‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 143 sur 333 · Mss. de Neufchàlel · texte numérisé non relu

Mss. de Neufchàlel

de voter au moment des élections'. C'est alors qu'on imagina une comljinaison qui permettait à Rousseau de revenir à Genève sans l'approbation du Consistoire. Profilant de l'inquiétude que causait aux syndics l'attitude de la bourgeoisie, De Luc leur soumit un projet qui fut accepté et dont il s'empressa de faire part à l'exilé :

« Il s'est trouvé, mon cher concitoyen, plus de quatre cents citoyens et bourgeois qui ont dénié leur suffrage pour la confirmation du procureur général. Je n'ignore pas que la violation de nos lois à votre égard en est le principal motif.

.l'ai vu... MM. les syndics, que j'ai trouvés disposés à concourir à mes vues, pourvu que je leur remette les raisons de M. votre pasteur qui l'ont déterminé à vous administrer la sainte Cène.... .le leur remettrai la lettre de M. le professeur de Montmollin, dont je ne doute pas qu'ils ne soient satisfaits.... Si mon plan réussit, comme je l'espère, vous viendrez alors à Genève.... Dès que vous seriez arrivé nous irions ensemble chez M. le premier syndic, auquel vous diriez ce que vous jugerez à propos Vous communieriez à Noël ; huit jours après vous donneriez votre suffrage au Conseil général pour l'élection de MM. les syndics, sans aucune formalité préliminaire. Par ce moyen vous seriez réhabilité et vos envieux auraient la bouche fermée.

Vous m'obligeriez, très cher ami, de me marquer en confidence le compliment que vous vous proposeriez de faire à M. le premier, qui vous aime-. »

i. L'.'s principaux magistrats de IGenève étaient nommés à l'élection par les citoyens et les boui-geois, sur des listes présentées par les Conseils. '2. Inédite. 23 novembre 1762. Bibliothèque de Neufchâtel. Mss.

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De Luc ne lïil pas récoiupeiiscde ses elToils, Uoiisscau lui répoudit par une (In de non-recevoir des plus sèches :

(( Il est, dites-vous, très cher ami, quatre oeufs citoyens et hourgeois qui ont paru mécontents de ce qui s'est passé. 11 s'en est donc trouvé cinq ou six cents autres qui en ont été contents', ijue voulez-vous que j'aille faire i);uini ces genslà?... Vous me demandez le compliment que je ferai à M. le premier syndic. Je serais fort embarrassé de vous le dire. Je n'aurais assurément qu'un fort mauvais compliment à lui faire. Ce n'est pas la peine d'aller si loin pour cela-. »

Sans se décourager par ces rebuffades, les bourgeois poursuivaient toujours leur but, et dans leur exaltation ils en arrivèrent à préparer un véritable plan de guerre civile. Ils engageaient le philosophe à venir à Genève ou dans les environs, et à s'y cacher; le moment venu, il devait se présenter dans la ville entouré de ses partisans; enverrait bien si le Conseil oserait l'expulser et s'il ne serait pas forcé de révoquer un décret inique. 11 est juste d'ajouter que ces projets séditieux furent de courte durée.

Peu après Moullou demanda à Rousseau, au nom de ses amis, d'écrire au Consistoire une lettre respectueuse où il affirmerait sa foi ; on espérait ainsi lever toutes les difficultés qui s'opposaient encore à son retour. Cette fois le philosophe s'indigne; il ne veut plus

1. La bourgeoisie ne se composait que de treize à quatorze cents n^cmbres environ.

entendre parler du clergé de Genève et il répond avec emportement :

« Je ne sais ce qui vous est arrivé, mais vous avez bien changé de langage. 11 y a six mois que vous étiez indigné contre M. de Voltaire de ce qu'il me supposait capable du quart des bassesses que vous me conseillez maintenant. Vos conseils peuvent être bons, mais ils ne me conviennent pas. Je sais bien qu'après avoir donné le fouet aux enfants, très souvent à tort, on leur fait encore demander pardon; mais outre que cet usage m'a toujours paru extravagant, il ne va pas à -ma barbe grise. Ce n'est pas à l'offensé à demander pardon des outrages qu'il a reçus, je m'en tiens là.... Vos ministres et m.oi sommes loin de compte. Ils ont cru, sur ma lettre à M. de Montmollin, avoir trouvé une occasion favorable de me faire ramper sous eux. Ils auront tout le temps de se désabuser. Puisqu'ils se sont été mon estime, ils s'accommoderont, s'il leur plaît, de mon mépris. Je leur ai donné des témoignages pu])lics de cette estime, j'ai eu tort, et voilà le seul tort qu'il me reste à réparer'. »

Du reste, pour un homme tolérant est-il possible de vivre à Genève : « 11 n'y a que les athées qui puissent vivre en paix dans ce pays-là, parce que toutes les professions de foi ne coûtent rien à qui n'en a dans le cœur aucune. » Témoin Voltaire!

Impatienté de tous ces atermoiements, Rousseau finit par envoyer à ses concitoyens un véiitable ultimatum :

« Les affronts qui m'ont été faits ne peuvent être suffisamment réparés que par une invitation honnête et formelle

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