‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 153 sur 333 · février 17G3. Streckeiseu-Moultou · texte numérisé non relu

février 17G3. Streckeiseu-Moultou

'J7'2 YOLTAIUE ET J.-J. ROUSSEAU

OÙ je n'avais jamais vécu, dont je n'avais reçu ni bien ni service, et dont, pour prix de l'honneur que j'avais tiÀché de lui rendre, je me voyais si indignement traité d'un consentement unanime puisque ceux qui devaient parler n'avaient rien dit. »

Le 12 mai 1765, il envoya au syndic Favre son abdication :

(( Monsieur,

(( Uevenu du long étonnement, où m'a jeté, de la part du Magnifique Conseil, le procédé que j'en devais le moins attendre, je prends enfin le parti que l'honneur et la raison me prescrivent, quelque cher qu'il coule à jnon cœur. Je vous déclare donc, Monsieur, et je vous prie de déclarer de ma part au Magnifique Conseil, que j'abdique à perpétuité mon droit de bourgeoisie et de cité, dans la ville et république de Genève. Ayant rempli de mon mieux les devoirs attachés à ce titre, sans jouir d'aucun de ses avantages, je ne crois point èlre en reste envers l'État en le quittant.

(( J'ai tâché d'honorer le nom genevois : j'ai tendrement aimé mes compatriotes, je n'ai rien oublié pour me l'aire aimer d'eux : on ne saurait plus mal réussir. Je veux leur (tomplairc jusque dans leur haine ; le dernier sacrifice qui me reste à leur faire est celui d'un nom qui me fut si cher. » Mais, Monsieur, ma patrie, en me devenant étrangère, ne peut me devenir indifférente, je lui reste attaché par un tendre souvenir et je n'oublie d'elle que ses outrages. Puissct-elle prospérer toujours et voir augmenter sa gloire, puissel-elle abonder en citoyens meilleurs et surtout plus heureux que moi.

« Recevez, Monsieur, je vous supplie, les assurances de mon profond respect. »

VULTAIKt ET J -.1. UUUSSKAU '273

Le Conseil voulut un instant llétrir celle lettre comme peu respectueuse, mais, après délibération, on se borna à n'y l'aire aucune réponse et à l'enregistrer simplement'.

En apprenant cette tapageuse renonciation, Voltaire s'écrie : « Rousseau se croit Charles-Quint qui abdique l'empire"! » Tronchin écrit de son côté au pasteur Yernet :

« Rousseau n'a plus de concitoyens. Son abdication a été le dernier soupir de son orgueil; du moins y a-t-elle mis le comble^. Cela s'appelle se débarrasser d'un des premiers sentiments de la nature. Qui fait le plus, peut ftiire le moins. A quoi tiendront tous les autres? qui expose ses enfants peut bien n'avoir point de patrie. Ou'est-ce qu'un homme qui n'est ni père ni citoyen? Et qui affiche pourtant la vertu la plus austère. Oh! mon bon ami, qu'est-ce que l'homme''? »

1. I.e 16 mai 1703 : « Lecture est faite d'une IcUre du sieur Jean- Jacques Rousseau, adresséeù M. le premier syndic Favre.endatede Jlotiers- Travers, le 12 de, ce moi?, par laquelle il renonce à la bourgeoisie de cet Klat. » (Extrait des registres du Magnifique Conseil.) On ne fait aucune réflexion à ce sujet.

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