‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 144 sur 333 · février 176"j · texte numérisé non relu

février 176"j

VOLTAIRE HT ,I.-,I. UOUSSEAU 'H)?,

(le retourner à Genève. Si l'on peut se résoudre à une démarche si décente et si convenable, si due, il faudra qu'on soit bien difficile si l'on n'est pas content de la manière dont j'y répondrai. Alors on pourra s'inquiéter de ma foi et je serai toujours prêt à en rendre compte. Sans cela, ne parlons plus (le celte affaire, car nul autre expédient ne peut me convenir'. ))

Après avoir repoussé avec colère les demandes de ses amis qu'il regardait comme humiliantes et attentatoires [ à sa dignité, Jean-Jacques profita de la première occasion pour leur donner satisfaction et affirmer encore ses sentiments de chrétien : cette occasion lui fut fournie par l'archevêque de Paris, ChiistophedeBeaumont". En arrivant à Métiers, le philosophe s'était bien promis de ne plus écrire une ligne puisque ses ouvrages méconnus lui attiraient tant de désagréments. Mais bientôt il apprit que l'archevêque de Paris, jaloux des lauriers d'Omer de Fleury% avait lancé contre V Emile et le Contrat social une lettre fulminante*, dont Voltaire écrivait :

2. Beaumont fChristoptie (iej (170o-1781;, évùque de Bayonnc en 17il, archevêque de Vienne en 1745, de Paris en 1740. Il est célèbre par sa lutte contre les jansénistes.

5. Onier Joly de Fleury, avocat général au parlement. Les pliil soplies qu'il poursuivait de ses réquisitoires l'avaient en exécration.

4. C'est le 20 août 1702, que Mpr de Deaumont dénonça ï Emile. Rousseau disait en parlant du mandement de l'archevêque de Paris : « On ne pouvait pas inieu.x faire une sottise, aussi ce n'est pas rarchcvôque qui a composé le mandement, c'est un de ses vicaires que je connais. M. de Deaumont est trop bon pour avoir voulu m'offenser; mais quelque bon qu'il fût, il ne pouvait pas se dispenser de donner à son diocèse un pareil mandement après les procédés du parlement. » Bibliothèque universelle de (ienève, nouvelle série, janvier-février 187)0. Les

(( Le l'actum de rarclievêqiic de Paris contre Jean-Jacques me parait plus plat que l'éducation à' Emile; mais il n'approche pas du réquisitoire d'Orner. Quand un homme public est bête, il faut l'être comme Omcr, ou ne point s'en mêler*. »

Répondre à l'imprudent prélat était bien tentant. Rousseau n'y résista pas-; oubliant ses promesses, il profita de ses loisirs de Motiers pour composer une lettre à Mgr de Reaumont :

(( J'avais barbouillé une espèce de réponse à l'archevêque de Paris, mande-t-il à Moultou, et malheureusement, dans un moment d'impatience, je l'envoyai à Rey. En y mieux pensant, je l'ai voulu retirer : il n'était plus temps. J'en suis très fâché. L'écrit est froid et plat. J'en prévois l'effet d'avance, mais la sottise est faite : il est inutile de se tourmenter d'un mal sans remède"'. »

Ces regrets étaient peu sincères*. En écrivant sa lettre, Rousseau savait bien ce qu'il faisait et il en attendait à Genève en particulier les meilleurs résultats.

députés de la Faculté de théologie de Paris censurèrent également Y Emile. La censure est datée du 20 août 17G2; elle contient 58 propositions censurées.

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