SA MANIÈRE DE VIVRE
il troublait les acteurs. Quaud lui-même était en scène , sa vivacité lui jouait plus d'un tour. Un jour, dans le rôle de Lusignan (celui qu'il préférait, avec Cicéron), au moment où celui-là reconnaît ses enfants, il fut si ému et pleura si violemment que la mémoire lui manqua; et par malheur le souffleur ne put venir immédiatement à son secours. Il fut obligé d'improviser une demi- douzaine de vers.
Dans le manger et le boire il était extrêmement sobre, excepté pour le café, qu'il prenait en grande quantité. Il n'avait pas d'heures fixes pour ses repas et pas davantage pour son coucher ou son lever. Quand il était à un travail attachant il fallait l'avertir de manger. S'il y avait de la société, il demeurait après le diner une heure, parfois deux, au salon, puis se retirait dans sa chambre pour travailler jusqu'au souper. Si le temps était beau, il faisait volontiers une petite promenade, prenant avec lui quelquesuns des hommes ou des dames. Nous avons déjà parlé de sa santé; il n'avait pas grande confiance aux médecins, mais cherchait à se secourir lui-même par la diète ou des remèdes de bonne femme. Il avait grand soin de ses yeux, qu'il lavait assidûment à l'eau froide, et bien que pendant l'hiver les neiges du Jura lui fussent défavorables, il les conserva dans tout leur éclat et ne mit jamais de lunettes. Jus(|u'à sa mort Voltaire fut de la plus grande propreté et très-soigneux également dans ses habits, ce qui ne l'empêchait pas d'être souvent en retard sur la mode de Paris.
Depuis qu'il s'était fait propriétaire foncier , il avait un grand train de maison. L'aménagement intérieur de ses châteaux et de ses campagnes était commode et