Rousseau à Mnio de Boufflers, ")0 octobre
Ainsi, auprès de tous ses amis, Rousseau continuait à rendre Voltaire responsable de la persécution qui le frappait. Le philosophe de Ferney n'ignorait pas ces déclamations violentes contre lui. « Le pauvre diable, mandet-il à d'Alembert, est pétri d'orgueil, d'envie, d'inconséquences, de contradictions et de misères. 11 imprime que je suis le plus violent et le plus adroit de ses persécuteurs. Il faudrait que je fusse aussi méchant qu'il est fou pour le persécuter. Il me prend donc pour maître Orner \... »
La personne qui accueillait le plus volontiers les plaintes de Rousseau était Mme de Luxembourg. Le patriarche, qui n'aimait pas à se brouiller avec les grands de la terre, supplia Mme du Deffand de plaider sa cause auprès de la maréchale. Après avoir rapidement rappelé l'historique de la querelle, il lui disait :
« Rousseau a sans doute bien senti qu'il m'avait offensé et il a cru que je m'en devais venger ; c'est en quoi il me connaît bien mal. Il écrit à Mme la duchesse de Luxembourg que je me suis déclaré son plus mortel ennemi; il imprime que je suis le plus violent et le plus adroit de ses persécuteurs. Moi persécuteur! c'est Jeannot Lapin qui est un foudre de guerre. Moi! j'aurais été le petit père Le Tellier! Quelle folie! Sérieusement parlant, je ne crois pas qu'on puisse faire à un homme une injure plus atroce que de l'appeler persécuteur! ))