NANINE
J'obéis donc à votre ordre... à l'amour... Mon coeur ne peut résister.
LA MARQUISE
Que ce jour Soit des vertus la digne récompense ; Mais sans jamais tirer à conséquence.
La Prude encore, sans avoir la petite pointe d'attendrissemenlhonnêlequidonne un grand charmeàNanine, est une anecdote dialogiiée assez divertissante et souvent fort spirituelle. Elle est imitée d'une comédie anglaise de Wicherley, intitulée Piam dealer, l'homme au franc procédé. Le personnage principal, la Prude, Dor- }tl)ise, est une sorte de Tartuffe féminin assez bien atlrapé. Extérieurement elle est toute vertu ; elle est à lii têle de sociétés dont l'objet est de moraliser et de ramener à une décence rigoureuse la jeunesse des deux sexes. En son privé elle est un peu différente. Elle a se. luit par son austérité apparente Taustère Blanford, l'homme au franc procédé. Celui ci est aimé d'uue jeune fille vertueuse, vraie et naïve, nommée Adine, qui gémit s;ir l'illusion oii s'entretient celui qu'elle aime. C'est elle qui fait l'exposition de la pièce par une conversalion avec son oncle Darmin :
ADINE
On la dit belle ; il l'aimera toujours ; Il est constant;
DARMIN
Bon ! qui l'est en amours?
ADINE
Je crains Dorphise.
DARMIN
Elle est trop intrigante ; Sa pruderie est, dit-on, trop galante ; Son cœur est faux, ses propos médisants. Ne crains rien d'elle. On ne trompe qu'un temps,
ADINE
Ce temps est long ; ce temps me désespère. Dorphise trompe ! et Dorphise a su plaire !
DARMIN
Mais, après tout, Blanford fest-il si cher?
ADlNE
Oui, j'aime fort ses vertus, son courage. Qui dans mon cœur ont gravé son image !
DARMIN
Oh ! je conçois qu'un cœur reconnaissant
Pour la vertu peut avoir du penchant.
Trente ans à peine, une taille légère.
Beaux yeux, air noble, oui, sa vertu peut plaire ;
Mais son humeur et son austérité
Ont-ils su plaire à ta simplicité ?
ADI.NE
Mon caractère est sérieux, et j'aime Peut-être en lui jusqu'à ses défauts même.
DARMIN
Il hait le monde.
ADINE
Il a, dit-on, raison.
DARMrN
11 est souvent trop confiant, trop bon ; Et son liumeur gâte encor sa franchise.
ADINE
De ses défauts le plus grand c'est Dorphise.
A un certain moment Dorphise, empêtrée dans ses intrigues, et craignant pour sa réputation, à la fois dépeint exactement son caractère, et donne la moralité de la comédie :
DORPniSE
La folle (i) va me décrier partout.
Ah ! mon honneur, mon esprit, sont à bout. A mes dépens les libertins vont rire.
Je vois Dorphise un plastron de satire ; Mon nom, niché dans cent couplets malins, Aux chansonniers va fournir de refrains. Monsieur Blanfort craindra la médisance ; L'autre futur (2) en va prendre vengeance. Comment plâtrer ce scandale affligeant?
Ah ! que de trouble et que d'inquiétude ! Qu'il faut souffrir quand on veut être prude 1 Et que, sans craindre et sans affecter rien, 11 vaudrait mieux être femme de bien ! Allons ! un jour nous tâcherons de l'être.