‹ VoltaireChapitre 25 sur 41 · LE SOCIOLOGUE · texte numérisé non relu

LE SOCIOLOGUE

mais rien n'est plus diffioilo. — " On var/'partir aux indigents qui travaillent éît surtout auxpauvres officiers les biens immenses de certains oisifs qui ont fait vœu de pauvreté. Ces gens de mainmorte n'auront plus eux-mêmes des esclaves de mainmorte... »>

a N'entendez-vous pas, ma mère, toutes ces voix qui disent: « Les mariages de cent mille familles utiles h l'Rtat ne seront plus réputés non avenus, et les enfants de ces mariages ne seront plus hors la loi? « — La nature, la justice, et vous, ma fille, toutdemandesur ce grand objet un règlement sage, qui soit compatible avec le repos de l'Etat et avec les droits de tous les hommes. — « On rendra la profession de soldat si honorable que l'on ne sera plus tenté de déserter. «

— La chose est possible mais délicate.

" Les petites fautes ne seront point punies comme de grands crimes, puisqu'il faut de la proportion en tout. Une loi barbare, obscurément énoncée, mal interprétée, ne fera plus périr sous des barres de fer et dans les flammes d('S enfants indiscrets et imprudents, comme s'ils avaient assassiné leurs pères et leurs mères. » — Ce dttvrait étn- le premier axiome de la justice criminelle.

a Les biens d'un père de famille ne seront plus conlisqués, parce que les enfants ne doivent pas mourir de faim par la faute de leurs pères, et que le roi n'a nul besoin de cette misérable confiscation. » — A. merveille, et cela est digne de la majesté du souverain. — « La torture, inventée autrefois par les voleurs de grands chemins pour forcer les volés à découvrir leurs trésors, et employée aujourd'hui chez un petit nombre de nations pour sauver le coupable robuste et pour perdre l innocent faible de corps et d'esprit, ne sera plus en usage que dans les crimes de lèse-société au premier chef, et seulemenlpour avoir révélation des complices. »

— On ne peut mieux.

« J'entends encore proférer autour de moi, dans tous les tribunaux, ces paroles remarquables : « Nous ne citerons plus jamais les deux puissances, parce qu'il ne peut en exister qu'une: celle du roi ou de la loi dans une monarchie ; celle de la nation dans une République. ».,..

La Raison lui répondit : « Ma fille, vous sentez bien que je désire à peu près les mêmes choses que vous... Tout cela

demande du temps et de la réflexion. J'ai toujours été très contente quand, dans mes chagrins, j'ai obtenu une jartie seulement des soulagements que je voulais.... J'avoue que je n'ai que du bien à dire du temps présent, en dépit de tant d'auteurs qui ne louent que le passé. Je dois instruire la postérité que c"est dans cet âge qu'on s"est appliqué en Europe aux arts et aux vertus nécessaires qui adoucissent l'amertume de la vie. Il semble en général qu'on se soit donné le mot pour penser plus solidement qu'on n'avait fait depuis des milliers de siècles... On a fait plus en morale : on a osé demander justice aux lois contre des lois qui avaient condamné la vertuau supplice, et cette justice a été quelquefois obtenue. Enfin on a osé prononcer le mot de Tolérance. Eh bien! ma chère fille, jouissons de ces beaux jours ; restons ici, s'ils durent ; et, si les orages surviennent, retournons dans notre puits. »

Telle est la « révolution » telle que la souhaite Voltaire en 1774. Elle est modeste. Elle sent un peu son « feuillant. » Plût à Dieu qu'il n'y en eût pas eu de plus ambitieuse ! La Vérité mise en scène ici par Voltaire était la vérité des hommes sensés, judicieux et sagement éloignés de tout « système; » et sa liaisoîinous semble à bien peu près avoir raison.

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