‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 161 sur 333 · A Gauffo:ourt, 7 juillet · texte numérisé non relu

A Gauffo:ourt, 7 juillet

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loin (le se décourager, cherchèrent à recruter des partisans. Le 8 août, une seconde représentation était portée au Conseil. Comme la première fois, la réponse fut négative.

Le 20 du même mois, les bourgeois, au nombre de six cents, présentèrent une déclaration dans laquelle, après s'être plaints des réponses non motivées du Conseil, ils protestaient qu'ils regardaient leurs représentations des 18 juin et 8 août comme subsistantes dans toute leur force, jusqu'à ce que le Conseil général^ seul juge compétent de la cause en litige, en eût décidé.

Voltaire, qui de son donjon de Ferney ne perdait de vue rien de ce qui se passait à Genève, écrivait le lendemain à Damilaville* :

« Il est boQ que mes frères sachent qu'hier six cents personnes vinrent, pour la troisième fois, protester en faveur de Jean-Jacques contre le Conseil de Genève qui a osé condamner le Vicaire savoyard. Ils disent qu'il est permis à tout citoyen d'écrire ce qu'il veut sur la religion; qu'on ne peut le condamner sans l'entendre ; qu'il faut respecter les droits des hommes : et l'on prétend que cela pourrait bien finir par une prise d'armes. Je ne serais pas fâché de voir une guerre civile pour le Vicaire savoyard; je ne crois pas qu'il y en ait à Paris pour Saiïl et David-. »

Mais la question, on le voit, s'élargissait et se déplaçait ; les bourgeois ne se contentaient plus de se plaindre de l'illégalité du jugement porté contre Rousseau, ils

i. 21 août ITGÔ.

2. Drame de Voltaire, désavoué par l'auteur. L'histoire des juifs y était tournée en ridicule (17fir> .

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attaquaient les privilèges du Conseil et réclamaient impérieusement la convocation d'un Comeil général^ qui, suivant eux, était seul juge de leurs réclamations'.

Le Conseil avait eu le tort, jusqu'à présent, de ne jamais motiver les réponses aux représentations. En présence de la déclaration du 20 août, il crut qu'il était temps d'agir et de se prévaloir du droit d'opposition qu'il tenait des articles 5 et 6 du règlement de la médiation de 1758. L'acte de médiation donnait en effet au gouvernement le droit négatif (c'est-à-dire de refus), en disant que rien ne pourrait être porté au Conseil des deux-cenls qui n'ait été traité et approuvé en Petit Conseil. Les représentations de la bourgeoisie ayant été examinées, du moment que le Conseil n'approuvait pas qu'elles fussent portées aux deux-cents, elles tombaient d'elles-mêmes. Le 5 septembre, la réponse aux représentations parut. Elle déclarait que c'était au Conseil de juger si une loi était douteuse et devait être portée au Conseil général, et elle s'attàcliait à démontrer que le droit négatif élixii la sauvegarde de la constitution.

Devant cette prétention au droit de tout refuser, la

1. Le Conseil général, ou Conseil souverain, êtail la réunion de fous les citoyens et bourgeois ; on l'assemblait une fois l'an pour nommer les magistrats. Autrefois il avait réellement mérité son titre de souverain, mais depuis bien longtemps le Conseil des 25 et celui des 200 avaient absorbé le pouvoir, et les attributions du Conseil général se bornaient à peu près à choisir des magistrats et les membres des (Conseils fur les listes qui lui étaient présentées par les Conseils eux-mêmes. Sa souveraineté était devenue purement illusoire.

2. « Puisque, disaient-ils, les articles sur lesquels ils se fondaient étaient susceptibles d'un sens différent, ils n'appartenait qu'à la puissance législative, c'est-à-dire au Conseil général, de prononcer. »

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bourgeoisie se vit à la merci du gouvernement. Elle ne voulut voir que les conséquences extrêmes qui résultent du droit négatif cl non son utilité pratique et légale'. Les citoyens, partisans de Rousseau, qui avaient porté les représentations, prirent le nom de représentants . On nppella négatifs ceux qui restèrent attachés aux Conseils, et ce nom fut considéré par les représentants comme « une épithèle odieuse, équivalente à celle de satellite du Conseil et de fauteur de la tyrannie. »

A partir de cette époque, la discorde régna à Genève, et si le calme matériel ne fut pas troublé, les esprits restèrent vivement surexcités.

La fin de l'année 1765 se termina cependant sans encombre, représentants et négatifs s'observant et restant chacun sur leur terrain.

1. Les objets particuliers des précédentes représentations furent oubliés; elles parurent futiles en présence de ce nouveau grief ; on ne s'occupa plus que de la controverse sur le droit négalif. « C'en est fait, disait-on, de « la liberté, si le Conseil a le droit de rejeter toutes espèces de i-epré- « sentation »... la bourgeoisie ne vit plus que des fers... elle se créa un fantôme de despotisme que les pouvoirs bornés de l'administration, l'amovibilité des principales magistratures, le manque de subsides et de forces physiques dans les mains du gouvernement rendaient impossible. » [Cornuaud, Mémoires inédits).

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