Charles Pougcns, Lettres yttilosophiques, Paris 182G
2. Cliabanon [Tableau de quelques circonstances de via vie, p. 163) raconte qu'il a vu la IrUro de Voltaire : « Quand Emile fut condamné par le parlement et Jean-Jacques décrété, dit-il, Voltaire, par une lettre jiloine de grâce, offrit à Rousseau sa petite maison de YMerniitarjc, située dans les bois. » Il parle même de la réponse insolente de Rousseau, mais sur ce point il se trompe et confond avec la lettre écrite parle philosophe en 1700. Le prince de Ligne fait allusion à la même aventure, il la place seulement un peu plus tard.
mais moi je vous dis que je n'ai aucune liaison avec M. de Voltaire et que je n'en veux point avoir ^ » Ainsi Jean-Jacques ne niait pas positivement, mais par une dénégation assez équivoque laissait l'interrogateur dans l'incertitude. Le patriarche au contraire affirmait à qui voulait l'entendre qu'il lui avait proposé un asile; il écrivait à d'Alemhert :
(( Vous voyez que ce pauvre homme est fou : pour peu qu'il eût eu un reste de sens commun, il serait venu au château de Tournay, que je lui offrais. C'est une terre entièrement libre ; il y eût bravé également et les prêtres ariens, et l'imbécile Orner, et tous les fanatiques ; mais son orgueil ne lui a pas permis d'accepter les bienfaits d'un homme qu'il avait outragée »
Si sa généreuse proposition n'eût pas été réelle, comment Voltaire aurait-il osé en parler ouvertement? Comment aurait-il osé s'exposer à un démenti bien prompt et bien facile? Comment Rousseau ne le lui aurait-il pas infligé? Pour nous, il n'est pas douteux qu'à plusieurs reprises, oubliant les injures passées, le patriarche proposa un asile à son ennemi el qu'il l'offrit sincèrement et sans arrière-pensée.
Mais, après ce premier mouvement, Voltaire lit les œuvres du philosophe de Genève et elles ne lui plaisent guère.
« .l'ai eu son Éducation, écrit-il à Damilaville, c'est un fatras d'une sotte nourrice en quatre tomes avec une quaran-