‹ Voltaire et J.J. RousseauChapitre 167 sur 333 · I. 17 juin · texte numérisé non relu

I. 17 juin

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mença à changer un peu d'opinion sur ce philosophe qu'auparavant il détestait. Passionnés tous deux pour cette œuvre généreuse, ils se trouvèrent mis en rapports ; Moultou à regret, animé de préventions instinctives, n'osant se livrer; Voltaire, au contraire, le cœur ouvert, plein d'élan, déployant d'autant plus de charme et de séduction qu'il connaissait l'intimité de Moultou et de Rousseau et qu'à tout prix il voulait séduire le pasteur. C'est un peu ce qui arriva. Moullou s'apprivoisa si bien que peu de temps après il reçut les confidences du patriarche; il fut chargé de transmettre à Motiers le regret qu'on éprouvait à Ferney de celte fâcheuse inimitié et le désir qu'on y caressait de nouer des relations plus cordiales.

C'est à la suite d'une de ces entrevues que le pasteur écrivit à Jean-Jacques :

« .... Je vous parlerai aussi beaucoup de Voltaire; il a une passion extrême de se réconcilier avec vous; je ne comprends rien à cela. Quelles sont ses vues? Est-il de bonne foi? Je vous jure que je m'y perds.... Je le vis deux fois, et il ne me parla point de vous, mais il y a trois jours qu'il me fit dire qu'il était malade, qu'il avait à me parler, qu'il ne pouvait venir chez moi : je crus qu'il s'agissait des Calas, il ne me parla que de vous. Je n'ai pas le temps de vous dire cette conversation, je vous la rendrai à Motiers, mais je vous jure que je n'y comprends rien, c'est un comédien bien habile, j'aurais juré qu'il vous aimait^ »

i. It) mars 1705. Sfreckeisen-Moiilloii.

VOLTAIHK ET .I.-,F. HOl'SSEAU '297

Joiin-J;iC(jues répond aussitôt :

« M. de Voltaire vous a paru m'ainier, parce qu'il sait que vous m'aimez; soyez persuadé qu'avec les gens de sou parti, il tient un autre langage. Cet habile comédien, dolis i7istntclus et arte pelasgâ, sait changer de ton, selon les gens à (|ui il a affaire. Ouoi qu'il en soit, si jamais il arrive qu'il revienne sincèrement, j'ai déjà les bras ouverts; car de toutes les vertus chrétiennes l'oubli des injures est, je vous jure, celle qui me coûte le moins. Point d'avances, ce serait une lâcheté; mais comptez que je serai toujours prêt à répondre aux siennes d'une manière dont il sera content. Partez de là, si jamais il vous en reparle. Je sais que vous ne voulez pas me compromettre, et vous savez, je crois, que vous pourrez répondre de votre ami en toute chose honnête. Les manœuvres de M. de Voltaire, qui ont tant d'approbateurs à Genève, ne sont pas vues du même œil à Paris; elles y ont soulevé tout le monde et balancé le bon effet de la protection des Calas. Il est certain que ce qu'il peut faire de mieux pour sa gloire, est de se raccommoder avec moi *. »

Avec d'aussi bonnes dispositions de part et d'autre, on pouvait croire que la négociation ne souffrirait pas de difticultés. Puisque, de toutes les vertus chrétiennes, l'oubli des injures était celle que Jean-Jacques pratiquait le plus volontiers, on devait espérer qu'il ne garderait pas trop rancune de tous les mauvais procédés qu'il avait eus pour Voltaire, et cependant les premiers pourparlers n'eurent pas de suite.

Les visites de Moultou à Ferney eurent le don

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