préconçu se développant au moyen des facultés humaines.
Voltah^e d'ailleurs les avait abandonnées toutes deux, et, s'il ne parvint pas à la notion de loi, comme Turgot, il parvint à celle de progrès et chercha « une histoire de J^esgrit